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«Le Vice-président Karim sera-t-il Président?» Par Adrien Poussou

Par journaldebangui.com - 10/02/2012

Voici un extrait de l’ouvrage «Sénégal: en finir avec l’imposture…» sorti aux éditions Bêafrica

 

Le jour se lève de nouveau. Plutôt que de laver les chagrins, la rosée du matin étend son linge blanc sur Dakar, tandis qu’un vent stupide soulève la poussière. Malgré le soleil qui déploie intensément ses rayons provoquant par là même une chaleur étouffante, la tristesse, ou quelque chose dans ce genre, paraît s’être définitivement emparée de la ville. C’est la quiétude même de cette cité qui est ainsi remise en question. Surtout qu’ici, depuis déjà longtemps, la population, désemparée et inquiète pour son avenir, est d’une humeur massacrante. Elle ne cesse de grogner et a l’air de n’en vouloir qu’à un homme: Karim Wade, fils de son paternel de président. Dans la ville, on ne parle que de lui. Au cœur de ces échanges, se trouvent les manœuvres de plus en plus perceptibles de son père de lui léguer le fauteuil présidentiel. Le rejet du fils Wade rivalise avec la détermination des Sénégalais à changer de régime. Signe de cette extraordinaire détestation: le nombre impressionnant de Sénégalais qui, le 23 juin 2011, sont descendus dans les rues de Dakar, ainsi qu’à travers tout le pays, pour dire non au projet de loi de son père instituant un ticket président – vice-président et surtout le quart bloquant. Et ce, pour contrer la volonté du peuple sénégalais très hostile à la dévolution dynastique du pouvoir de l’État. Dans son projet de tripatouillage constitutionnel, le président sénégalais avait prévu une clause selon laquelle un ticket n’aurait pas besoin de recueillir 50 % des suffrages pour l’emporter dès le premier tour, mais seulement 25 %. Le plan B du vieil homme est alors apparu : choisir pour colistier un homme lige du parti qui, le moment venu, le remplacerait à la tête de l’État, et désignerait Karim comme vice-président. Et le destin présidentiel du fils devait ainsi être tout tracé par le père. Toutefois, comme l’ont affirmé certains leaders de l’opposition, c’est particulièrement au fils que les manifestants du «23 juin 2011» se sont adressés. Contraignant conséquemment le père à battre en retraite en rase campagne, tellement la contestation se fait vive. Le départ immédiat de Karim Wade avait été réclamé par les manifestants l’ayant surnommé «ministre de la terre et du Ciel». Ils n’ont pas perdu le sens de l’humour, ces Sénégalais…

 


La première de couverture de l'ouvrage
Il faut dire que Karim Wade, qui vit plus dans les beaux palaces aussi bien à l’étranger qu’au Sénégal, a un «gouvernement» à lui tout seul: il compte cinq mille agents sous sa coupe, deux ministres délégués, trois directeurs de cabinets… Autant dire un véritable État dans l’État. Le budget de son ministère représente, à lui seul, 20 % du budget de l’État. Son père ne lui refuse rien. Même lorsque ses caprices coûtent chers au budget du Sénégal. Du temps où il dirigeait l’Anoci, le fils Wade modifiait les chantiers en cours de route, et ce au gré des idées de son père, avec comme conséquence directe, l’augmentation incontrôlée de la facture finale. D’ailleurs, c’est à juste titre qu’il est accusé de gaspiller l’argent des contribuables sénégalais. Point n’est besoin, en effet, d’indiquer qu’à l’évidence, bon nombre d’observateurs se posent la question de la pérennité des chantiers initiés par celui qui a eu la chance d’être le fils de son père. Il n’est besoin que de citer la route de la Corniche, à Dakar, construite à l’occasion du sommet de l’OCI, qui, selon les experts, est une véritable ineptie qui ne tiendra pas vingt ans à cause de l’érosion. Idem pour Sénégal Airlines, dont la survie est bien loin d’être assurée. En ce qui concerne l’aménagement du territoire – un problème majeur pour les millions d’habitants de la banlieue de Dakar qui subissent chaque année des inondations –, les choses n’ont guère avancé lorsque le fils du président sénégalais en avait la responsabilité. D’autres dossiers stagnent. Le futur port de Dakar. Les infrastructures ferroviaires. Et surtout l’aéroport international qui n’a pas vu le jour fin 2011, comme cela avait pourtant été annoncé. Karim Wade collectionne les échecs, ou plus exactement, est le responsable d’un grand nombre de fautes managériales qui auraient pu être évitées. Faut-il rappeler que, depuis plusieurs années, le fils du chef de l’État sénégalais est partout? C’est un «super ministre» qui, depuis 2009, n’a cessé de cumuler des portefeuilles on ne peut plus stratégiques: la Coopération internationale, les Transports aériens, les Infrastructures, l’Énergie… et ce n’est pas tout. Le plan Takkal, censé résoudre les problèmes d’électricité, c’était lui. La résurrection d’une compagnie aérienne nationale après la faillite d’Air Sénégal International, c’était encore lui. La construction du nouvel aéroport Blaise-Diagne et d’une autoroute à péage, c’était toujours lui. Comme s’il n’existait aucun autre Sénégalais capable de piloter ces projets!

 

 
MOTS CLES :  Livre   Adrien Poussou   Droits Homme   Convictions   Sénégal 

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