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"Les beautés cachées", un Conte Mbängï

Par Gervais Lakosso - 04/11/2010

«La forêt peut cacher beaucoup de choses. Tout comme beaucoup de choses peuvent se cacher dans la forêt»

 

Cette histoire qui s’est produite à cette époque dont le commencement n’a pas eu de commencement et dont la fin n’aura point de fin, nous parle d’une beauté qui s’est cachée dans un arbre pour fuir un mariage forcé et d’une autre beauté cachée dans une femme tellement laide selon les hommes que personne ne voulait épouser. Elles vivaient dans deux royaumes différents et séparés l’un de l’autre par une forêt. Les habitants de ces deux royaumes ne se fréquentent jamais. Nos deux beautés étaient en souffrance dans leurs royaumes respectifs. La beauté physique de l’une attirait la convoitise de tous les hommes. Tous voulaient l’épouser. Ne sachant lequel croire, elle vivait donc malgré sa beauté dans le célibat. L’autre était tellement laide que personne ne pouvait contempler l’immense beauté intérieure enfouie dans son être. Personne ne voulait d’elle comme femme. Certains ne voulaient même pas lui adresser la parole. Les femmes enceintes évitaient son chemin pour ne pas que leurs enfants lui ressemblent.

Nos deux créatures ont vécu ainsi des années durant
Un soir, la beauté physique fut convoquée par le prince de son royaume. Il la couvrit de bijoux de grande valeur et l’invita à dîner en tête à tête. A la fin du dîner, le prince annonça à la beauté son intention de se marier avec elle. Cela aurait été agréable de vivre au palais si le prince n’avait pas été son cousin par leurs pères. Le roi était en effet le fils du frère du père du père de la beauté… L’inceste étant strictement interdit et puni par le bannissement dans leur coutume, la beauté devait refuser cette proposition. Elle est rentrée chez elle en larmes, porter la nouvelle à ses parents. A sa grande surprise, son père lui avoua qu’à cause du rang de son cousin leur mariage était possible, ajoutant que c’était une opportunité à ne pas rater. La pauvre belle était plongée dans une confusion totale à l’idée de se marier avec son cousin; son frère de sang, tout simplement parce qu’il était prince .Elle passa une très mauvaise nuit et son sommeil fut perturbé par des cauchemars. A l’aube, Bendö, la déesse des déesses du royaume est venue annoncer à son père que sur demande du prince elle a consulté les esprits et ceux ci ont donné leur accord exceptionnel pour que le prince épouse la beauté. De sa chambre, notre belle avait entendu cela, et en avait été choquée.

 


© rca-beafrica.com
Elle sortit doucement par la fenêtre et s‘élança dans la forêt en direction de nulle part. Elle courut à perdre le souffle pour être le plus loin possible du royaume; être dévorée par une bête féroce, succomber par la fatigue et/ou la faim, subir toutes les infortunes du monde, tout plutôt que d’épouser son cousin. C’est tard dans la journée qu’on s’est rendu compte de son absence, son jeune frère ne la trouvant pas dans sa chambre. Dans un premier temps son père ne s’inquiéta pas, se disant qu’elle était sans doute en train de réfléchir dans un endroit calme ou peut- être chez le prince son désormais chéri. Mais le soir, un chasseur vint discrètement lui dire qu’il a aperçu sa fille loin dans la forêt. Elle courait si rapidement qu’il n’a pas eu le temps de lui adresser la parole. Au même moment un émissaire du roi son cousin l’informe que le souverain souhaite le rencontrer ce soir même afin de l’entretenir sur un sujet confidentiel.

La mort dans l’âme il s’est rendu au palais pour traiter la délicate situation avec son cousin. L’entretien à tourné court quand il a annoncé au roi la fugue de sa fille. Le prince lui même et quatre guerriers sont partis à sa poursuite en courant eux aussi. Au bout de leur course ils sont tombés sur un chasseur du royaume de la beauté interne qu’ils ont obligé à les conduire au royaume et surtout à leur montrer ou se cache la beauté objet de leur recherche, le menaçant, en cas de refus de brûler le royaume et d’asservir ses habitants. Plusieurs heures auparavant, la belle avait traversé à la nage la rivière bordant le royaume et après s’être désaltérée elle s’était hissée sur un arbre sans feuillage pour se cacher et se reposer. J’avais oublié de vous dire qu’à cause de l’hostilité des gens du village à son endroit, la beauté intérieure vivait dans une case au bord de la rivière loin de ses détracteurs.

