INTERVIEW  |    

Tuerie de Bakouma: M. Jacques Moussa revient sur les évènements

Par Pacôme Pabandji - 29/05/2012

Il est l'un des chefs de campement à CAWA Safari, il a été arrêté, auditionné et relâché

 

13 corps de jeunes centrafricains avaient été retrouvés dans une fosse sur le site de CAWA Safari à Ngounguinza en République centrafricaine. En plus de ces corps, 5 autres jeunes auraient disparu. Face à cela, la justice centrafricaine a mis le moteur judiciaire en marche: le patron de CAWA Safari, son adjoint et ses fonctionnaires et été arrêtés et placés sous mandat de dépôt à la prison centrale de Ngaragba à Bangui. M. Jacques Moussa, un des chefs de campement à CAWA Safari retrace les faits tels qu’il les a vécus.

Vous êtes fonctionnaire chez CAWA Safari. Peut-on avoir votre version des faits?
Je pense que l’histoire des corps qui ont été retrouvés à Ngounguinza, qui est une zone située dans la zone de permis de chasse de Safari CAWA, a un fond très complexe. Déjà, des gens vont illégalement dans la zone de permis de chasse de la société pour chasser. Nous les avons surpris à plusieurs reprises et remis à la justice mais deux ou trois semaines après, ils sont libres et reprennent les mêmes activités jusqu’à ce que cet incident soit survenu. La société CAWA a été la première à arriver sur les lieux. Elle a envoyé une équipe pour aller faire des marquages dans le secteur, c’est ainsi qu’à leur retour les membres de l’équipe sont tombés sur les corps. Au départ, c’était 6 corps retrouvés ensemble. Etant donné que l’équipe est composée des jeunes, ils ont eu peur et ont accouru pour aller alerter le responsable Erik Mararv par un téléphone Thuraya pendant que ce dernier se trouvait au campement Kosho, à plus de 90 km de la base à Mbonga. Le patron leur a alors demandé d’attendre qu’il contacte son adjoint, David Simpson qui commande l’équipe du marquage. Il a ensuite appelé la gendarmerie qu’il a informée, avant de demander à Simpson de repartir sur les lieux avec une équipe vérifier la fiabilité de la découverte. Ils ont alors rencontré quatre personnes qui se rendaient au chantier pour travailler. D. Simpson leur a proposé de les déposer en ville en voiture en attendant que la gendarmerie arrive sur les lieux car. Le lendemain, quand les éléments des FACA sont arrivés sur les lieux, ils ont vu les 6 corps et ont poursuivi les recherches pour finalement découvrir 7 autres corps ligotés les uns aux autres, faisant au total 13 corps découverts. Avec les éléments, les 4 autres jeunes se sont rendus là où ils avaient déposé leur bagage mais là-bas, ces bagages étaient saccagés, les roues des bicyclettes complètement détruites et les vivres mis à sac. Les militaires ont tout à coup ordonné de quitter les lieux. M. Simpson a demandé à ces derniers d’assurer la sécurité pendant les corps allaient être enterrés mais ils n’ont pas cautionné, craignant une éventuelle attaque. Seulement 4 corps dont un appartenant au fils de M. Bandoulou, ont été inhumés.

 


© journaldebangui.com
M. Jacques Moussa, un des chefs de campement à CAWA Safari
C’est ainsi que les éléments des FACA sont allés expliquer leur version. La population s’est soulevée et a procédé au pillage des réserves et autres biens de la société. Le lendemain, le ministre de la justice a demandé à mon patron de se rendre à Bangui c’est ainsi qu’il a été arrêté, suivi de l’arrestation de M. Simpson et la société a été fermée. Même le personnel a été arrêté. Moi qui vous parle, j’ai été arrêté à Bangassou avec 13 autres fonctionnaires où j’ai passé 6 jours. On m’a auditionné mais, le procureur de Bangassou nous a relâché, nous sommes trois parce que nous n’avons rien à y voir selon lui. Les 10 autres ont subi le même sort de nos patrons, Mararv et Simpson.

Vous savez pourquoi la population n’accuse que le patron de CAWA?
La justice est encore à pied d’œuvre. D’après les faits vécus, CAWA n’a rien à voir dans ces meurtres car si c’était le cas, la société dispose de tous les moyens possibles pour faire disparaître les traces. Avec tout son personnel, tous ses autres moyens, il sera facile de ne laisser aucune trace. Le Tribunal est compétent et le dernier mot lui reviendra. Je regrette que les parents des victimes réclament déjà des dommages et intérêts. Je dirai donc qu’il y a anguille sous roche. La LRA nous a attaquées à trois reprises en 2010. Ces rebelles ont fait des otages qu’ils ont libérés à l’entrée de la grande forêt de Ngounguinza et à chaque fois qu’ils font les otages, c’est là qu’ils les libèrent. Mon patron Mararv a aussi été enlevé et retenu pendant plusieurs heures chez les rebelles avant d’être relâché le 29 mars 2010. Le 22 janvier 2012, un véhicule de la société a été attaqué toujours par la LRA dans la même région. Ces derniers temps, on entendait parler de la présence des rebelles de Baba Laddé dans le secteur. La zone est infestée de rebelles de la LRA et aussi des éleveurs transhumants hostiles suffisamment armés. Que doit-on comprendre?

Vous pensez que ce pourrait-être la LRA?
Avec les indices disponibles, on pourrait le dire. Des traces de bottes ont été découvertes sur les lieux du massacre et ce n’est pas un secret que dans la région ce sont les rebelles de la LRA qui se déplacent portant des bottes. Ce sont des rebelles qui ne font pratiquement pas usage de leurs armes pour perpétrer leur exaction mais plutôt ils utilisent des armes blanches ou des morceaux de bois. Et ce sont les mêmes indices sur les corps.

Que feriez-vous si aucune charge ne pèse contre CAWA Safari?
Ce ne sera que justice rendue. Je sais que ce sera le cas car jusque là, aucun indice ne permet d’accuser notre société. Il faudrait que CAWA Safari reprenne ses activités et on oubliera tout.

 

 
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