INTERVIEW  |    

Mme Sylvie Annick Mazoungou: «Nous avons (...) le dernier paradis sur terre»

Par Luidor NONO - 08/09/2011

La ministre du Développement, du Tourisme et de l’Artisanat a apporté son appui à la mise en visibilité de la Centrafrique lors du Cabango Networking 2011 à Paris en France

 

Madame la ministre, vous avez pris vos marques, vous êtes sur le terrain, votre premier bilan…
Cela fait 4 mois que je suis à la tête de ce département en vue du développement du tourisme et de l’artisanat. A mon arrivée, il y avait déjà des projets identifiés dans le plan directeur de développement du tourisme. Ces projets ont été repris dans le DSRP 1 et le DSRP 2. Pour cause de conflit, tous les projets initialement identifiés n’avaient pas été réalisés. Ils ont été repris dans le DSRP 2 et j’ai voulu à ma prise de service faire un état des lieux, c’est à dire un inventaire des richesses touristiques afin de me rendre compte de la situation du tourisme en République centrafricaine et de mettre en place un plan d’action en conformité avec le constat fait par nos experts. J’ai commencé par Boali, j’ai sillonné plusieurs préfectures dont Bossangoa, je suis également allé à Bayanga, ensuite à Bangassou, Bamari, Bria et Bakala où j’ai fait identifier beaucoup de sites. Certes, il y a beaucoup de choses à mettre en place dans le cadre du développement du tourisme, je n’ai pas encore fini cette tournée. Mais, je peux d’ores et déjà dire qu’il y a par exemple le site de Bayanga qui est très connu et qui fait partie des aires protégées qui sont retenues dans le cadre du plan directeur de développement durable du tourisme dans les aires protégées par l’OMT, ainsi que le site de Ndélé, la forêt d’Alimbou à Bria, qui est une forêt vierge dans laquelle ont peut également développer le même type d’activité que celles qui ont cours actuellement à Bayanga. Près de Bangui il y a les chutes de Mbéko qui sont dans la Lobaye et qu’on pourrait tout à fait développer afin de permettre un développement rapide et surtout local du tourisme centrafricain. La priorité exige aujourd’hui de développer le tourisme local pour pouvoir permettre aux centrafricains de découvrir leur pays et aussi à moyen terme de promouvoir le tourisme à l’international. Notre ambition est de mettre en place un plan d’action avec différentes stratégies pour la promotion de la destination Centrafrique.

 


© journaldebangui.com
Mme Sylvie Annick Mazoungou, le ministre du Développement, du Tourisme et de l’Artisanat
L’une de vos premières actions au niveau de votre ministère est d’avoir lancé l’opération «Kangou». Quels sont les premiers résultats de cette opération?
«Kangou», c’est ma première opération de communication, j’y tiens beaucoup. «Kangou» en Sango c’est la calebasse, c’est le récipient dans lequel on offre à boire lorsqu’un invité arrive. «Kangou» c’est aussi le symbole de la fécondité et de la fertilité. Si vous prenez le logo du ministère du tourisme, il y a effectivement cette calebasse que l’on offre avec deux mains. J’ai choisi ce symbolisme là justement pour faire comprendre aux gens que la République Centrafricaine est une terre d’accueil où effectivement l’hospitalité fait partie de nos traditions. L’opération «Kangou» permet aujourd’hui de recenser toutes les structures, tous les établissements de restauration et hôteliers afin de nous permettre justement de nous préparer à la normalisation qui est en train d’être mise en place au niveau de la sous-région CEMAC. Pour accueillir des gens, il faudrait que nous ayons des structures adaptées. Avec les difficultés que nous avons connues du fait des conflits, nous n’avons quasiment pas pu faire ce travail là. Aujourd’hui, le chef de l’Etat a mis l’accent sur le développement du secteur du tourisme et nous souhaitons que cela soit vu et que cela se sache. Nous en sommes au 2e mois de cette opération, qui a permis de recenser 1000 établissements hôteliers et de restauration rien qu’à Bangui. Cette opération est appelée à aller dans les provinces pour répertorier toutes les structures dépendant de notre ministère afin de permettre la sensibilisation. Après, il y a un travail de formation. L’identification des opérateurs peut permettre de mettre en place ce plan d’action et le plan directeur de développement que nous souhaitons. C’est vrai que ce travail a commencé avec le personnel du département. L’objectif à moyen terme est d’associer les opérateurs économiques de la place et j’ai été agréablement surprise du fait que tous les opérateurs qui ont été recensés aient joué le jeu. C’est comme s’ils étaient en attente de ce recensement. Donc je pense que c’est une opération qui va durer dans le temps et qui nous permettra non seulement d’avoir un répertoire des établissements, mais aussi d’identifier les actions à mettre en place pour le développement du tourisme en Centrafrique.

