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Donner un sens à la célébration du 53ème anniversaire de la proclamation de la RCA

Par Franck Saragba - 28/11/2011

«A force de mettre trop l’accent sur le côté festif, décoratif, infantile, jouissif, folklorique de la célébration que l’on oublierait presque le sérieux, le caractère sacré de l’évènement»

 

Jamais, célébration de la proclamation de la République Centrafricaine n’a suscité autant de passions. D’un côté et comme c’est souvent le cas, les groupuscules proches du pouvoir voient en ce 1er décembre une occasion inespérée de faire la fête au frais de la princesse. Et pendant ce temps, cet anniversaire provoque un aussi grand désintérêt de la majorité des Centrafricains qui, eux, ont du mal à assurer le minimum vital, souffrant le martyr, victime des exactions au quotidien de la garde présidentielle, des rebelles et autres bandes armées sur l’ensemble du territoire national.

 


© Centrafrique-Presse
Franck Saragba
Les oppositions ainsi créées par ce débat qui n’a vraiment pas lieu d’être pourraient accentuer les nombreuses scissions déjà profondes qui existent au sein de la population Centrafricaine. Dire que le régime du général Bozizé est haï par la majorité des Centrafricains est un doux euphémisme, tant tous les indicateurs sont au rouge. Ce régime aux abois n’attend qu’une brindille d’étincelle pour amorcer sa chute. Inéluctable! Un régime qui cherche par tous les moyens à gagner du temps. Car ses responsables savent qu’il faut coûte que coûte offrir du jeu et des fêtes à la population afin de les endormir. Si la réussite de la célébration de cette cinquante troisième anniversaire de la proclamation de la République Centrafricaine est une nécessité pour le régime en place afin de permettre à celui-ci de distraire pendants un laps de temps nos compatriotes dans le seul but de leur faire oublier les vrais problèmes de fonds et la faillite du pays, elle offre une occasion à l’opposition démocratique de mettre ce régime en difficulté en démontrant à nos concitoyens ainsi qu’à la communauté internationale sa véritable capacité à mobiliser les Centrafricains le moment opportun pour sauver ce qui peut encore l’être.

Une célébration qui prend désormais une tournure politicienne
L’appel au boycott des festivités des partis politiques de l’opposition démocratique qui sont réunis au sein du Front pour l’annulation et la reprise des Elections de 2011, suivi en cela par la déclaration de l’Union syndicale des travailleurs de Centrafrique (USTC) donne désormais une dimension politique pour ne pas dire politicienne à juste raison. Le cocktail syndicats et partis politiques de l’opposition démocratique est prometteur à condition que ces deux entités tiennent bon jusqu’au bout et qu’elles ne soient pas tentées au dernier moment par un autre objectif. Toutefois, un élément déterminant et non négligeable qui risquerait d’enrailler la stratégie mise en place par ceux-ci demeure le paiement des salaires au dernier moment par le régime pour essayer de dissuader les salariés de ne pas suivre l’appel au boycott.

 


© assofinikode
Le régime en place par son chef dit-on malade est devenu aphone et invisible ces derniers temps, malgré les multiples occasions qui se sont présentées à lui pour intervenir et renouer avec le peuple centrafricain, à défaut d’avoir un brun de considération à l’égard de l’opposition démocratique. Au lieu de cela, le régime affiche pour la énième fois un mépris total envers la population qui l’aurait élu avec plus de 66% du suffrage exprimé. Or, avec un tel score, la légitimité du régime ne devrait pas souffrir d’une quelconque hésitation. N’importe quel régime aurait profité de cette notoriété pour régler les problèmes de fonds qui minent notre pays. Au bénéfice d’un «pseudo légitimité» dont le régime se targue depuis les dernières élections générales, le temps est venu pour le KNK et son chef de sortir de leur tanière.

 

Le général Bozizé et ses hommes doivent aller à la rencontre de nos compatriotes pour leur expliquer pourquoi l’insécurité totale règne sur l’ensemble du territoire.
Franck Saragba

 

Au lieu de s’enfermer dans un mutisme regrettable qui se trouve être une voie sans issue et confirme leur incapacité à faire face aux problèmes qui se posent au pays. Face à ce silence lourd et inquiétant, nombreux sont les Centrafricains qui veulent savoir ce qui se passe. Y’a-t-il encore un président de la République en Centrafrique? Y’a-t-il encore un gouvernement de la République en Centrafrique?

La dimension folklorique de l’événement a fini par supplanter le sacre de la symbolique
Au-delà des quiproquos et autres équivoques retenus, de l’état de faillite du pays par un régime illégitime et incompétent, se pose à nous irrémédiablement le problème de la perpétuation et de la pertinence du folklore qui entoure année après année chaque célébration. Doit-on maintenir le côté ostentatoire, futile et couteux des festivités pour un pays pauvre et endetté comme le nôtre? Combien coûte le défilé du 1er décembre?

A force de mettre trop l’accent sur le côté festif, décoratif, infantile, jouissif, folklorique de la célébration que l’on oublierait presque le sérieux, le caractère sacré de l’évènement. Au lieu de perpétuer ad vitam aeternam ces pratiques néfastes et couteuses qui infantilisent les Centrafricains, l’accent ne doit-il pas être mis surtout sur le côté symbolique, patriotique et pédagogique dans les écoles, auprès des jeunes... A quoi sert d’inviter à chaque fois ces nombreuses chefs d’États et leurs délégations qui n’apportent rien de concret dont il faut assurer la sécurité et les différents frais de séjour? A quoi servent ses uniformes neufs dont on impose l’achat tous les ans aux familles, aux élèves, aux étudiants, aux travailleurs juste le temps de faire un défilé et faire bonne figure afin de camoufler la dure réalité? A quoi sert-il de mettre du vernis et de saupoudrer le paysage pour une journée? D’implanter des panneaux publicitaires qui coûtent chers?...Et enfin, à quoi sert et quel sens donné à un défilé dont la récupération politique et les retombées politiciennes reviendront nécessairement à un régime «illégitime, incompétent et ingrat»?
 
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