INTERVIEW  |    

M. Edgar Maidou: «Un accompagnement fiscalo-douanier est indispensable»

Par Luidor NONO - 27/03/2012

Il est le Secrétaire général de la principale organisation patronale et livre ici quelques clés pour comprendre le tissu économique centrafricain

 

Est-ce que vous pouvez revenir sur votre parcours?
Alors je suis Edgar Maïdou, j’occupe le poste de Directeur des affaires juridiques à Télécel-RCA, j’ai étudié le droit en France à l’Université de Paris XI. Je me suis spécialisé dans le droit notarial et lorsque je suis rentré à Bangui en 2007, c’était effectivement pour exercer mes fonctions de notaire. Mais très vite, je me suis rendu compte que cette profession n’était pas protégée comme en France. Assez rapidement, je me suis orienté dans la consultance, notamment dans le domaine des télécommunications où j’ai travaillé pour l’agence de régulation des télécommunications. Par la suite, j’ai été recruté par Télecel en tant que Directeur du département juridique. J’ai fait un parcours de retour vers le pays, étant animé par une volonté de découverte de mon propre pays. Donc, j’ai pu retrouver effectivement ma propre famille, j’ai retrouvé des amis, j’ai retrouvé en fait le pays où mes parents ont grandi. Sur place, j’ai regardé avec les yeux de celui qui visite, pas celui qui n’y a rien, il y a tout à faire. Voilà ce qui m’a caractérisé et je pense que c’est ce qui me caractérise encore aujourd’hui. Là où je vois que les choses ne sont pas faites, je me dis qu’il y a des choses à faire.

 


© Centrafrique Expertise
Edgar Maidou, SG du groupement patronal
Par ailleurs vous êtes membre du Gica, qu’est-ce que vous faites exactement là-bas?
Effectivement je suis le Secrétaire général du Gica, c’est le Groupement interprofessionnel de Centrafrique. Ce groupement qui a une dizaine d’années regroupe les plus grosses entreprises de la République centrafricaine qui viennent du secteur industriel, des services et même du secteur primaire. Le Gica a pour mission de promouvoir les intérêts du secteur privé, notamment dans le dialogue avec l’Etat centrafricain à travers ce qu’on appelle le cadre permanent de concertation. Le Gica aussi est un interlocuteur privilégié des institutions internationales telles que la Banque mondiale, le FMI, l’Union européenne. Enfin, le Gica se veut être une force de proposition pour la relance économique de notre pays et, à ce titre, le Gica a publié un mémorandum sur la relance économique en 2009 qui identifie un certain nombre de difficultés touchant le secteur de la production et propose des solutions pour la relance de la croissance dans ce secteur.

Est-ce qu’on peut revenir brièvement sur ces principaux goulots d’étranglement de l’économie centrafricaine qui est au plus bas de l’échelle, que ce soit au niveau mondial qu’au niveau africain?
Effectivement, comme je vous l’ai dis au début, tout dépend du point de vue où l’on se place pour apprécier le tissu économique centrafricain. Moi je dirais que la Centrafrique est un Etat très jeune qui est né en 1960, donc c’est un Etat adolescent. L’Etat conduit un certain nombre de politiques soutenues par les institutions internationales courageusement pour pouvoir répondre à ses devoirs régaliens. Mais à côté de cela, il y a lieu de dire qu’il revient aussi à la société civile et au secteur privé de déployer ses efforts pour développer l’économie du pays. Dans ce sens, beaucoup de zones restent complètement vierges. Vous avez l’agriculture, nos productions agricoles ont beaucoup chuté dans les dernières décennies, notamment le café ou le coton où nous étions des leaders dans les années 70. Aujourd’hui, la place existe pour les entrepreneurs qui veulent se lancer dans ce domaine. Il y a aussi les palmeraies, les oléagineux et autres produits. En ce qui concerne le secteur industriel, il est vrai que l’industrie qui existait dans les années 70 a complètement été démantelée, suite effectivement aux différents évènements politico-militaires. Mais toujours est-il que la Centrafrique a cette spécificité d’avoir une population très jeune, relativement qualifiée, dans un pays où les charges sociales, comparativement aux autres pays de la CEMAC, où de la convention africaine pour la prévoyance et la sécurité sociale, sont relativement faibles. Cela représente des avantages pour des entreprises qui souhaitent venir utiliser une main d’œuvre locale pour effectivement conduire leur projet.

