INTERVIEW  |    

«Pour les ponts de Langbassi et Sapéké, il nous faut 10 milliards FCFA»

Par Fleury Koursany - 22/11/2011

Tous les regards sont tournés vers le Fonds d’Entretien Routier, habilité à financer l’entretien des routes. Entretien avec la Directrice générale, Mme Marie Claire Bitouanga

 

Bangui la Capitale Centrafricaine ressemble à s’y méprendre à une patrie abandonnée à cause de l’état défectueux de ses routes ainsi que des ponts qui s’écroulent ou qui s’affaissent sans que des débuts de solutions y soient apportées de façon urgente.

Comment peut-on présenter la Directrice Générale du Fonds d’Entretien Routier?
Je suis Madame Marie Claire Bitouanga, ressortissante d’une école de gestion en Belgique. J’ai fait des hautes études commerciales spécialisées en finances privées. Je suis au Fonds d’Entretien Routier (FER) en tant que Directrice Générale depuis juillet 2003.

Une femme à la tête d’une aussi importante structure, la preuve tangible du concept genre?
Je ne sais pas si c’est la preuve du concept genre. Mais si vous voyez bien, la femme est une gestionnaire née. C’est vrai que j’ai fait des études de gestion mais une femme, dès qu’elle naît, toute petite à la maison, elle est associée à la gestion des tâches ménagères. Elle aide sa maman à faire la cuisine et autres tâches, pour vous dire que nous sommes associés dès la naissance à la gestion d’une maison. Plus tard, nous la transposons dans notre vie familiale et professionnelle. Je ne dis pas que les femmes sont des bonnes gestionnaires en général mais nous avons des atouts.

 


© journaldebangui.com
Mme Marie Claire Bitouanga, la DG du FER à Bangui
Quels objectifs pour le FER et quels sont les ministères partenaires dans la mise en œuvre de votre mission?
Le Fonds d’Entretien Routier est une structure qui s’occupe de la collecte des fonds qui seront mis dans les banques et qui serviront au financement de certains travaux commandités par des ministères qu’on appelle des ordonnateurs. Ces ministères sont pour la grande partie, le ministère de l’Equipement et du désenclavement avec environ 80% de nos recettes; le ministère de l’Urbanisme notamment le Fonds d’aménagement et d’équipement urbain (FAEU) avec 5% de nos recettes; le ministère du Développement rural à travers la cellule des pistes rurales avec une contribution de 5% de recettes et enfin, le ministère des Transports à travers la sécurité routière qui reçoit aussi 1% de nos recettes.

Pour accomplir son objet, le Fonds d’Entretien Routier a besoin des fonds. D’où proviennent les ressources de votre structure?
Les ressources du FER sont fixées dans le cadre d’une loi. Nous avons la plus grande ressource qui constitue 80% des recettes qui proviennent des redevances d’usages routiers (RUR). La RUR est de 55 FCFA sur le litre de super ou de Gas-oil vendu à la pompe. Vous avez ensuite les redevances des péages qui rapportent 5%. Vous avez également la redevance des pesages comme le pont bascule que vous voyez au PK12 et qui rapportent 5%. A cela, s’ajoutent des taxes subsidiaires comme la taxe à l’essieu qui est une taxe appliquée dans les pays de la sous-région et qui ne rapporte pas grand-chose. Mais par contre, le FER peut aussi recevoir des subventions de l’Etat en dehors des mécanismes qui sont mis en place. L’Etat peut en toute souveraineté donner des subventions au FER pour l’aider à financer l’entretien routier ou alors des subventions des bailleurs de fonds. L’Union européenne par exemple a donné en 2006, 944 millions FCFA pour la route Bambari-Ippy-Bria.

Quelles relations entretient le Fonds d’Entretien Routier avec la municipalité de Bangui et autres Départements ministériels comme le ministère de l’Urbanisme, des Transports et celui de l’Equipement?
Le FER, de par son objet a été crée sur pression des bailleurs de fonds en contrepartie des investissements qu’ils réalisent dans les routes. Par exemple, actuellement, la Banque mondiale, l’Union européenne et la Banque africaine de Développement sont en train de faire la route qui va de Bouar à Garoua-Mboulaï, 150 KM qui vont coûter 100 milliards FCFA. Ce sont des dons et non des prêts et si quelqu’un vous offre pour 100 milliards FCFA de route, il veut être sûr qu’après lui, vous soyez en mesure d’entretenir cette route. C’est comme ça que le FER a été crée. L’objet est le financement de l’entretien des routes nationales, régionales et rurales. Nous intervenons pour 5% pour les routes en ville dans le cadre du FAEU logé au sein du ministère de l’Urbanisme, ce qui représente environ 200 millions FCFA pour 2012, ce n’est pas beaucoup mais cela, pas seulement pour les routes de la ville de Bangui mais pour toutes les routes de la République Centrafricaine. La route en ville s’articule autour du ministère de l’Equipement. Mais le chef de file, c’est le ministère de l’Urbanisme. Le ministère de l’Equipement vient en appui parce qu’ils ont la technicité. Il y a la Mairie qui arrange les accotements de la route mais à proprement parlé, ces trois administrations ne sont pas réellement assises ensemble à 100% pour voir qui fait quoi. Quand on a la gestion d’un objet commun, je crois que régulièrement, il faut qu’on s’asseye ensemble mais malheureusement, je ne sais pas si cela se fait.

