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Effet boomerang: Afrique, le retour des cerveaux

Par Carlos Mbeti - 21/08/2012

Par Carlos Mbeti, écrivain

 

L’air du temps, l’Afrique subsaharienne est à la croisée de choix de société qui détermine son devenir sur le continent. Le mouvement de contestation dans le Maghreb pour la liberté et la démocratie authentiques, la jeune génération africaine le revendique pour en finir avec des pratiques politiques coupables de ses dirigeants. Nombreux sont les Africains qui votent aujourd’hui mais ne pèsent pas dans la balance électorale. Les fraudes des scrutins orchestrées par les régimes en place sont monnaie courante nonobstant les dénonciations de la presse ou des réseaux sociaux; ils ne sont pas rares des régimes qui sur-jouent sur la pauvreté, le déficit d’éducation et de formation dans une couche de populations importante où ils trouvent une clientèle électorale à qui ils concèdent avantages et libéralités non négligeables. Mais l’Afrique a entamé une mutation sur le plan des idées avec la nouvelle génération qui a davantage besoin d’une bonne éducation et de formation afin de relever le défi de la démocratie qui devrait ouvrir la porte à de futurs dirigeants qui consacreront leur temps, non pas à se servir mais à servir les populations dont ils sont responsables.

 


© journaldebangui.com
Carlos Mbeti, écrivain
Parmi les générations nouvelles figurent les gens de la diaspora qui se distinguent par leurs apports en matière de transfert de compétences. Ce sont des intellectuels, des scientifiques, des chercheurs inemployés à l’étranger qui retournent par conséquent dans leurs pays d’origine. C’est le juste retour des «cerveaux» dans des pays où le contexte social et politique était extrêmement défavorable à la mise en œuvre de leurs compétences au service du développement. Le transfert d’argent par la main-d’œuvre diasporale est d’un apport substantiel dans l’économie du pays d’origine des représentants de cette communauté qui coopèrent afin de créer des entreprises sociales. D’un point de vue entrepreneurial, du fait de leur double culture, les gens de la diaspora sont souvent porteurs d’idées novatrices sur le plan économique. D’initiatives individuelles ou de petits groupes destinées à couvrir des besoins familiaux ou des secteurs sociaux ponctuels, on passe aujourd’hui à la question de savoir s’il faut mettre sur pied des politiques nationales audacieuses d’économie sociale et solidaire ; elle est un système d’organisation qui doit être considéré non pas comme un traitement ponctuel d’un problème de survie mais comme la recherche d’une solution durable.

Ce système s’intègre parfaitement dans le mode d’organisation sociale de beaucoup d’Africains, en termes de coopération et d’entraide entre les gens. Pratiqué depuis la nuit des temps dans l’espace subsaharien, il a été peu à peu déclassé par l’économie néolibérale, la mondialisation oblige. L’idéologie libérale a instauré la compétition entre les individus, même parmi les plus pauvres. La famille élargie traditionnelle se disloque et l’individualisme va triomphant. Certes, la recherche du meilleur potentiel en nous-mêmes, l’efficacité, n’est pas détestable ; cependant, l’extrême compétition née à la faveur de ce système exacerbe les clivages entre ceux qui ont les moyens et souvent proches des gouvernants, et ceux exclus du système et déclassés par la force des choses. De plus en plus d’initiatives à caractère économique et social sont portées par les gens de la diaspora dans leur pays d’origine pour trouver des solutions aux problèmes de pauvreté et permettre à des populations de sortir du circuit de la pauvreté. La question que l’on est en droit de se poser c’est de savoir si l’économie sociale et solidaire est en situation aujourd’hui pour rendre possible la cohésion les populations auxquelles elle s’adresse et apporter des solutions durables, ensuite quelle est sa pertinence dans le contexte actuel de la mondialisation.

Ce que recherche ce système d’organisation, c’est mettre l’économie au service de l’homme et non le contraire, et c’est ce qu’incarnent les entrepreneurs sociaux, notamment ceux de la diaspora, du moins la plupart, au travers des initiatives sur le terrain. Ils renouvellent des pans entiers des institutions sociales qui relèvent des prérogatives régaliennes de l’Etat (école, dispensaire …) laissés à l’abandon, et ils transforment les frustrations dans lesquelles sont plongées les populations en énergies positives. Ils leur permettent par conséquent de prendre le contrôle de leur destin grâce à l’entraide et la coopération entre eux. Cette solidarité part du principe que le "moi" de l’individualisme qui pénètre peu à peu au cœur des communautés africaines doit faire place au "nous" de la coopération qu’on doit réhabiliter et améliorer. Le "nous" de ce système coopératif est comparable au "nous" des réseaux sociaux, avec à la clé la vision d’un monde de complémentarité, d’échanges entre les gens, de partages des informations et du savoir.

L’Afrique réussissant le défi de l’économie sociale et solidaire en ce 21e siècle garantira à ses populations la prospérité et la stabilité. Longtemps terre des flux migratoires vers le reste du monde, elle reçoit en retour, tel le boomerang, les connaissances, le savoir-faire, de tous ses fils et filles de la diaspora. Elle doit réinventer une société sur les bases des valeurs auxquelles elle croie, celles de la solidarité, de coopération et de partage. Face au déficit de l’engagement des dirigeants politiques, l’économie sociale et solidaire apparait comme un système par lequel l’ordre ou l’organisation sociale stable bénéfique aux populations pourrait venir d’en bas, c’est-à-dire l’horizontalité, en lieu et place de la prépondérance de la verticalité incarnée par l’Etat.

 

 
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