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Diamants: Le Cameroun à l’école centrafricaine?

Par Bobo Ousmanou, Intégration - 04/09/2012

Au-delà de l’adhésion au processus de Kimberley, il s’agit de tirer les enseignements de l’expérience des autres

 

Un des grands voisin du Cameroun, la République Centrafricaine, exploite le diamant depuis 50 ans, et pourtant le secteur n’a pas réussi à apporter le développement.

Une richesse qui peut rapidement devenir une malédiction
Malgré la richesse de leur sous-sol, certaines régions diamantifères de la République centrafricaine (RCA) restent frappées par une extrême pauvreté et des violences à répétitions. Une apparente fatalité contre laquelle le président François Bozizé n’a pas encore pu lutter de façon rigoureuse. Sa mainmise sur le secteur du diamant a renforcé certes son pouvoir, mais a aussi favorisé l’enrichissement d’une minorité, mais ne contribue que très lentement à atténuer la pauvreté de milliers de mineurs artisanaux informels. L’effet conjugué de fonctionnaire encore véreux, de la criminalité et de l’extrême pauvreté aboutit à des cycles de violence, incitant parfois les factions politiques rivales à entrer en rébellion tout en leur permettant de tirer profit du commerce illégal des diamants. Pour rompre ce cercle vicieux, une réforme en profondeur du secteur se met en place difficilement, avec comme priorité essentielle la stratégie de consolidation de la paix du pays. Historiquement, l’exploitation du diamant en RCA, comme c’est le cas pour toutes les matières premières en Afrique, a bien plus bénéficié aux entrepreneurs étrangers et aux régimes corrompus qu’aux peuples Centrafricains. Les réformes entreprises par le nouveau régime au pouvoir depuis 2003, ont eu un impact significatif inattendu. L’extraction industrielle ou semi-industrielle des diamants n’existe plus en RCA et leur exploitation est essentiellement artisanale et illégale: environ 80 000 à 100 000 mineurs creusent dans l’espoir de subsister en vendant leur production à des intermédiaires étrangers qui les revendent aux comptoirs d’exportation. Une activité que le gouvernement essaye tant bien que mal de contrôler.

 


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Le numéro Intégration en kiosque
Les pièges à éviter dans le cadre de la mise en place des mécanismes de contrôle
Pour la RCA, le diamant aura été longtemps une malédiction. D’abord exploité massivement par les régimes coloniaux, une fois les indépendances acquises, Les dirigeants successifs ont transformé leur responsabilité étatique en une opportunité de faire des affaires. Faute d’avoir le capital suffisant pour lancer leurs propres opérations minières ou ouvrir leurs propres bureaux d’achat, les élites dirigeantes ont largement profité des grandes compagnies, pour l’essentiel étrangères, en exigeant d’elles une part de la production ou en taxant fortement leurs exportations. il également admis que les dirigeants ont également utilisé les fonds publics, limités mais précieux, pour s’enrichir eux-mêmes, leur famille et pour financer un système de clientélisme leur assurant l’allégeance politique de certains groupes. Avec l’arrivée au pouvoir de Monsieur Bozizé, les choses ont progressivement changé, et le système de transparence mis en place a été récompensé par l’adhésion du pays au processus de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE). Mais l’expérience centrafricaine apprend que les réformes en elle-même n’apportent pas les améliorations. Il y a aussi la manière dont les hommes mettent en place ces réformes. En raison d’une mise en œuvre mécanique, l’exploitation du dimant centrafricain est devenue très difficile pour les entreprises. Les nationaux qui n’ont pas su profiter du transfert des compétences n’ont ni les moyens ni la capacité de faire des exploitations pertinente. A la suite des réformes qui débuteront vraiment en 2007, il y a eu une situation inattendue. Une diminution de l’extraction minière et une hausse de la contrebande ont entraîné une chute immédiate des exportations officielles et des recettes de l’Etat. Les deux combinés ont été accentués par la baisse du prix des diamants sur le marché mondial en raison de la crise 2008.

 


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Les minerais de la discorde
Une solution pertinente, le programme communautaire REMAP/CEMAC
De l’expérience centrafricaine, on tire quelques leçons. La première et la plus importante, est que le Diamant de par sa nature, est source de conflits, depuis la nuit des temps. A côté de la règle il faut beaucoup de négociation et d’incitation. Un cadre trop rigide fera fuir les investisseurs officiels et donc augmente la contrebande, un cadre trop permissif aura aussi les mêmes effets. Aussi, le Processus de Kimberley auquel vient d’adhérer le Cameroun doit se rapprocher du processus de l’ITIE sur la transparence dans les industries extractives. Plus de transparence est essentiel pour une meilleure gestion de l’exploitation minière. Au niveau des gouvernements, il sera nécessaire d’harmoniser les conditions d’octroi des permis d’exploitation, afin qu’il y ait peu de spéculation dans une zone où trois pays exploitent la même ressource. Il sera notamment question de diminuer le prix des permis d’exploitation minière artisanale, permettre aux mineurs de payer ces permis et d’en user de la meilleure des manières. Les gouvernements devront aussi s’accorder sur les mécanismes visant à favoriser les regroupements des exploitants artisanaux en groupement ou coopérative. Cela rendra plus facile la traçabilité de part et d’autres des frontières. Compte tenu de l’incapacité des Etats à se déployer de manière pertinente dans des zones parfois inaccessibles, les gouvernements devront aussi harmoniser les règles de redistribution des revenus aux populations riveraines, pour éviter de grands écarts, de part et d’autre de la frontière. De nombreux experts estiment que des populations jouissant des revenus de la matière première exploitée chez elles, sont les meilleurs surveillants de la régularité des activités qu’on y mène. Il existe aujourd’hui une grande opportunité dans l’Afrique centrale, avec le programme de la Commission de la CEMAC appelé REMAP. Ce programme soutenu par la coopération allemande a pour objectif principal de contribuer à l’amélioration de la gouvernance dans les matières premières en Afrique Centrale. Elle pourrait servir de cadre pour les Etats du Cameroun du Congo et de RCA, pour mettre en place un cadre harmonisé de gestions d’une ressource qui au final n’est partagée que par des frontières héritées de la colonisation.
 
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