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Constitution: Franchiront t-ils le Rubicon?

Par Franck Saragba - 25/05/2012

La modification de la Constitution constituerait un affront au peuple de Centrafrique. Elle est à l’origine de nombreux conflits fratricides en Afrique

 

«Alea jacta est», le sort en est jeté aurait été les paroles prononcées en latin par Jules César en l’an 49 Av JC avant de franchir le Rubicon, cette rivière délimitant la frontière entre la Gaule et l’Italie pour braver l’interdiction imposée alors par Pompée de rentrer dans la ville de Rome avec des armes. Autrement dit, le général Bozizé et les honorables députés du KNK (kwa na kwa) franchiront t-ils le Rubicon pour modifier la constitution centrafricaine au risque d’embraser le pays?

Quoi qu’il arrive, ce, conformément au nombre et à la durée de mandat du président de la république qui sont fixés par la constitution, le régime du général Bozizé doit prendre fin au terme de celui-ci. Alors que le deuxième mandat est en partie entamé et lourdement entaché, le régime de Bangui s’apprête à modifier la dite constitution pour demeurer au pouvoir malgré la faillite générale du pays. Une tentative maladroite et inopportune qui se situe à contre courant, au moment où des rappels au respect de la constitution, à la moralisation de la vie publique se font entendre un peu partout sur le continent, réconforter en cela par le message claire et sans ambiguïté du nouveau président de la République française, François Hollande.

 


© journaldebangui.com
Franck Saragba
L’expression sans doute anodine à l’origine a su traverser des siècles et des frontières pour devenir synonyme d’actes irresponsables et démesurés aux conséquences souvent fatales. La tentative de modification pour la deuxième fois de la constitution dont les échos nous parviennent par le général-président malgré le verrouillage par le législateur de certaines dispositions participe de cette logique dangereuse, antidémocratique et anti républicaine? Elle est souvent à l’origine de nombreux conflits fratricides en Afrique. Elle constitue un affront au peuple Centrafricain tout entier, au-delà, un affront à tous les démocrates et citoyens respectueux des règles édictées qui doivent s’imposer à tous, aux premiers rangs desquels se trouveraient les gouvernants eux-mêmes, puisque selon la formule consacrée «Nul n’est au-dessus de la loi»

Au moment où Jules César a décidé de traverser avec armes et bagages le Rubicon, la République Romaine était l’ombre d’elle-même et donnait des signes d’agonie déjà depuis plusieurs années, la République Centrafricaine se trouve aujourd’hui dans la même situation, voir pire par la diversité des maux qui laminent d’une manière chronique ses tissus économiques et sociaux dont les retombées sur le plan humain est catastrophique. Si l’état de délabrement et de chaos dans lequel se vautre depuis quelques années le Centrafrique est similaire à celui de Rome autrefois, les motivations qui animent les deux hommes sont diamétralement opposées. Alors que jules César par son action a permis au peuple de Rome de se débarrasser définitivement de Pompée et de rétablir une nouvelle dynamique, une nouvelle impulsion, le second s’inscrit dans la continuité. En modifiant la constitution, Bozizé aura franchi le Rubicon pour la deuxième fois contre la volonté du peuple centrafricain. La première fois étant la prorogation de son premier mandat par une assemblée nationale monocolore aux couleurs du KNK.

 

Certes, le Centrafrique d’aujourd’hui n’est pas la Gaule ni Rome de l’an 49 avant Jésus Christ, Le peuple centrafricain n’a rien à voir avec les Romains, Les fleuves qui l’arrosent et qui le nourrissent comme le Bali, la M’poko, le Sangha, l’Ouham, la Mambéré, le Mbomou … n’ont rien à voir avec le lointain Rubicon et que le mythique général Romain n’a de comparaison que les extravagances et velléités suicidaires de notre généralissime Bozizé. L’un et l’autre se sont appropriés et veulent confisqués la règle établie et l’espace public pour les moduler selon leurs humeurs dans le but de réaliser leurs ambitions personnelles. Ce qui est acceptable voir normale en l’an 49 avant le Christ, peut-il encore l’être aujourd’hui? Bozizé et les siens franchiront t-ils le «Rubicon de la constitution centrafricaine «pour la modifier? Pour quelles perspectives alors que le régime a entamé son second mandat comme il avait accompli le premier avec le bilan que l’on connait?

Cette bravade combien audacieuse a permis à César par la suite d’affronter et battre Pompée, un autre général à la bataille de Pharsale, en Thessalie et lui ouvrir victorieusement les rênes du pouvoir. Tout comme César qui est rentré à Rome par la force et malgré les interdictions, le général Bozizé en fit de même le 15 mars 2003 en entrant avec ses hommes dans la ville de Bangui contre le régime d’un président-civile, certes en perte de vitesse qu’il a largement contribué a fragilisé auparavant. Si le général Jules César a évolué petit à petit, devenant successivement tribun, militaire, questeur, édile, préteur et enfin gouverneur de la Gaule, le général-président du Centrafrique a pour sa part depuis sa sortie de l’Ecole Spéciale de Formation des Officiers d’Active (ESFOA) de Bouar enfreint toutes les règles de promotion en enjambant quatre par quatre à se donner le vertige les marches de la hiérarchie militaire et politique. Il est vrai que les règles de la promotion sociale en vigueur qui promeut la méritocratie ne concernent pas tout le monde.

Rappelons que si Brutus, fils spirituel de César, avec la complicité de quelques sénateurs ont pu mettre fin au pouvoir absolu de celui-ci, il n’en est pas de même pour le général Bozizé autour duquel gravissent pourtant un certain nombre de «Brutus en herbe» et de députés qui rêvent de succéder au maitre des lieux pour appliquer au quintuple les leçons de leur maitre. Autoriserions-nous à rêver un instant que les députés et autres «Brutus en herbe» sauront se mettre rapidement à la hauteur de leurs lointains confrères romains. La modification de la constitution est à l’origine de nombreux conflits fratricides en Afrique au mieux, elle se révèle être une source de mobilisation contre le régime en place comme ce fut le cas au Sénégal lors de la dernière élection présidentielle. En se lançant irrésistiblement dans une entreprise aussi risquée que la modification de la constitution, le régime de Bangui n’est t-il pas en train de faire le pas de trop? N’est t-il pas en train de commettre l’irréparable?
 
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