Quels sont les types de partenariats que votre cabinet recherche actuellement?
Nous recherchons un partenariat dans le cadre du renforcement des capacités. On ne peut pas développer le tourisme si on n’a pas le personnel compétent. J’ai 218 collaborateurs aujourd’hui au niveau de mon département, mais nous n’avons pas d’écoles spécialisées dans la formation hôtelière et de tourisme en Centrafrique. Nous avons besoin de renforcer les capacités du personnel intervenant aussi bien au niveau du département que sur les sites touristiques, notamment les guides et les pisteurs et un renforcement en matière linguistique. Pour qu’il y ait du tourisme, il faut absolument que le personnel intervenant sur place maîtrise l’anglais. Nous avons beaucoup de difficultés à recruter du personnel s’exprimant aisément en français, en anglais ainsi que dans d’autres langues. Un autre type de partenariat que nous pouvons rechercher, est financier. L’objectif étant de privilégier les investissements privés pour nous permettre de valoriser nos sites. D’ailleurs, le tourisme qui se pratique chez nous est de l’écotourisme. Nous avons effectivement quelque chose qui ne se fait pas ailleurs. Nous avons la forêt vierge, des animaux, des espèces rares qu’on ne retrouve qu’en Centrafrique. Je me suis rendue compte que nous avons ce qu’on appelle le dernier paradis sur terre et notre objectif justement est de permettre aux investisseurs étrangers, surtout privés, même nationaux d’ailleurs de venir et d’investir dans le tourisme. Donc l’écotourisme et le tourisme cynégétique.

Quelle est la part de l’artisanat dans votre département?
Mon département a deux secteurs. Le tourisme et l’artisanat. Ce sont deux secteurs qui vont de pair. Aujourd’hui nous avons mis l’accent dans un premier temps sur le tourisme pour nous permettre d’enchainer sur l’artisanat, mais vous savez qu’au niveau de la République Centrafricaine, l’économie est basée sur l’artisanat parce que tout se fait de manière informelle et la plupart du temps par des artisans. Nous avons justement avec la CSPE identifié à peu près 979 artisans en République Centrafricaine dans plus de 20 corps de métier. Aujourd’hui, notre objectif c’est de permettre justement à chaque centrafricain qui exerce dans l’artisanat de vivre de son travail. Notre politique en matière de développement de l’artisanat consiste à former des gens dans les différents métiers qu’ils exercent, pour leur permettre de se vendre non seulement en République Centrafricaine, mais également à l’extérieur. Le gros problème avec les artisans Centrafricains c’est la finition. Avant on avait une école des techniques d’art, aujourd’hui ça n’existe plus, mais l’objectif c’est de permettre que nos artisans ou nos futurs artisans puissent bénéficier des formations adéquates afin de pouvoir vivre de leurs métiers et de vendre leurs productions à l’étranger.

 


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Elle a prêté son concours à la tenue des assises du Cabango Networking de Paris
Quel intérêt cela peut-il représenter pour votre ministère de participer au Cabango2011?
Par rapport au Cabango, je tiens à féliciter toutes les personnes qui se sont associées pour réaliser le premier forum des investissements en République Centrafricaine. Aujourd’hui le Président de la République François Bozize met un accent particulier sur les investissements privés. Cabango permettra aux investisseurs potentiels de se rendre compte des différentes potentialités de la Centrafrique. Le tourisme doit vendre l’image du pays. Dans le cadre du Cabango, je souhaitais véhiculer une image positive de la République Centrafricaine en ce sens que les gens doivent savoir que tout ce qui se dit sur la RCA n’est pas forcément vrai. Nous avons organisé des élections qui se sont très bien déroulées, le Président François Bozize a été élu avec une très forte majorité, son projet de société qui a été validé par le KNK a été accepté par les Centrafricains qui ont voulu qu’il puisse réaliser ce quinquennat. Aujourd’hui il y a beaucoup de choses à faire. La paix est revenue, il y a différents accords de paix qui ont été signés avec les différentes rebellions qui sévissent sur le pays, tout est en train d’être mis en place pour permettre à notre pays de décoller et de gagner sa place dans le concert des nations. Aujourd’hui justement, Cabango est l’évènement auquel il faut être pour véhiculer justement cette image positive de notre pays.


