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Libye: Nouvelle révolte en gestation à Benghazi

Par Idriss Linge - 08/03/2012

Des chefs de tribus et des milices situées dans la partie Est de la Lybie, riche en pétrole veulent l'autonomie de leur localité

 

La Libye ferait à nouveau face à une rébellion en provenance de Benghazi, lieu d'où est parti le soulèvement qui en 2011 a conduit à la déchéance, puis à la mort de Kadhafi, qui avait dirigé le pays pendant 42 années. Selon des informations rapportées par Al Jazeera, des chefs de tribus de l'Est du pays (région dont Benghazi est la capitale), ont solennellement annoncé le 06 mars leur volonté d’autonomisation, faisant craindre une partition du pays, déjà fragilisé par un conflit qui a duré huit mois. Ils ont promis de mettre fin à des décennies de marginalisation sous Mouammar Kadhafi et s'engagent à la formation d'un conseil pour gérer les affaires de la région nouvellement créée, la Cyrénaïque, qui s'étend de la ville côtière centrale de Syrte à la frontière égyptienne à l'Est, précise la chaine de télévision panarabe. Le communiqué fait également état de l'élection d'Ahmed Zoubaïr à la tête de l'entité. Cousin de l'ancien roi Idriss Al-Sénoussi renversé par Kadhafi en 1969, Ahmed Zoubaïr est lui-même membre du CNT le mouvement rebelle qui a renversé le guide de la Jamarya libyenne. La situation ne surprend que très peu certains observateurs. Alors que le monde célébrait la chute du régime de Kadhafi et plus tard sa mort, George Friedman expert en intelligence politique et stratégique avait déjà manifesté sa réserve: De nombreuses personnes aujourd’hui et même en Libye, pensent que la chute de Kadhafi est une occasion de soulever le champagne. Mais nous pensons qu’il vaudrait mieux garder les toasts pour une autre occasion. Pour ceux qui connaissent l’opposition libyenne, une fois l’ennemie commun vaincu, il va s’ouvrir une guerre plus violente encore entre fractions tribales et politique, avait-il déclaré au lendemain de la chute du guide.

 


© Unoca.org
La Lybie attend toujours la paix, la stabilité et la richesse qui devaient découler de la chute de Kadhafi
Le chef conseil national de transition (CNT) au pouvoir en Libye, Moustapha Abdeljalil, a dénoncé la situation et comme Mouammar Khadafi en son temps, il est désormais lui aussi prêt à mater "cette volonté d’autonomie". Ce qui arrive aujourd'hui est le début d'une conspiration contre le pays... C'est une question très dangereuse qui menace l'unité nationale, a-t-il dit, mettant en garde contre des "conséquences dangereuses" pouvant conduire à une Libye divisée et non-démocratique. La Libye, depuis le début, est une nation avec une capitale, Tripoli, a-t-il ajouté. Une opinion que ne partagent pas tous les experts de ce pays. [i La Libye était jusqu’en 1963 gouvernée par un système fédéral: Tripolitaine (Ouest), Cyrénaïque (Est) et Fezzan (Sud). Benghazi avait le statut de capitale fédérale dans la Constitution de 1951, souligne Patrick Haimzadeh, ancien diplomate en Libye selon des propos rapportés par le journal français Libération. Cet expert lui aussi ne semble pas s’émouvoir de cette poussée séparatiste, qui lui semble inévitable: Il y a eu en fin d’année la violente prise à partie du porte-parole du CNT, Abdel Hafez Ghoga, à l’université de Benghazi, un signe de rejet du pouvoir incarné par Tripoli aurait-il déclaré.

Les autorités en place à Tripoli, ne veulent pourtant plus entendre parler de cette époque. Nous n'avons pas besoin du fédéralisme (...) Nous ne voulons pas retourner 50 ans en arrière, avait déclaré lundi 5 mars dernier, le Premier ministre du CNT Abdel Rahim al-Kib lors d'un entretien télévisé. Selon les premières analyses et commentaire, la division se serait renforcée, en raison des divergences au sujet du partage des postes dans l’armée. Des postes militaires sollicités par les ressortissants de Benghazi là où tout avait commencé, auraient été donnés aux gens de Misrata par le CNT. Une situation qui logiquement n’arrangerait pas la fragilité des relations entre les ex-rebelles. Le visage des séparatistes n’est pas réellement connu, mais le patron du CNT semble y voir une conspiration de certains pays arabes. L’Est de la Libye, il faut le rappeler, concentre 60% des réserves pétrolières du pays. Serait-on en train d’assister à un nouveau cycle de violence, seul le futur nous le dira.

 

 
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