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Le pouvoir discrétionnaire du chef de l’Etat: un ersatz de la monarchie ...

Par Franck Saragba - 16/08/2012

Par Franck Saragba, Fini-Kodé

 

La systématisation, la permanence, le recours automatique au pouvoir discrétionnaire du chef de l’Etat ces derniers temps pour régler des actes ordinaires de gouvernement ont fini par supplanter la logique purement administrative, impersonnelle au profit des intrigues dirigistes et pernicieuses du tout politique. Celui-ci a effacé désormais la fine pellicule qui fixe et consacre les limites des différents pouvoirs entre eux, annihile toute garantie de continuité, de disponibilité des institutions de la république qui sont sensées êtres au service du plus grand nombre. La mise en avant d’une manière rédhibitoire remet en cause la portée générale des textes fondamentaux qui sont institués après de longues procédures par les constituants, conformément au concept de la démocratie représentative et de la république.

 


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Franck Saragba, Fini-Kodé
«L’Aura» de discernement requise, le caractère exceptionnel auxquels sont rattachés ce pouvoir pour en donner une dimension presque «sacrée» et indiscutable sont rompus. L’illusion qui jusque-là est entretenue par la rareté et le mystère font place à la banalité, à la légèreté et à l’accoutumance. Ainsi donc, le pouvoir discrétionnaire par conséquent exceptionnel s’est immiscé complètement et entièrement en lieu et place du pouvoir ordinaire. Les non-dits, les graves et grotesques manquements voir les incompétences et autres actes innommables de nos gouvernants trouvent ici l’expression de leur plate justification dans le pouvoir discrétionnaire du chef de l’état. Cet ersatz de la monarchie et des régimes dictatoriaux qui octroie un pouvoir exceptionnel à un homme, simple mortel, imparfait par nature n’est t-il pas antinomique de la démocratie représentative?

En démocratie représentative, le président de la république, brillant soit t-il n’est-il pas seulement que le dépositaire d’un certain ordre moral et économique consenti dont l’ordonnateur demeure le peuple souverain d’où il tire sa légitimité et envers lequel il doit rendre nécessairement sinon obligatoirement compte. On voit bien que l’immanence des questions relatives aux pouvoirs politiques dans la citée trouvent un sens vrai et pratique que si elle se rapporte au temps présent et aux questionnements du moment. Les interrogations de nos concitoyens doivent trouver des réponses claires et bien définies. Notre destin commun ne doit pas rester dans le flou, soumis à la seule fantaisie, aux caprices déviants, aux extravagances d’une personne sous le prétexte qu’il est le président de la république. Une incompatibilité qui demande à être corriger rapidement afin que la loi fondamentale s’impose à tous car nul n’est au dessus de la loi. En octroyant un pouvoir discrétionnaire à un homme, président de la république soit-il, nous créons innocemment un demi dieu dans un concept de la démocratie représentative qui ne s’y prête. Ne devrions-nous pas dissocier une fois pour toute le domaine sacré de la spiritualité d’avec les questions « bassement »politiques ? La cohérence nous invite à poser sérieusement la question de la préservation du pouvoir discrétionnaire du chef de l’Etat dans sa globalité. Ce sont ces prérogatives octroyées à tort qui privilégient et encouragent le règne d’un homme en affaiblissant les institutions alors que notre pays a besoin plutôt aujourd’hui des institutions fortes. Raisons pour lesquelles, le pouvoir discrétionnaire du chef de l’Etat doit être abrogé au bénéfice d’institutions fortes.

 


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L’histoire de notre pays depuis ces cinquante dernières années est une histoire «d’hommes forts» et d’institutions faibles. Depuis la disparition tragique du président Barthélémy Boganda, l’inconsolable et orphelin peuple centrafricain est à la recherche en vain d’un hypothétique homme providentiel de la même stature que celui-ci. Si nous avions des institutions fortes, la question ne se poserait pas, elles auraient comblées naturellement le vide provoqué.

Le pays tout entier semble à jamais être suspendu à la recherche ou plutôt à l’apparition de ce sauveur qui viendrait mettre fin à son agonie. Pourtant, des régimes politiques à la tête desquels «des hommes forts» se sont succédés et ont régné sans partage dans le pays. Tour à tour, ces régimes et ces présidents hors normes qui semblaient êtres des intouchables tant leur pouvoir terrorisait et traumatisait la majeure partie de la population. Au fil du temps, ces différents régimes se sont mis à se détruire de l’intérieur. Eux qui disposaient de pouvoir absolu voit peu à peu décroitre leur influence et finissent piteusement tels de vulgaire usurpateurs. Sitôt en difficulté les quelques partisans zélés, fieffés, fossoyeurs du pays et autres collaborateurs opportunistes du régime quittent sans vergogne le navire en désignant comme seul responsable le président déchu. Les principaux notables du régime, les conseillers et autres collaborateurs de premiers rangs du «monarque» déchu qui ne sont évidemment responsables en rien et de rien. Il en a été ainsi depuis toujours. La logique « de l’homme fort ou de l’homme providentiel qui frôle avec le culte de la personnalité est une réalité. Elle est encore aujourd’hui entretenue par la classe politique centrafricaine à travers des appellations aussi invraisemblables que: le père de la nation, le grand président, l’homme fort, le grand berger, le guide, le pays de untel ou de tel autre…

Nos concitoyens doivent s’émanciper et s’affranchir de toutes ces appellations ringardes et inappropriées dont le seul intérêt est de les préparer, de les conditionner à accepter aveuglement sous le couvert du pouvoir discrétionnaire du président de la république l’inacceptable à moins que ce ne soit l’inexplicable. Autrement dit, il n’y a pas d’homme fort dans une démocratie représentative comme la nôtre mais tout simplement des hommes avec leurs qualités et défauts fussent-ils présidents qui sont au service des institutions de la République pour une durée déterminée.
 
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