DéBATS & OPINIONS  |     KIOSQUE  |    

Centrafrique: Une justice à pas de tortue

Par Fleury Koursany - 11/05/2012

C’est le propre des institutions judiciaires centrafricaines caractérisées par une lenteur qui ne dit pas son nom et qui finit toujours par accoucher d’une souris

 

La preuve, quelques faits substantiels qui mériteraient d’être évoqués: l’affaire de la tentative d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat attribuée à Jean-Jacques Demafouth et autres, le Sambagate du nom du Directeur de Publication du Journal «Le Démocrate» et l’affaire Mararv du nom du suédois qui séjourne depuis le 25 mars 2012 dans les locaux de la Section de Recherches et d’Investigation de Bangui.

L’affaire Demafouth
En grande pompe sur les ondes nationale et internationales, le gouvernement a présenté le président de l’APRD (Alliance Populaire pour la Restauration de la Démocratie), Jean-Jacques Demafouth comme le «cerveau» principal d’une tentative d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat. Officiellement, on reproche au sieur Demafouth de vouloir faire fusionner les mouvements rebelles actifs dans une grande partie du territoire centrafricain aux seules fins de déstabilisation des institutions républicaines. Comme effet immédiat, le patron de l’APRD, le député sortant et le député de Birao, proches de l’UFDR (Union des Forces Démocratiques pour le Rassemblement), ont été écroués.

 


© journaldebangui.com
Fleury Koursany
Le parquet saisi de l’affaire, jurait la main sur le cœur que des sérieux soupçons pèseraient sur la tête des auteurs présumés de cette tentative de déstabilisation des institutions de la République et que les enquêtes qui se mènent dans la plus grande discrétion comme depuis toujours en diront davantage. Naturellement, l’opinion publique nationale et internationale attendaient de pieds ferme que le Parquet saisi à cette fin puisse lors d’un procès, faire la démonstration de son accusation et requérir ce qui conviendrait pour des accusations du genre. Après tout, il s’agit d’une tentative d’atteinte à la sureté intérieure de l’Etat!

Mais contre toute attente, Jean-Jacques Demafouth et consorts bénéficieront de ce qu’il convient de considérer comme une «liberté provisoire». Un sérieux camouflet pour la justice centrafricaine aussi réactionnaire comme le pouvoir de Bangui qui pensait tomber sur le gros lot pour ne pas dire le gros poisson. Peine perdue, des mois d’enquêtes, une privation de liberté pour des citoyens de la République dont un Député bénéficiant encore de l’immunité parlementaire pour se voir finalement offrir une semi liberté dont on ne sait pas encore elle deviendra entière.

Le Sambagate
Allusion est faite au nom du Directeur de Publication du journal «Le Démocrate», condamné par la justice centrafricaine à 10 mois et gracié le 3 mai 2012 par le Chef de l’Etat centrafricain. Le «Sambagate», est cette affaire qui a opposé le journal de la place à Bangui, au ministre d’Etat aux Finances et au Budget, Sylvain Ndoutingaï. Poursuivi par la justice centrafricaine pour trois chefs d’accusation que sont : la diffamation, les injures publiques et l’incitation à la haine, le DP du quotidien d’informations générales – très critique, à l’endroit du régime et de certaines personnalités qui la dirige, Ferdinand Samba a écopé de 10 mois d'emprisonnement ferme, 10 millions de FCFA à titre de dommages et intérêts, 1.000.000 F CFA d’amende à verser à l’Etat, la suspension d’une année de parution du même Journal «Le Démocrate» et le tout, couronné par la publication pendant dix jours, toujours par «Le Démocrate» dans les colonnes du journal «Le Citoyen» de la décision de justice rendue dans cette affaire.

 


© journaldebangui.com
Le démocrate scellé
Elle a soulevé autant de polémique aussi bien au niveau local qu’international et a été considéré par certains Centrafricains comme la preuve tangible du bâillonnement de la presse privée centrafricaine qui dérange. Après tout, la défense du prévenu Samba, a immédiatement interjeté appel de la décision rendue par le tribunal. Plus de trois mois après l’annonce de cette décision, l’appel des avocats de sieur Samba n’a jamais été au rendez-vous d’un quelconque procès de la part des juges de la Cour d’Appel. Le dossier à transmettre à la Cour d’Appel n’était pas encore arrivé jusqu’à ce que la grâce présidentielle n’intervienne. Le journaliste, qui a agit en tant que telle, devrait être poursuivi sur la base de l’ordonnance 02.005 relative à la liberté de la presse en République Centrafricaine. Laquelle dépénalise les délits de presse et non sur la base du code pénal, chose qui a été faite. Hélas, le journaliste, privé de tous ses droits à du passer par la case prison!

