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Crise sénégalaise: s’achemine-t-on vers le syndrome ivoirien?

Par Idriss Linge - 03/02/2012

Tous les ingrédients semblent réunis pour avoir le remake de la situation ivoirienne au Sénégal, quoique les données soient un peu différentes

 

Avec la proclamation par le Conseil constitutionnel de la validité de la candidature d’Abdoulaye 85 ans et en quête d’un nouveau mandat de président de la République au Sénégal, la situation a rapidement dégénéré. Les manifestations se succèdent chaque jour en guise de protestation. Quoique la situation soit relativement calme, elle prend de l’ampleur. Des sources médiatiques locales parlent de 4 morts déjà enregistrés sans qu’on ait vraiment déterminé les circonstances éventuelles. A l'appel du M23 (mouvement du 23 juin), une association politique très active sur cette question, plusieurs milliers de personnes s'étaient rassemblées mardi à Dakar pour s'opposer à cette candidature. La manifestation a été dispersée par la police et un étudiant a été tué, renversé par un véhicule lors de cette intervention. Alors qu'il n'existe plus désormais aucun recours légal pour contester la candidature de Wade, les responsables du M23 tentent de mettre en place de nouveaux «plans d'action» et ont appelé «à une journée de prière» ce vendredi 03 février 2012 dans le centre-ville de Dakar en hommage aux «victimes de la répression». Réaffirmant «l'orientation pacifique» de leur mouvement, le M23 a assuré ne pas vouloir «envoyer des jeunes à la confrontation avec les forces de l'ordre». Nous n'encourageons personne à marcher sur le palais (présidentiel), nous ne le ferons pas, a assuré au cours d'une conférence de presse un des responsables du mouvement, Cheikh Tidiane Dièye.

 


© leral.net
De son côté, les réactions divergent face à cette dégradation de la situation. Au bout de 12 ans, Abdoulaye Wade peut s’arrêter, il est âgé (85 ans). Est-ce que ça vaut la peine qu’il s’agrippe?, s’interroge encore Ibrahima qui voit le président sortant comme responsable du chaos qui s’installe progressivement. Selon Mickaël, c’est surtout son entourage, «assoiffé de pouvoir», qui le pousse à rester. Mais si les gens sont prêts et désirent une alternance, tout dépendra aussi des opposants, qui «ne sont pas unis», déplore une sénégalaise, selon une information rapportée par le site d’information 20 minutes.fr. Au sein de la communauté internationale, on dramatise déjà la situation. La Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi Pillay, a dénoncé jeudi un possible usage excessif de la force par les autorités du Sénégal. Les informations faisant état d'un usage excessif de la force par la police en réponse à la violence de certains manifestants, sont vraiment préoccupantes étant donné la tradition du Sénégal de respect des libertés d'association, de rassemblement et d'expression, a affirmé à Genève la Haut Commissaire. En plus d'exhorter à la modération les autorités, j'appelle tous les candidats à l'élection présidentielle à renoncer et à décourager toute nouvelle tentative de violence ou d'incitation à la violence, a-t-elle ajouté. Le président Wade semble plus calme. Il a estimé que cette vague de contestation n'est qu'une «une brise». C'est un vent léger qui secoue les feuilles des arbres, mais elle ne devient jamais un ouragan, a-t-il déclaré, qui s'exprimait au cours d'une cérémonie publique à Dakar.

 


© http://horseedmedia.net/
La Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi Pillay
De nombreux observateurs semblent y voir déjà tous les ingrédients de la crise politique ivoirienne. Un président qui évolue à la limite de la légalité, une partie de la population revendicatrice et une classe des affaires françaises fâchée d’avoir perdu ses privilèges. Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a presque demandé au président Wade de quitter le pouvoir. Pourtant il y a de faibles chances que la France renvoit ses soldats à Dakar pour chasser Wade. Une première raison est que le Sénégal est moins stratégique que la Côte d’Ivoire. Il ne possède pas un potentiel de 1,5 millions de tonnes de cacao. Deuxièmement avec la crise ivoirienne et ensuite libyenne, l’image de la France a été fortement dégradée et s’attaquer au Sénégal pourrait s’avérer délicat. Au contraire de la Côte d’Ivoire, une forte délégation de Sénégalais bien structurée réside en France. On ne peut clairement prévoir comment est-ce qu’ils réagiront de voir leur pays mis à sac avec le soutien de la France. La troisième raison est d’ordre financière. Le bilan des combats d’Abidjan et de Syrte n’a pas encore été fait et l’opinion publique française comprendrait mal qu’en période électorale, de crise économique, que Nicolas Sarkozy le président français, plonge la France dans une nouvelle guerre à l’issue économique incertaine. Enfin, Wade a le soutien des leaders de la société sénégalaise. Wade risque donc de passer tranquillement son nouveau mandat. Mais pour combien de temps? Seule sa forme pourrait être l’arbitre de ce dilemme.
 

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