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Centrafrique: Une vie de chaffeur Taxi à Bangui

Par Fleury Koursany - 03/11/2011

Désiré Séraphin Mboliyou est père de trois (3) enfants. Il raconte son quotidien de conducteur de taxi depuis 17 bonnes années dans la ville de Bangui. Entretien

 

A quelle heure débute le travail d’un conducteur de taxi?
En principe, le travail commence à 5 heures du matin pour terminer à 20 heures du soir. Nous avons donc 15 heures de travail et le patron – entendez le propriétaire du véhicule perçoit par heure 1000 Fcfa, ce qui équivaut à 15.000 Fcfa de versement par jour. Mais en gros, nous devons dans les 15 heures de travail avoir une somme qui équivaut à 20.500 Fcfa pour le carburant pour des véhicules qui consomment en moyenne 25 litres par jour. En résumé, il nous faut globalement 35.500 Fcfa par jour.

Comment est rémunéré un conducteur de taxi en Centrafrique?
Un conducteur de taxi en Centrafrique gagne seulement 30.000 Fcfa en moyenne. Ce qui est insignifiant par rapport à la quantité d’heures fournies. Quand vous prenez 15 heures par jour, cela fait 450 heures par mois pour 30.000 Fcfa alors que les ouvriers, eux, commencent le travail à 7 heures pour finir à 15 heures soit 8 heures de travail par jour pour 240 heures par mois pour 37.500. Faites la différence pour savoir quil est celui qui est mieux traité des deux.

 


© journaldebangui.com
Désiré Séraphin Mboliyou, dans son taxi
Dans l’exercice du métier qui est le vôtre, rencontrez-vous des difficultés particulières?
Elles sont énormes. Il y a d’abord les tracasseries policières, l’état défectueux des routes sur les principaux axes, le non-respect par les clients des tarifs de taxis et bus, le surmenage, le refus des propriétaires de taxis de déclarer leurs chauffeurs au niveau des instances compétentes sans pour autant oublier les relations souvent orageuses entre les propriétaires des taxis et les chauffeurs.

Et en ce qui concerne les tracasseries policières?
Il y a deux entités qui ont été autorisées par la loi à opérer des contrôles routiers. La Brigade motorisée de la Gendarmerie et la Compagnie de la circulation routière de la police. Or, nous constatons qu’en dehors de ces deux entités, nous sommes devenus les proies de tout ce qui est porteurs de tenue en Centrafrique et même la police municipale. Je vous dirais même qu’un policier qui est fauché peut venir créer son propre contrôle sous prétexte que des instructions auraient été données par le Chef de l’Etat pour des contrôles du genre afin de soutenir les caisses vides de l’Etat. Or, l’argent ainsi récolté va directement dans les poches du policier qui a eu l’imagination fertile de créer son propre contrôle et par extension, la poche de ses supérieurs hiérarchiques qui ferment l’œil sur cet état de choses parce qu’ils ont naturellement leurs comptes.

Si l’on revient sur l’Etat des routes?
Ajoutés à cela, l’état très défectueux des routes et axes de la ville de Bangui. Du KM 5 à l’hôpital Général soit 8 kilomètres, il faut 30 minutes de circulation. Alors, imaginez le temps qui sera mis pour les autres axes quand on sait que les ponts de la ville de Bangui s’écroulent un à un sans pour autant que des solutions soient proposées. Il nous faut alors faire des détours énormes parfois de 3 à 4 kilomètres pour arriver à destination. Avec tout cela, le patron – lui n’attend que ses 15.000 Fcfa et n’est même pas prêt à entendre des explications. Malheur à toi si tu emmènes 14.500 Fcfa au propriétaire du véhicule. Surmené avec toutes ces tracasseries, ça peut conduire à des accidents parfois mortels.

 


© cpi
Vue aérienne de la ville de Bangui
Vous gagnez 30.000 Fcfa par mois mais du côté de l’Office Centrafricain de Sécurité Sociale, vous percevez aussi quelque chose n’est-ce pas?
Non, pas du tout puisqu’on n’est pas déclaré. Vous savez que les conducteurs de taxis sont employés sans un contrat en bonne et due forme. Quel patron prendra le risque d’aller déclarer son chauffeur puisqu’ils savent qu’ils seront sous contrôle de la Sécurité sociale. Vu la précarité de la vie en Centrafrique, les conducteurs sont obligés d’accepter de telles conditions de travail.

N’aviez-vous jamais envisagé devenir votre propre patron?
Si, quel est celui qui travaille et qui ne veut pas progresser? On a tous envie de devenir son propre patron mais les conditions sont difficiles. Pour réussir dans la vie, il faut des sacrifices. Donc, on est obligé d’attacher les ceintures pour pouvoir arriver à atteindre cet objectif.

S’il vous était donner l’opportunité d’émettre un vœu, ce serait lequel?
Le vœu le plus cher, c’est qu’il y ait la paix dans le pays. A cela, il faut la bonne gouvernance du côté des pouvoirs publics, ce qui permettrait de booster l’économie et ainsi, chacun des Centrafricains pourra réaliser ses propres projets de développement.
 
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