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Lucas Abaga Nchama: «Pas de pessimisme à court terme face à la crise européenne»

Par Idriss Linge - 02/11/2011

Crise de la dette en Europe, conséquences pour l’Afrique centrale, situation des réserves de change et du compte des opérations, le gouverneur de la BEAC a répondu aux préoccupations de la presse

 

M. le gouverneur, au regard de la situation qui prévaut en Europe partenaire économique historique de la CEMAC et de la sérénité que vous affichez est-ce qu’on peut dire que l’Afrique centrale est complètement à l’abri?
Nous ne sommes pas encore à l’abri des conséquences, nous sommes dans un contexte de mondialisation du fait effectivement que nous soyons arrimés à l’Euro. Dans tous les cas, sur le très court terme c'est-à-dire d’ici à la fin de l’année 2011, nous n’avons pas d’inquiétudes mais, nous restons très attentifs à l’évolution des choses. Si la sous région (Afrique Centrale) était même exposée, ce serait de manière très limitée. Nous appuyons notre argumentaire sur la base de l’observation que nous faisons des canaux de transmissions que nous considérons. Nos économies dépendent essentiellement de l’exportation des matières premières. Or, nos exportations continuent et leurs cours restent acceptables. Si la crise européenne se combinait avec une baisse substantielle de la demande des pays émergeants, peut être on serait un peu plus inquiets. Avec une demande dans les pays émergeants qui reste vigoureuse, je ne vois pas en quoi les turbulences devraient nous toucher tout de suite. Ceci étant nous restons vigilants et prudents.

 


© journaldebangui.com
Lucas Abaga Chama, le Gouverneur de la BEAC
On s’interroge sur la situation des avoirs de la zone CEMAC logés dans le compte des opérations du trésor français, est-ce que vous rassurez qu’ils n’ont pas souffert d’une utilisation de la part de la France dans le cadre de cette crise?
Nous sommes effectivement arrimés à l’Euro (monnaie européenne) et nous sommes donc naturellement très attentifs à ce qui se passe dans cette zone économique. Alors est ce que c’est le trésor français qui doit gérer ce que nous avons dans le compte des opérations de la BEAC, il n’a jamais été question de cela. Nous sommes encore des partenaires et si cela s’avérait nécessaire, ce serait à la suite d’une négociation entre les différentes parties à l’accord qui instaure cet ordre de chose, que des décisions seraient prises. Pour ce qui est de la conjoncture en Europe, au regard des mesures que ses différents dirigeants ont récemment pris, nous voulons bien croire que l’Europe a bien repris les choses en main et que les conséquences sur l’Euro seront limitées.

Quels commentaires faites-vous sur la note de l’agence Fitch qui a fait savoir que des pays de la zone franc dont le Cameroun et le Gabon étaient en observation en raison de leur dette intérieure?
Qu’un organisme décide de mettre le Cameroun et le Gabon sous surveillance comme vous le dites [moi je n’avais pas cette information], c’est leur affaire. D’après les données en ma possession sur ces deux pays, je pense plutôt que ce sont des pays dont les économies vont bien. Il n’existe pas d’inquiétude particulière sur l’économie camerounaise, qui d’ailleurs au niveau de la sous-région est la plus diversifiée. Pour ce qui est du Gabon comme vous le savez avec le nouveau dynamisme que sont en train de mettre en œuvre les nouvelles autorités réalisent beaucoup d’investissements et surtout nous sommes à la veille de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) et qui plus est le cours des matières premières est à un niveau assez conséquent. En définitive, je pense que les finances publiques aussi bien au Gabon qu’au Cameroun se portent très bien. A mon avis, l’appréciation dont vous faites part reste une appréciation externe, par rapport à mes données, je n’ai pas d’inquiétude.

 


© journaldebangui.com
Le siège de la banque centrale à Yaoundé
Vous avez fait savoir que la situation peut vouloir dire qu’il y a quand même matière à s’inquiéter, quels sont les points qui vous invitent néanmoins à la prudence ?
Lorsqu’on examine la conjoncture économique au niveau de la sous région, elle est plutôt favorable, par rapport à certains éléments que j’ai indiqués, pour 2011. Par exemple on va continuer d’exporter normalement les matières premières à des prix appréciables, au niveau interne la demande est bien présente, il y a des infrastructures qui se construisent, il y a le secteur non-pétrolier dont la contribution se renforce et il y a une amélioration de la production de l’ensemble des matières premières. Par ailleurs, nous pensons qu’avec la mise en œuvre du programme économique régional (PER) combiné à d’autres éléments dont la liste n’est pas exhaustive, nous pouvons espérer un taux de croissance qui tourne autour de 5%. Maintenant, à partir du moment où nous ne vivons pas en autarcie (seuls et renfermés), nous sommes très intéressés par ce qui se passe ailleurs, mais pour l’instant, les canaux de transmission que nous surveillons attentivement ne nous permettent pas d’être pessimistes mais, nous restons attentifs et prudents, d’où la nécessité pour les Etats membres à continuer de gérer avec prudence et à renforcer les mesures macroéconomiques et surtout à consolider notre intégration sous régionale pour augmenter les échanges dans la zone et donc à mettre efficacement en œuvre le PER. Ces éléments là devraient nous permettre d’être plus ou moins pessimistes si la crise venait à nous frapper de plein fouet.

On a appris l’annonce de l’émission des premiers bons du trésor avec le Cameroun, où en êtes-vous justement avec ce dossier?
La BEAC a l’honneur de conduire ce projet. A défaut d’avoir les marchés financiers vigoureux, nous n’avions que le système bancaire. Compte tenu de l’accumulation d’excédents de liquidités (argent disponible) dans ce système, il fallait recycler. L’émission des titres publics à souscription libre était l’une des solutions. La banque centrale a déjà fait son travail et vous avez dit à juste titre, le Cameroun qui est déjà prêt aussi, va très certainement se lancer au cours du mois prochain. Ce sera le démarrage effectif de ce projet qui nous tient tant à cœur, pour que dans la sous-région l’on puisse recycler nos excédents de liquidités et que les Etats puissent bénéficier de ces financements.

Quelle est la stratégie adoptée pour la gestion des réserves de change et est-ce qu’on peut avoir une idée de son volume?
Je ne sais pas s’il faut rendre publique la stratégie de gestion des réserves de change de la sous-région, mais une chose est certaine, c’est qu’au regard de la conjoncture et de quelques dysfonctionnements que nous avons opté pour la prudence absolue, parce que nous gérons les ressources de la communauté et tout ce que nous faisons doit être conforme aux textes. Nous devons éviter de prendre trop de risques. A ce jour, nous sommes satisfaits de cette stratégie parce qu’elle nous a permis de ne pas subir le coup de la crise actuelle en Europe. Nous avons été très prudents dans cette stratégie. Nous faisons des placements mais qui ne comportent pas des risques. Aujourd’hui, si nous avions fait des placements dans certaines banques comme Dexia, on serait déjà en train de le regretter malheureusement. Nous avons opté pour la prudence. Vous savez que notre salle des marchés est jeune, dans ce domaine nous poursuivons notre stratégie de renforcement des capacités de ceux qui y travaillent et nous allons recruter quelques experts, pour nous aider à mieux la gérer. Pour l’instant, il n’est pas question de prendre trop de risques en vue de préserver les ressources de la sous-région, nous ne spéculons pas.
 
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  • Ont contribué à cette interview:
  • Njoya Idriss Linge (Journalducameroun.com)
  • Brice R Mbodian (Mutations)
  • Yaoba Djaligue (Le financier d’Afrique)
  • Beaugas Oyoum (Le Jour)

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