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Gestion des frontières et intégration dans la zone Cemac

Par Nestor Léyélévrou - 14/10/2010

«les plus petits Etats, sous-peuplés de l’Afrique de l’Ouest n’érigent pas de barrières à la libre circulation des personnes et des biens»

 

Créée par les Chefs d’Etats et de Gouvernements de notre sous-région le 16 mars 1994 à Ndjamena (Tchad) sur les cendres de l’Union douanière et économique de l’Afrique centrale (UDEAC), la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) qui a effectivement débuté ses activités le 25 juin 1999, avec la nomination des responsables des divers organes créés et l’adoption d’un plan d’action dit «Déclaration de Malabo», peine à produire les résultats attendus par les populations dans le cadre de l’intégration régionale. En effet, dès sa création, les autorités de notre sous-région lui ont assigné entre autre objectif, la création d’un marché commun fondé sur la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes. Cela sous-entend la suppression des obstacles à l’intérieur de la zone CEMAC grâce à l’élimination des barrières non tarifaires au commerce. Dans notre contexte de la CEMAC où le commerce le plus développé prend le caractère d’échanges transfrontaliers, le problème de barrière devrait se poser avec moins d’acuité dans la mesure où les frontières héritées de la conférence de Berlin de 1885 ont divisé des familles entières, mieux encore, des peuples de même groupe ethnolinguistique qui se retrouvent de part et d’autre. Le commerce extérieur est bénéfique aux nations pour deux raisons essentielles: vendre le supplément de production lorsque les besoins domestiques sont satisfaits; se procurer les biens dont elles ne produisent pas auprès d’autres nations.

 


Le siège de la région en Centrafrique
Dans le cas de la sous-région CEMAC, l’arnaque dont sont victimes les commerçants de la part de la force publique à nos frontières défit toutes les théories économiques qui ont fait le bonheur des grandes nations. On constate en effet, que les affectations aux postes frontaliers au Congo (Brazzaville) par exemple sont devenues un instrument de politique de gestion des ressources humaines au sein de la Police et la gendarmerie. Les Agents qui bénéficient des affectations à ces postes sont généralement les hommes de main de la plus haute hiérarchie. Des objectifs clairs leur sont assignés, à savoir : renflouer leurs poches sans oublier bien sûr celles de leurs mandants. Il n’est plus marrant d’apprendre d’eux qu’une affectation à un poste frontalier est une occasion énorme d’enrichissement dont il faut faire bon usage. L’on se demande combien en terme numéraire les postes frontaliers apportent-ils au budget de l’Etat ou à celui des collectivités locales? Au Nord du Congo, dans le département de la Cuvette-Ouest, par exemple, les populations des zones rurales frontalières, abandonnées à leur triste sort, ont besoin d’une régulation plus orthodoxe des relations économiques transfrontalières ; seule source de revenu pour elles depuis que la commercialisation des produits de rente (café, cacao, riz, maïs) a été suspendue sous la pression des Institutions de Bretton Woods au milieu des années 80 suite au fort taux d’endettement du Congo à cette époque (cf. programmes d’ajustement structurel des années 80). Victimes de cette décision, les populations de la Cuvette-Ouest, département le plus arriéré du Congo, doivent-elles continuer de porter la croix pour des péchés dont elles n’ont jamais commis? Si ce raisonnement paraît ridicule à l’entendement des apologistes des injustices qui caractérisent la gestion de la chose publique dans notre pays, il n’en demeure pas moins que des vérités soient contenues dans ces écrits.

