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Célestin Kozoganda Manduzou, réfugié RCA en quête du "pain quotidien"

Par Yvan B./Source Xinhua - 12/08/2010

Témoignage de ce réfugié installé au Cameroun depuis 2001

 

Célestin Kozoganda Manduzou, de nationalité centrafricaine, exhibe sans honte sa carte d'identification de réfugié délivrée le 7 août 2009 et avec une validité jusqu'au au 30 juin 2014. Août, c'est aussi le mois où il est venu au monde, en 1971, au 24ème jour du mois. Une naissance ayant eu lieu dans son pays, la Centrafrique, devenue pour lui un cauchemar sans fin au point qu' il a décidé d'entreprendre l'adoption d'une autre patrie. Rentrer au pays? Je ne crois pas. Comment voulez-vous que je rentre encore me retrouver avec les tombeaux des parents qui sont morts depuis longtemps ? Je ne peux que mourir de soucis, a déclaré ce jeune Centrafricain, rencontré jeudi à Mandjou, un site de réfugiés centrafricains dans l'Est du Cameroun, lors d' une visite dans la région du haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Antonio Guterres. C'est un écorché vif, marqué par un drame profond. Issu d'une famille de 12 enfants, il en est l'unique survivant des massacres occasionnés par la tentative de coup d'Etat en 2001 du général André Kolingba, inhumé la semaine dernière après son décès survenu à Paris, contre Ange Félix Patassé. Avec son lot de désolation, cet épisode douloureux a laissé des blessures béantes dans le coeur de Célestin Kozoganda Manduzou, de l'ethnie yakoma, dans l'Est de la Centrafrique. Son frère aîné, l' ancien inspecteur des forces armées centrafricaines Philippe Kozoganda, colonel de l'armée de l'air, avait été exécuté, avec femme et enfants. En dehors de lui, ses parents, ses 4 soeurs et ses 4 autres frères n'avaient pu non plus échapper aux représailles des forces loyalistes à Patassé contre les Yakoma. La moindre évocation de ce drame fait jaillir les larmes dans les yeux de Célestin. Animé par la volonté d'exorciser les vieux démons loin de son pays, il lâche: Je compte garder mon pays d'asile comme mon pays de naissance. J'ai gardé un mauvais souvenir de mon pays. Il ne me sert à rien, je ne suis pas prêt à y retourner. Au moment des fameux événements, Célestin Kozoganda Manduzou, titulaire d'un baccalauréat série D, scientifique, est étudiant à l'Institut des mines et de la géologie de l'Université de Bangui, la capitale centrafricaine. Personnellement, ce sont les soldats des Casques bleus de l'ONU qui m'avaient sauvé la vie. Le campus universitaire était protégé par eux, se souvient-il.

 


© rcamagazine.com
Le Tchad, tout comme le Cameroun, ont accueullli des centaines de milliers de réfugiés, depuis la tentative de coup d'Etat en 2001
Deux semaines après le début des combats entre l'armée et les combattants de Kolingba, il décide avec un groupe de 8 autres personnes, dont 6 étudiants et 3 élèves du secondaire, de se réfugier au Cameroun pour fuir les massacres. De la capitale, Bangui, jusqu'à la frontière avec le Cameroun, on a eu à passer un mois et 17 jours. La marche à pied était pénible. La plupart du temps, on ne marchait que dans la nuit. Le jour, dès 04h00 du matin, on rentrait en brousse pour se reposer et se cacher, confie Célestin. Avec ses compagnons de route, il débarque à Kenzo, une ville de l'Est du Cameroun, avant de poursuivre l'aventure jusqu'à Yaoundé, la capitale de ce pays voisin de la Centrafrique. Une fois arrivés à Yaoundé, nous avions été orientés vers la Croix-Rouge camerounaise qui, à son tour, nous a guidés vers le HCR (Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés), ressasse-t-il encore. Dans cette terre d'accueil, il bénéficie d'un programme de formation professionnelle du HCR en faveur des réfugiés. Sur la base de son baccalauréat D, il est inscrit dans une institution universitaire privée camerounaise, l'Institut-Samba supérieur, pour une formation en BTS (brevet des techniciens supérieurs).Au bout de deux ans de cursus, en filière mécanique automobile, le jeune homme décroche son diplôme en 2003. Mais, depuis lors, aucune porte de l'emploi ne s'ouvre. Le monde du travail est complexe. Pour obtenir un boulot, il faut avoir une connaissance. J'ai fait un tour à Douala, ça n'a pas marché, juge-t-il. C'est cette quête du pain quotidien qui justifiait sa présence jeudi à Mandjou. Je suis arrivé il y a deux semaines. Je viens à la rencontre de ces camionneurs qui sortent de N'Djamena et de Bangui. Mandjou, c'est un carrefour, affirme-t-il caressant l'espoir d'être soulagé de sa souffrance. C'est un témoignage poignant de ce que M. Guterres qualifie de tragédie humanitaire du peuple centrafricain et pour laquelle il a lancé un cri d'alarme en direction de la communauté internationale.
 
MOTS CLES :  2001   Réfugié   Célestin 

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