Après votre visite sur le terrain comment est-ce que vous gérez les sites touristiques en zones de conflits?
J’ai choisi délibérément de me rendre dans ces zones où on dit qu’il y a de l’insécurité. J’y suis allée et je suis là devant vous en France pour vous dire qu’il y a beaucoup de choses qui sont dites mais qui ne sont pas forcément vraies. Aujourd’hui, des accords de paix ont été signés. Ces gens là qui sont dans la rébellion ont aussi envie que le pays se développe. Donc, forcément, ils se sont inscrits dans la même logique que celle du chef de l’Etat. Pour le développement du tourisme, le souhait est que la paix et la sécurité soient définitivement installées dans ces zones, ce qui est en train d’être fait. Je garantis que cela sera fait à très court terme.

Vous voyagez énormément, est-ce que cela vous inspire pour le tourisme centrafricain?
Je m’inspire de ce qui se passe dans d’autres pays comme le Maroc et la Tunisie qui ont une industrie du tourisme très développée et qui permet de valoriser l’artisanat de leur pays. En réalité, ce sont ces modèles là que je souhaiterais adapter chez nous, sachant que chez nous nous n’avons pas les mêmes produits que ces pays là. Nous avons une diversité culturelle, en matière d’artisanat et de tourisme qui nous permet justement de concurrencer valablement et même de dépasser toutes ces destinations qui sont aujourd’hui obsolètes. Mon objectif c’est de permettre à l’artisanat Centrafricain de se valoriser à l’étranger et d’être apprécié.

La question du "Visa Unique", quelle est la position de la RCA?
Si nous voulons justement faire connaître la destination CEMAC, il est important que tous les pays qui font partie de la zone CEMAC acceptent l’idée de visa unique. Cela permettra une libre circulation des touristes dans la sous-région sachant que nous avons des parcs binationaux ou tri-nationaux. Nous avons par exemple le tri-national avec Bayanga, le Congo, le Cameroun et la République Centrafricaine, à l’Est nous avons le binational avec le Tchad. Nous sommes entièrement d’accord pour que ce visa unique puisse être mis en place afin de permettre aux touristes de circuler librement dans la sous-région CEMAC.

 


© journaldebangui.com
Le premier salon du tourisme en Afrique centrale aura lieu en 2012 au Cameroun. Comment va se passer la participation de la RCA à cet évènement?
C’est vrai qu’au niveau de la sous-région, au niveau de la CEMAC, nous sommes en train de travailler sur la préparation de ce salon. Au niveau de mon département, nous sommes en train de le préparer, d’où le bien fondé de cet inventaire parce qu’il faudrait justement que le moment venu, nous arrivions avec des projets, l’objectif étant justement d’intéresser les participants mais également les visiteurs au tourisme Centrafricain. Donc nous sommes en train, à partir de ce travail d’identification, de préparer des supports audio, vidéos, et papier pour intéresser le maximum de visiteurs à la destination Centrafrique. Il y a plusieurs projets qui ont été identifiés et qui ne demandent qu’à être financés, il y a d’autres qui n’ont pas été identifiés, mais sachez que nous n’y arriverons pas les mains vides.

En tant que militante de terrain, quelle la place pour les femmes dans la société centrafricaine?
Nous sommes six femmes au gouvernement, nous occupons des postes clés. En matière d’économie par exemple, vous avez la ministre du commerce, des PME/PMI et du guichet unique, la ministre du tourisme qui est une femme, aux affaires sociales, à la coopération internationale, ce sont également des femmes. Donc vous comprenez que les femmes ont tout à fait leur place en politique. Le chef de l’Etat a entendu notre message, il nous a écouté quand nous avons voulu le suivre, nous lui avons dit que nous ne voulons pas seulement être là pour applaudir, que nous voulons l’accompagner. Si nous sommes là aujourd’hui, c’est parce que nous avons été entendues. J’exhorte toutes les Centrafricaines à suivre l’exemple de ces femmes.

Vous n’avez tout de même pas abandonné les membres de votre association?
Non pas du tout, je crois qu’aujourd’hui ils sont ravis du parcours qui est le mien et ils sont tout à fait prêts à me suivre et à me soutenir, non seulement dans mon action au sein du gouvernement, mais aussi au sein du parti et dans mes activités associatives annexes. Les associations ont un rôle à jouer en République Centrafricaine et ce que j’ai commencé à faire avec Acacia, je ne peux pas les abandonner. Bien au contraire! J’ai actuellement d’autres projets avec mon association Acacia, notamment des activités de jumelage avec certaines Préfectures en République Centrafricaine.
 
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  • Cette interview a été réalisée à Paris en collaboration de avec l’équipe du Cabango networking 2011

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