Les populations de la Cuvette-Ouest, qui ont par ailleurs des liens séculaires avec leurs frères et sœurs du Haut-Ogooué voisin (province gabonaise frontalière à la Cuvette-Ouest) ont bien le droit de circuler librement entre les deux pays, n’en déplaise à quelques agents véreux de la force publique, intellectuellement mal formés, qui continuent de vivre en marge des profondes mutations que connaît le monde entier de nos jours. Si les dispositions qui s’imposent ne sont pas prises par les plus hautes autorités de notre pays, il est clair que nous aurons tous sans exception emprunté le chemin de l’involution dans un monde de plus en plus ouvert. Par définition, l’économie mondiale est l’ensemble des relations économiques et sociales qui se nouent entre les agents économiques (Etats, personnes morales ou physiques) sur les différents espaces géographiques de la planète. Dans le contexte actuel d’une évolution technologique sans précédent des moyens de communications, ces relations peuvent avoir lieu de manière virtuelle. C’est le cas des transactions financières qui se font grâce à l’interconnexion des places financières mondiales (Tokyo, Amsterdam, Paris, Francfort, New York…) ou de manière physique (réelle) grâce à la libre circulation des biens et des personnes partout dans le monde. Nul ne peut l’ignorer, sauf qui veut l’ignorer, que le développement économique de l’occident qui fait l’objet de toutes nos convoitises a commencé avec la conquête des épices de l’Inde et la recherche d’autres objets précieux dans le reste du monde, utiles au développement de l’industrie.

 


© www.congo-siteportail.info
Les chefs d'Etats de la Cemac au sommet de Brazzaville en 2010
De ce qui précède, il découle que l’érection des barrières abusives aux frontières de nos Etats est une atteinte grave aux droits et libertés fondamentaux des hommes en plein troisième millénaire. La tendance à la mode au niveau du monde entier étant la constitution des grands ensembles économique, notre sous-région, très convoité par les grandes puissances grâce à ses forêts, ne doit pas rester en marge de ce phénomène d’intégration qu’exige la mondialisation. Il convient de noter que de nos jours, les grandes puissances ont fini de gérer la problématique liée à l’ouverture des frontières ou non. Le débat porte désormais sur la gestion des externalités négatives très minimes au regard des avantages que procurent l’ouverture à l’extérieur et une coopération sous-régionale cohérente. Point n’est besoin de rappeler que l’essentiel des foyers de tension de notre planète est constitué des pays ayant refusé de s’ouvrir sur l’extérieur. Lorsqu’une société est privée de réformes en harmonie avec le cours normal de l’histoire, les changements prennent la forme de révolution avec les conséquences qu’elle comporte. Le cas de la Russie du début du XXème siècle avec sa révolution dite d’octobre est riche d’enseignement. L’on se souviendra qu’à cette époque, la majorité des monarchies avaient fait places à des républiques partout en Europe. La résistance du Tsar a donné lieu à des émeutes qui conduiront à la création de l’URSS. C’est aussi le cas des pays africains qui trichent avec l’histoire en refusant d’organiser des transitions sincères vers des sociétés démocratiques modernes. Si la politique en matière d’intégration ne change pas, notre sous-région sera la lanterne rouge d’un monde en pleine mutation, oublié dans ses forêts. Il lui sera ainsi impossible de tirer profit de l’intégration sou-régionale, source de multiples avantages pour nos populations dont le niveau de pauvreté figure parmi les plus élevés du monde.

A un moment très crucial de l’histoire où les efforts des humanistes du monde entier sont orientés vers la lutte contre la pauvreté, le renforcement de l’intégration sous-régionale constitue un moyen efficace dans la mesure où les facteurs de production oisifs dans les pays de notre sous-région pourront être utilisés avec plus d’efficience au profit des populations des six pays que compte notre sous-région. En dépit des disproportions constatées au niveau des densités de population, force est de constater que les plus petits Etats, sous-peuplés de l’Afrique de l’Ouest n’érigent pas de barrières à la libre circulation des personnes et des biens. Ce modèle ouest-africain en pleine réussite devrait interpeler nos autorités politiques dont l’intérêt pour l’intégration sous-régionale demeure jusqu’ici au stade de simples intentions. Les risques d’explosions démographiques consécutives à l’ouverture des frontières que redoutent certains dirigeants de nos Etats ne se justifient pas. En effet, il convient de reconnaître que l’illusion d’une vie meilleure à l’étranger (dans un pays voisin) stimulera les flux migratoires au début de l’annonce de l’ouverture. Ensuite, l’équilibre se rétablira automatiquement parce que, ceux des migrants qui ne trouveront pas leur compte dans les pays d’accueil reviendront chez eux où la situation de départ paraît meilleure. En même temps, l’annonce de l’ouverture des frontières ne poussera pas toutes les populations à l’immigration en raison de leur occupation professionnelle dans le pays d’origine. Il s’agit donc d’un phénomène marginal qui touche une partie minime de la population. Un argument tout à fait naturel corrobore cette assertion: les populations de notre sous-région sont par essence sédentaires, attachées à leur terre d’origine. De ce fait, les mouvements migratoires ne seront pas de grande ampleur.

