DéBATS & OPINIONS  |     KIOSQUE  |    

De l’efficacité de la libéralisation du secteur électricité en RCA

Par Louis Philippe Wallot - 28/08/2012

Cela fait bientôt huit années que l’ordonnance portant Code d’Électricité a été signée. Où en sommes-nous?

 

Chers compatriotes
C’est à la fois un privilège et également un devoir de m’exprimer devant vous en ces moments de pénurie d’électricité que connait notre cher et beau pays, la République Centrafricaine. J’interviens aussi en tant que membre de la diaspora active et soucieux du développement de la RCA.

Chers compatriotes,
Depuis 2005, le gouvernement Centrafricain a décidé de libéraliser le secteur électricité sous le monopole de l’Energie Centrafricaine par l’ordonnance 1er janvier 2005 portant Code d’Électricité de la RCA. Bientôt 8 années écoulées. Il est temps, de se poser des questions sur l’efficacité d’un tel dispositif sur le quotidien de la population centrafricaine. D’après les statistiques du ministère de l’énergie, les chiffres sont inacceptables et même plus que préoccupants: Bangui (comptant 18% de la population) a un taux de couverture électrique d’environ 3% et ce taux est en dessous de 1% dans les villes de provinces.

Devant une telle situation désastreuse, il est simple de constater que les mesures proposées par les ministères dédiés faisant suite au code d’électricité de 2005, je veux parler de la création de l’Agence Autonome de Régulation du Secteur de l’Électricité en Centrafrique, (ARSEC) et l’Agence Autonome d’Electrification Rurale de Centrafrique (ACER), sont assez éloignées des solutions à la crise d’énergie que connait la république. Il y a, tout de même, matière à recentrer la stratégie énergétique de notre pays, en mettant en face de ces difficultés les solutions adéquates. Arrêtons donc d’épiloguer sur la question de la maintenance des installations vétuste des usines de Boali car elles ne justifient qu’en partie les difficultés d’électricité à Bangui.

 


© journaldebangui.com
Louis Philippe Wallot
Sur le plan économique, la composition de la clientèle de l’ENERCA, assez évocatrice, ne favorise pas la rentabilité de l’entreprise par ce que 99% des usagers sont connectés en basse tension (faiblement tarifiés) contre 1% d’entreprise. Ce qui montre à quel point l’électricité, particulièrement dans notre cher pays, n’est pas au service de l’industrie non plus de celui du développement économique. A cela il faut ajouter les problèmes relatifs à la baisse de tension sur les réseaux électriques. Il en découle que la prestation de l’Enerca n’est plus à la hauteur de l’attente des usagers en terme de puissance délivrée et de qualité de service. Ce qui peut favoriser des mécontentements, malheureusement avec violence, dans certains arrondissements de la capitale. Si la libéralisation du secteur électricité en 2005 avait pour but d’attirer le capital privé en vue de pallier aux les difficultés précitées, les conditions de réalisation de cet objectif ne sont pas au rendez-vous. Aucune démonstration n’est nécessaire car au jour d’aujourd’hui, l’ENERCA n’est soumise à aucune concurrence réelle et que la demande d’électricité de la capitale augmente concomitamment avec les durées de délestage, ceci, pour la plupart des arrondissements de Bangui.

Chers compatriotes,
Ne nous méprenons pas, la baisse de tension et les délestages n’expliquent pas tout.
J’estime que le plan électricité de notre cher pays n’est plus adapté aux nouveaux défis de développement auxquels la république est confrontée.


L’heure est grave, il faut changer de stratégie
Il serait raisonnable de considérer d’une manière holistique la question de l’énergie à travers un plan national mettant à contribution l’ensemble du bouquet énergétique à la porter de notre cher pays. Nous devons désormais envisager l’énergie électrique comme un moyen de lutte efficace contre la paupérisation par la création de richesse et pas uniquement dans un rôle social tel que l’éclairage public ou le conditionnement en sanitaire. Alors que plusieurs études prospectives sérieuses ont démontré l’importance en nombre et en productible des sites hydroélectriques en RCA, les groupes électrogènes continuent de fonctionner dans les villes de provinces en dépit du coût prohibitif des carburants lié à raréfaction des combustibles fossiles.