 


© rca-beafrica.com
Comme chaque midi, elle va se baigner au pied de l’arbre sans feuillage. Avant de se jeter à l’eau, elle avait l’habitude de s’arrêter un moment sur son image et donnait souvent raison aux gens en s’avouant qu’elle était vraiment laide. Mais là, elle ne croit pas ses yeux… C’est une beauté splendide qui se reflète dans l’eau. Elle croit d’abord que c’est une fée endormie, puis que les dieux ont exaucé ses prières et ont effacé sa laideur afin qu’elle puisse se marier. Elle pousse alors de tout son être un cri de joie pour remercier les dieux. Secouée par ce puissant cri, la beauté dormante s’est retrouvée dans la rivière avant même de se réveiller. Ne sachant pas nager, elle se débattait sans succès pour atteindre la berge. L’autre beauté est revenue à l’évidence en constatant que c’est plutôt une humaine car toutes les fées savent nager… Elle s’est jetée à l’eau pour venir au secours de la beauté inconnue qui allait se noyer.

La trouvant bien fragile, elle l’installe dans sa case, lui prépare une potion et la gave de bonnes nourritures. Retrouvant ses forces, la splendide relate son histoire à son hôtesse qui lui promet aussitôt de la protéger contre tout danger. Alors qu’elle préparait la natte pour que sa protégée se repose, elle entend des bruits de traversée dans rivière. Elle cache immédiatement la splendide qui n’a que le temps de la remercier avant de sombrer dans un profond sommeil. Effectivement, c’est le prince et ses guerriers guidés par le chasseur qui sont en train de traverser. Ils sont déjà au beau milieu de l’eau. La laide se met debout pour bien les regarder. En la découvrant, le prince et ses guerriers font demi- tour en courant dans tous les sens. Etonnée, la laide se rend sur la berge en courant elle aussi pour voir ces étranges visiteurs. La voyant venir en courant, ils accélèrent encore leur course de fond en direction de chez eux. Le chasseur ne comprend rien à ce qui vient de se produire. Il a juste eu le temps d’expliquer à la laide sa mésaventure avant de courir au palais informer le roi que grâce à la laide le royaume a échappé à l asservissement. Vivant de la pêche et de petite chasse, ils n’ont jamais pratiqué la guerre et leur royaume aurait sans aucun doute été détruit par les soldats étrangers puissamment armés. Pourtant à la vue de la laide ces braves soldats ont pris fuite croyant avoir à faire au monstre protecteur du royaume. Ils ont couru toute la journée et ne se sont arrêtés que quelques minutes pour se soulager.

 


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Le prince a définitivement renoncé à l’idée de se marier avec sa cousine. Une semaine après, le roi a convoqué la laide au palais et lui a demandé quelle récompense elle voulait recevoir de lui pour avoir sauvé le royaume. «Ce sera que sa majesté accepte l’offre que je vais lui faire» répondit cette dernière. J’espère que tu ne vas tout de même pas me demander de t’épouser!» lui rétorque le roi, affolé. Non justement majesté. Je veux tout simplement que votre majesté accepte que notre prince, votre fils, épouse ma protégée. Dès que leurs regards se sont croisés, le prince a dit oui tout de suite. Une grande fête fut organisée pour sceller leur union. Au cours de la cérémonie, le chasseur qui a servi de guide au prince mal intentionné et à ses hommes a publiquement annoncé qu’il souhaite se marier avec la laide si elle le veut bien. Elle a tout de suite dit oui. Le roi a fait préparer une grande cérémonie. Grâce à ces deux unions, nos deux beautés ont changé de vie. La splendide a coulé une vie pleine de charme avec le prince. La laide a connu tous les bonheurs et toutes les souffrances d’une femme. Il paraît même que sur instruction du roi d’après les commentaires de son mari qui ne lui trouvait aucune laideur, plus personne ne la jamais traitée de laide. C’est ainsi qu’on dit au pays Mbängï que la beauté n’est pas ce que l’on voit, mais ce que l’on peut sentir et vivre. La laideur quant à elle n’est pas ce qu’on pense mais ce qui est mauvais et détestable.
 
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