 

Quoique le modèle européen actuel suscite des débats, il n’en demeure pas moins qu’il puisse nous servir d’école. Après l’admission de l’Espagne et du Portugal au sein de l’Union, pays dont les niveaux de développement n’étaient pas en adéquation avec les normes requis pour adhérer à l’Union Européenne, l’on constate que cet élan de solidarité s’étend de nos jours aux pays de l’ex-bloc de l’est avec notamment l’admission de la Pologne, la Bulgarie, la Slovénie, la Hongrie, la Roumanie et bien d’autres pays. Ces efforts d’intégration se poursuivent aujourd’hui avec l’adoption prochaine de la monnaie unique européenne par quelques autres pays membres de l’Union européenne qui compte environ 325 millions d’habitants, donc une demande potentielle pour les entreprises. Tout portait à croire que les pays de l’Europe occidentale, plus nantis économiquement, auraient refusé les candidatures des pays de l’ex-bloc de l’Est dont les économies ont été longtemps fragilisées par les crises politiques à répétition et les guerres pour le cas notamment des pays issus de l’ex-Yougoslavie. Au contraire, ayant compris que l’appartenance à un seul espace économique procure des gains très substantiels et considérables aux pays les plus forts économiquement comme aux pays les moins avancés, du fait de l’allocation efficiente des facteurs de production, les pays de l’Europe occidentale n’ont ménagé aucun effort pour accompagner les pays les plus faibles à résorber les déséquilibres macroéconomiques qui constituaient un frein à leur adhésion à l’Union. C’est dans un tel élan de solidarité où se trouvent les solutions aux multiples problèmes de sous-emploi qui minent les économies des pays membres de la CEMAC. Le sous-emploi dont il est question ici ne concerne pas seulement les ressources humaines, il englobe les autres facteurs de production mal utilisés dans le cadre d’un modèle de développement économique en autarcie.

Ce n’est pas suffisant d’organiser chaque année des grandes conférences de Chefs d’Etats et de multiples réunions d’autres organes qui composent la CEMAC avec l’argent des contribuables pour des résultats à peine perceptibles sur le terrain depuis de nombreuses années. Il faut en plus veiller à la stricte application des décisions sur le terrain. La CEMAC comme les organes qui la composent, sont devenus des musées où l’on place les anciens amis cadres indésirables pour une raison ou une autre sur le plan national. Les attentes des populations sont bien plus que la résolution des problèmes de placement des cadres qui doivent maintenir leur niveau de vie antérieur grâce à l’argent des contribuables. notre avis, et ce, pour le bien des populations de notre sous-région qui sont condamnées à vivre ensemble en raison des liens séculaires très forts qui les unissent, l’heure est venue de mettre en pratique les décisions prises jusqu’ici dans le cadre d’une intégration véritable dont le franc CFA, issu de la colonisation française, ne servira plus de seul gage. Il s’agit entre autre de sortir le passeport communautaire dit «Passeport CEMAC» dont l’annonce a été faite depuis quelques années à défaut d’autoriser la libre circulation des personnes à l’aide de leur pièce nationale d’identité. En même temps, la construction des infrastructures routières à caractère sous-régional qui faciliteront la circulation devrait se poursuivre. Il sied cependant de relever que l’ouverture des frontières dont allusion est faite à travers ces lignes n’est pas synonyme d’anarchie à nos frontières. Il est clair que la force publique (police et/ou gendarmerie) et d’autres services de répression continueront d’exercer leurs activités régaliennes dans le cadre de la lutte contre les trafics illicites de métaux précieux, stupéfiants et de trophées de chasse des espèces protégées de notre faune. Les taxes éventuelles à payer aux frontières doivent être règlementées, homogènes sur l’ensemble du territoire de la sous-région sans être une forme de harcèlement exercé par des agents véreux au détriment des populations et de l’intégration sous-régionale qui peine à prendre ses marques au moment où les autres sous-régions du contient réalisent des progrès dignes d’éloges.
 
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