Il y a combien d’entreprises dans les domaines primordiaux ou prépondérants?
Il y a 25 grosses sociétés qui sont les membres du Gica. Il y a environ une centaine qui appartient à l’Union nationale du patronat centrafricain qui est l’autre branche, je dirais la branche principale du patronat centrafricain. Ce sont ces entreprises, parce que je ne parlerais pas du secteur informel ou des entreprises unipersonnelles qui sont plus nombreuses. Là, si c’est en termes de sociétés constituées, je dirais avec des associés, des actionnaires, on peut compter plus de 200.

 


© Centrafrique Expertise
Edgar Maidou au Cabango Networking à Paris en septembre
Est-ce qu’il y a des passerelles entre ces grandes entreprises et les très petites entreprises ou les entreprises unipersonnelles?
Effectivement, c’est le rôle de la Chambre d’industrie et du commerce de la République Centrafricaine. C’est le rôle effectivement du Ministère du commerce, c’est le rôle du Ministère des PME à travers les différentes agences, les différentes organisations administratives soutenues par les bailleurs de fonds. Il leur revient d’organiser l’économie et le commerce dans notre pays mais, nous sommes là aussi pour être une force de proposition par rapport à ces passerelles. Donc, le danger qui nous guette tous, c’est le secteur informel qui, n’étant malheureusement pas déclaré constitue une concurrence déloyale.

Vous parlez de concurrence déloyale, vous au niveau du Gica vous rencontrez aussi des difficultés ou tout se passe bien?
Je dirais que dans notre pays, nous sommes dans un processus de développement. Nous sommes aujourd’hui en quelque sorte des pionniers dans l’économie centrafricaine qui a des spécificités. C’est un pays qui est enclavé, il y a un manque notable d’infrastructures, il y a un manque notable d’énergie, et donc, c’est effectivement ce que vous pouvez appeler des goulots d’étranglement, des freins à l’investissement, mais toujours est-il que nous voulons proposer des solutions pour effectivement réduire ces difficultés. Aujourd’hui investir c’est investir en hommes et en matériels. C’est très couteux, donc un accompagnement je dirais fiscalo-douanier qui nous permettrait de faire mieux est indispensable au développement de notre pays.

Votre projet notarial tient toujours maintenant que vous êtes parfaitement imprégnés du tissu économique en Centrafrique?
Non! Je le relègue aux calendres grecs. Aujourd’hui, j’ai effectivement la chance d’avoir un point de vue général sur l’économie, je dirais sur la société, et donc il y a des secteurs d’action qui sont très prioritaires. Effectivement, le secteur notarial est un maillon essentiel dans la sécurisation des affaires parce que le climat des affaires est un critère important pour un investisseur, notamment pour le Doing Business, donc, le notaire a toute sa place, mais il y a aussi la coordination des actions qui vise la croissance économique. La sécurisation des investissements, la recherche de nouveaux investisseurs, la facilitation des affaires, je dirais l’information sur la RCA puisque la RCA n’est pas suffisamment visible, toutes ces actions sont aussi passionnantes et prennent toute mon énergie pour l’instant.

Si on vous demandait l’action que vous allez mener dans un très court terme en tant que SG du Gica pour donner cette visibilité à la Centrafrique ce serait quoi?
Ce serait un forum sur l’entreprenariat en République centrafricaine parce que je pense qu’il faut être sur place pour apprécier les spécificités du pays, pour mieux comprendre et découvrir les opportunités d’affaires et pour mieux finalement voir les difficultés afin d’anticiper et de gagner.

Une date?
La date je ne l’ai pas encore parce que c’est un projet que nous menons avec le bureau exécutif du Gica et la Secrétaire générale adjointe, mais dès que j’ai une date, je vous la communique.

Tout le monde est-il bienvenu ou alors ce sera uniquement pour les très grosses entreprises?
Non tout le monde est le bienvenu parce qu’aujourd’hui on a effectivement besoin de complémentarité. Pour la plupart des entreprises, aller en province dans un contexte rural est un défi et donc nous recherchons la complémentarité pour permettre ce déploiement. Nous avons des métiers spécifiques, mais nous avons besoins des partenaires qui soient des professionnels dans d’autres domaines pour nous accompagner, pour remplir ce défi.
 
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