 


© journaldebangui.com
Monsieur Louis Philippe Wallot, enseignant
Fort de ce qui précède il est judicieux de promouvoir la décentralisation de l’énergie électrique, autant à Bangui dans la mesure du possible et davantage dans les villes de provinces. Il serait intéressant en termes de coût et qualité de service, de créer des zones industrielles à proximité des usines de production d’électricité. Cette stratégie de décentralisation devrait être déployée avec ampleur dans les villes de provinces à forte potentialité hydroélectrique en vue favoriser l’implantation des industries. C’est, sans doute, un projet ambitieux dans la mise en œuvre, cela vaudra bien la peine d’y réfléchir. De telles opportunités ne sont que propices à l’investissement privés mais cela n’exclut pas, non plus, la contribution du pouvoir politique.

Rapprocher les industries hautement énergivore, des usines de production d’énergie en vue d’améliorer leur rentabilité permet de pallier efficacement: Aux difficultés liées à la maintenance du réseau électrique, car faut–il le souligner, que les usines de Boali sont à 80 kilomètres de la capitale. Ainsi qu’au risque d’insolvabilité des usagers. Il est opportun, dans ce cadre d’opération une péréquation afin que les industries, de par leur forte consommation et leur capacité financière, puissent garantir la rentabilité des usines d’énergie en vue d’alléger la facture des usagers connecter en moyenne tension. Pour ce qui relève de l’énergie solaire photovoltaïque, thermique et thermodynamique le chantier est prometteur.

Hors mis l’énergie hydraulique, le reste du bouquet énergétique renouvelable de notre cher pays reste à quantifier en vue d’une exploitation optimale. Pour cette filière, je tire le chapeau aux entreprises qui se sont positionnées, quoi que leur part du marché reste insignifiante. Malgré le coût prohibitif du matériel utilisant l’énergie solaire, plusieurs applications simples au profit de la population centrafricaine sont accessibles. Des exemples qui fonctionnent dans certaines destinations du monde sont adaptables à nos réalités.

Le plan solaire centrafricain, s’il existe, doit contribuer à réduire la fracture énergétique en intégrant les besoins d’un grand nombre de la population. Cette filière d’activité doit nécessairement être subordonnée à une planification nationale incluant l’information, l’étude et la formation aussi bien des usagers que des professionnels de l’énergie tout en privilégiant un savoir faire local respectueux de l’environnement. Dans ce cadre, la contribution des instituts de recherche et développement, tels que l’université de Bangui, constitue une opportunité.

Je vous remercie.
 
MOTS CLES :

0 COMMENTAIRES

Afficher tous les commentaires | Poster un commentaire

POSTER UN COMMENTAIRE

Identifiez- vous : pseudo* e-mail
Titre du commentaire
votre commentaire
Etre prévenu par email quand une réponse est faite
Ne cochez oui que si vous voulez recevoir des mails en cas de réponse sur ce sujet et que vous avez saisi votre mail
Je reconnais avoir pris connaissance des conditions d'utlilisation

POLITIQUE

SPORTS

ECONOMIE & BUSINESS

DOSSIERS

Culture & Loisirs

Société

Débats & Opinions

Personnalités

A savoir

  • Monsieur Louis Philippe Wallot est Docteur en sciences de l’ingénieur de l’université de Perpignan (France), spécialisé en Energétique.
  • Ancien enseignant de Physique à la faculté des sciences de l’université de Bangui, à l’Ecole Normale Supérieure et Institut Supérieur de Développement Rural de Bangui.
  • Après avoir exercé plusieurs années, en tant que Expert, formateur et conseil en énergie renouvelable auprès des l’entreprises Françaises, je souhaite apporter ma modeste contribution sur le plan conceptuel et technique au profit de peuple centrafricain.

Agenda - événements

Lancement du Africa CEO Forum 2015
Tous les événements

TOUT L'UNIVERS JOURNALDEBANGUI.COM

DOSSIERS

Dossiers

L'INTERVIEW

Interview

COMMUNIQUES OFFICIELS

Communiqués