L’affaire Mararv
Ce suédois est aux arrêts à la SRI depuis le 25 Mars 2012. Il ne lui est pas reproché quoique ce soit – du moins formellement à ce jour. Mais, on suppose sans raisons apparentes, qu’il serait le «commanditaire du meurtre de 13 citoyens centrafricains dont les corps ont été retrouvés dans son parc touristique à Ngou Nguinza le 22 mars 2012 ». Deux enquêtes ont été menées par les soins du gouvernement centrafricain mais à ce jour, cette affaire qui n’en finit pas de faire chanter les gens à Bangui suit toujours son cours, eu égard à la gravité de la situation. Plus de 45 jours de garde à vue, au lieu de 72 heures en toute violation de la loi. Doit-on comprendre par là que la République Centrafricaine est un Etat qui ne respecte pas ses propres lois? On ne peut s’empêcher de le penser vu que c’est même devenu un modèle pour la justice centrafricaine, prompte à accuser les gens sans pour autant être en mesure de prouver de manière aussi tangible et irréfragable, la culpabilité de ceux sur lesquels on fait peser des soupçons.

La justice, dit-on, devrait être le dernier rempart du citoyen contre l’arbitraire. Mais si cette justice devient injuste, elle n’est plus juste bien qu’elle est et sera toujours rendue au nom du peuple centrafricain. Ce peuple qui se voit privé d’une justice juste et qui contemple malheureusement la justice devenir un instrument au service des plus forts pour ne pas dire de quelque groupuscule d’hommes avides de pouvoir et adeptes des coups bas. Au demeurant, la lenteur de la justice centrafricaine, qu’on se le dise, n’est toujours pas guidée par le souci d’une justice transparente qui reconnaît aux uns et aux autres de faire valoir leurs droits mais, celle-ci est une justice à deux vitesses et souvent aux antipodes de la réalité. Naturellement et sauf exagération de notre part, elle accouche toujours d’une toute petite souris.
 
MOTS CLES :

1 COMMENTAIRES

Afficher tous les commentaires | Poster un commentaire

Victor Cruz Jersey

Par vfvfv

27/12/2012 03:51

http://www.igiantsshop.com/victor-cruz-jersey
http://www.igiantsshop.com/jason-pierre-paul-jersey
http://www.igiantsshop.com/hakeem-nicks-jersey
http://www.igiantsshop.com/eli-manning-jersey
http://www.igiantsshop.com/ahmad-bradshaw-jersey
http://www.igiantsshop.com/andre-brown-jersey
http://www.igiantsshop.com/antrel-rolle-jersey
http://www.igiantsshop.com/carl-banks-jersey
http://www.igiantsshop.com/chase-blackburn-jersey
http://www.igiantsshop.com/chris-snee-jersey
http://www.igiantsshop.com/david-baas-jersey
http://www.igiantsshop.com/david-wilson-jersey
http://www.igiantsshop.com/domenik-hixon-jersey
http://www.igiantsshop.com/harry-carson-jersey

POSTER UN COMMENTAIRE

Identifiez- vous : pseudo* e-mail
Titre du commentaire
votre commentaire
Etre prévenu par email quand une réponse est faite
Ne cochez oui que si vous voulez recevoir des mails en cas de réponse sur ce sujet et que vous avez saisi votre mail
Je reconnais avoir pris connaissance des conditions d'utlilisation

POLITIQUE

SPORTS

ECONOMIE & BUSINESS

DOSSIERS

Culture & Loisirs

Société

Débats & Opinions

Personnalités

A savoir

  • Les opinions et analyses présentées dans cette rubrique n'engagent que leurs auteurs et nullement la rédaction de Journaldebangui.com
  • Journaldebangui.com n'est pas responsable des affirmations qui y sont présentées et se réserve le droit de modifier ou de retirer un article qui diffamerait, insulterait ou contreviendrait au respect des libertés publiques

Agenda - événements

Lancement du Africa CEO Forum 2015
Tous les événements

TOUT L'UNIVERS JOURNALDEBANGUI.COM

DOSSIERS

Dossiers

L'INTERVIEW

Interview

COMMUNIQUES OFFICIELS

Communiqués