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Heurs et leurres de la lutte contre la corruption en Afrique centrale

Par Raphaël Mvogo/Xinhua - 04/11/2010

La plupart de ces pays disposent d'abondances ressources naturelles, pourtant les conditions de vie de leurs populations sont des plus déplorables

 

De manière générale, "la corruption en Afrique centrale est profonde et généralisée; elle sape la capacité de production et de développement des pays de la région. La plupart de ces pays disposent d'abondances ressources naturelles, pourtant les conditions de vie de leurs populations sont des plus déplorables, à cause de la corruption", observe la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique. Selon l'institution, "la corruption touche le secteur pétrolier et la gestion des recettes pétrolières au Gabon, en Guinée équatoriale et à Sao Tomé-et-Principe ; elle mine l'exploitation forestière au Cameroun et l'industrie du diamant en République démocratique du Congo". Et de poursuivre : "Ces pays font piètre figure selon l'Indice de perception de la corruption de Transparency International (2009)". Elle rappelle "sur les 180 pays couverts par l'étude, le Gabon arrive au 106e rang ; Sao Tome-et-Principe, 111e (...) la République centrafricaine, 158e ; le Congo-Brazzaville et la RDC 162e ; le Burundi et la Guinée équatoriale 168e. Tous ces pays affichent des taux élevés de prévalence de la corruption".

La République démocratique du Congo
Pays le plus vaste de cet espace géographique (comprenant par ailleurs l'Angola, le Burundi, le Cameroun, le Congo-Brazzaville, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine, Sao Tomé et Principe, et le Tchad) avec une superficie de plus de 2,3 millions de km2 et le plus peuplé avec une population de plus de 72,5 millions d'habitants, la République démocratique du Congo ( RDC) est généralement décrite comme un "scandale géologique" pour ses richesses minières. Marqué par plus de 30 ans de dictature du maréchal Mobutu et une guerre civile particulièrement meurtrière entre 1998 et 2003 (près de 4 millions de morts, de source onusienne), il est aussi " l'un des pays les plus rongés par la corruption", indique le président de l'Observatoire de lutte contre la corruption en Afrique centrale (OLCAC, créé en 2006 à Brazzaville), Jean-Marie Mulumba. Conseillère en charge de l'éthique, lutte contre la corruption et bonne gouvernance au ministère de la Justice et des Droits humains, Marie Claude Nkulu Mbayo avoue "l'ampleur de la corruption dans notre pays". Parmi les manifestations du phénomène, elle décrit "les pesanteurs des ministres ayant la tutelle sur les services identifiés comme foyers ardents de corruption, les immunités et privilèges de juridiction, les trafics d'influence".

 


© transparency international
Le cas du Cameroun
Après avoir été classé au premier rang mondial en 1998 sur un total de 85 pays et en 1999 sur 99 pays, le Cameroun se maintient à la 146e place sur 178, occupée en 2009, dans le rapport 2010 de Transparency International, ONG basée à Berlin en Allemagne, sur la corruption, un phénomène jugé fort répandu en Afrique centrale. Pourtant, le pays s'est doté en 2006 d'une Commission nationale anti-corruption (CONAC), présenté comme un "organisme public indépendant chargé de contribuer à la lutte contre la corruption", avec parmi les tâches spécifiques, de "mener toutes études ou investigations et de proposer toutes mesures de nature à prévenir ou à juguler" ce fléau. Vice-président de Transparency International et ex-bâtonnier de l'Ordre national des avocats du Cameroun, Me Akere Muna juge que la Conac, placée sous l'autorité du président de la République qui en nomme les membres, "n'est pas un organisme indépendant". Comme gage de crédibilité, il recommande la mise en place d'une " autorité indépendante du point de vue politique et matériel". Depuis surtout une douzaine d'années, le chef de l'Etat camerounais Paul Biya a entrepris une action qui, officiellement, vise à l'assainissement des finances publiques. Suite à cette initiative, "plus de 10 ministres et une quinzaine ou une vingtaine de directeurs généraux [d'entreprises publiques, ndlr] sont en prison", dénombre le secrétaire exécutif de la CONAC, Alfred Etom.

Certains de ces responsables ont été condamnés pour détournements de fonds à de lourdes peines d'emprisonnement. Par exemple depuis 1997, l'ex-secrétaire général de la présidence de la République, Titus Edzoa, par ailleurs ex-médecin personnel du chef de l'Etat, purge 15 ans de prison, tandis l'ex-directeur général du Fonds spécial d'équipement et d'intervention intercommunale (FEICOM) Emmanuel Gérard Ondo Ndong a écopé en 2007 de 50 ans. Depuis la même année, l'ancien directeur général de la Société immobilière du Cameroun (SIC) Gilles Roger Belinga fait l'objet pour sa part d'une condamnation à 35 ans de prison, contre 40 ans en 2008 à l'ancien directeur général du Crédit foncier Joseph Edou et la prison à perpétuité en 2009 pour l'ex-directeur général du Port autonome de Douala (PAD) Alphonse Siyam Siwé, par ailleurs ex- ministre de l'Eau, des Mines et de l'Energie. En cours de jugement, un autre ancien secrétaire général de la présidence de la République, Jean-Marie Atangana, l'ancien ministre de l'Economie et des Finances Polycarpe Abah Abah, l'ancien ministre de la Santé publique urbain Olanguena Awono. Et en attente d'éventuels procès, l'ancienne ministre de l'Education de Base Haman Adama et l'ex-secrétaire d'Etat aux Enseignements secondaires Catherine Abena.

 


© transparency.ch
"Au Cameroun, on a véritablement pris le taureau par les cornes. Ça fait peur aux partenaires [au développement, ndlr], on ne comprend pas. Ils nous reprochent d'aller trop vite", a décrit M. Etom lors d'un atelier régional de formation sur la lutte contre la corruption à l'intention des institutions nationales anti- corruption en Afrique centrale, du 20 au 22 octobre à Yaoundé, à l'initiative de la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA). Citant, pour justifier les actions judiciaires menées, l'exemple de "49 centres de santé inachevés, pourtant tous intégralement payés" et, pour prouver le travail de la CONAC, les investigations en cours sur les grands routiers et miniers, il a toutefois relevé que "la volonté du chef de l'Etat s'arrête à son niveau, les ministres tardent à suivre". Conseiller technique principal à la représentation camerounaise du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à Yaoundé, Mamy Raboanarijaona interrogé par Xinhua constate effectivement qu'"il y a beaucoup d'actions qui sont menées ici en matière de lutte contre la corruption, des actions très intéressantes".

"A mon avis, dit-il, le Cameroun est un des rares pays en Afrique où il y a des actions assez fortes, par exemple quand on attaque des ministres, des anciens ministres, des anciens hauts responsables de la nation". Il cite en outre les "résultats extraordinaires" des actions de la société civile puis "une presse active dans la dénonciation de la corruption". Toutefois, "on se demande pourquoi la corruption semble avoir des difficultés pour diminuer", déplore-t-il. Avec une population estimée à 19,4 millions d'habitants, le Cameroun fait partie de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC), une des régions les plus riches du continent mais où l'exploitation des ressources naturelles ne favorise pas toujours le bien-être des peuples, à cause de la mal- gouvernance et de la corruption devenues comme endémiques, d'après Said Adejumobi, responsable des programmes de gouvernance à la CEA à Addis-Abeba en Ethiopie.
 
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