 


© journaldebangui.com
Le bâtiment abritant le Fonds d'entretien routier à Bangui
Un à un, les ponts de la ville de Bangui s’écroulent. Qui, selon-vous a la responsabilité de les entretenir pour ne pas dire de les reconstruire?
Pour revenir aux ponts qui selon vous s’écroulent un à un, un pont, dès que vous le construisez, vous ne le laissez pas comme ça, il faut commencer à mettre en place un programme d’entretien. Un pont, c’est comme une personne qui naît, qui est appelée à grandir et à mourir. Mais il va mieux vieillir s’il reçoit une bonne éducation, s’il est bien entretenu, si on lui donne bien à manger, s’il est malade, on le soigne. C’est la même chose pour un pont qui n’est pas fait pour durer de façon éternelle, cela sous-tend qu’il a une durée de vie. A partir du moment où on le construit, au bout d’une certaine période, il faut l’entretenir. Par exemple, les routes en terre, au bout d’un an après leur construction, il faut commencer à les entretenir sinon, dès qu’il y a la pluie, ça développe des creux, il faudrait y mettre des apports, compacter etc., pour vous dire qu’un pont, ça s’entretient. Malheureusement et de façon générale, en RCA, on n’entretient pas beaucoup. Ce qui est arrivé au pont, on le voit partout. Regardez le building administratif, le toit s’est envolé depuis plus de dix années, on le voit mais, ça ne dérange personne. En dehors des écoles qui ont été construites depuis l’indépendance, de nouvelles écoles, on n’en voit pas beaucoup. C’est la même chose pour l’Université, la santé… Quand on construit une chose, il faut avoir une vision. Pour revenir au pont Langbassi, à l’époque où il a été construit, il n’y avait pas beaucoup de camions qui roulaient dessus. Aujourd’hui, il faut changer de vision, la ville s’agrandit, beaucoup de gens rentrent avec beaucoup de véhicules. Du coup, ce qui a été fait pour deux véhicules ne peut plus tenir la route pour 100 milles véhicules. Donc, il faut faire des programmes d’entretien ou des programmes de remplacement, il n’y a que cela à faire.

Vu l’urgence de la situation des ponts de la Capitale, qu’est-ce qui est envisagé à court terme?
Pour les ponts que vous aviez cités, l’Union européenne avait prévu avant que les ponts ne s’écroulent, voir dans quelles conditions les entretenir. Mais au moment où les fonds sont disponibles pour l’entretien des ponts, ils se sont écroulés, cela change les données puisqu’un pont cassé est différent d’un pont à réparer. Il faut 100, 200 à 500 millions peut-être pour réparer un pont et cela est jouable pour le Fonds d’entretien routier. Mais un pont cassé d’après les estimations d’une société qui est déjà sur place en Centrafrique dans le cadre d’un financement AFD (Agence Française de Développement) pour la réparation du pont Batouri de Berberati qui s’est aussi écroulé, il nous faut environ 5 milliards pour la construction d’un nouveau pont comme celui de Langbassi. Et 5 milliards FCFA, c’est la somme de ce qui convient à deux ou trois années de ce que le Fonds routier met dans l’entretien des routes. Cela dépasse déjà le cadre du FER. Les 5 milliards dont je vous parle concernent uniquement la construction du pont mais il y a aussi les accotements. Vous savez aussi que Langbassi est dans une zone friable, avec une forte érosion qu’il faut stopper. Cela veut dire que le même travail qui a été fait en amont avec des maçonneries du cours d’eau devra être fait en aval de ce même cours d’eau jusqu’au fleuve Oubangui. De manière pratique, les différents compartiments du cours d’eau, il faut le faire en maçonnerie, ce qui va coûter de l’argent. Il y a aussi le pont Sapéké «jumeaux» du pont Langbassi qui est aussi tombé, donc si vous prenez tout cela, il faut aller chercher dans les 10 milliards Fcfa. Mais en attendant, le gouvernement n’a pas croisé les bras. Et la solution urgente, c’est qu’il faut aller vers un pont transitoire qui ne va pas coûter assez cher dans les 10 milliards. Le même modèle de pont métallique a été expérimenté à l’époque sur le pont Ngaragba. Avec cette technologie, le pont de Langbassi peut être opérationnel dans 4 à 6 mois, le temps de faire des études approfondies pour voir comment le pont Sapeké va être construit et combien il coûtera au total.

Quels sont les défis d’avenir en ce qui concerne les ouvrages publics en République Centrafricaine?
Les défis d’avenir en ce qui concerne les ouvrages publics en Centrafrique, c’est qu’il faut déjà, après 50 ans d’indépendance faire le point. Toutes les infrastructures actuelles datent de plus de 50 ans, cela veut dire qu’il faut une politique de remplacement et faire le point de tout. Rien que pour les ponts de Langbassi et Sapéké, il nous faut 10 milliards FCFA.
 

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