INTERVIEW  |    

M. Elvis Sakpo: «Il ne faut pas avoir peur d’être ambitieux»

Par Luidor NONO - 05/09/2011

L’entrepreneur et consultant centrafricain participe au développement commercial des entreprises avec le cabinet FinAfrique

 

Entre ces deux fonctions (chef d’entreprise ou consultant), quelle est celle que vous préférez davantage?
Les fonctions de Chef d’entreprise ou de consultant sont assez similaires, sinon au moins complémentaires. J’exerce en tant que Consultant indépendant et gère cela comme mon entreprise. D’ailleurs, je suis sur le point d’ouvrir un cabinet en Centrafrique qui proposera des prestations en conseils, études et formation. Ce sera le renforcement de ma collaboration avec FinAfrique puisque ma structure sera membre du réseau que souhaitent mettre en place les associés de ce cabinet panafricain. Le Consultant que je suis sera donc tous les jours un Chef d’entreprise, soucieux de créer de la valeur et des emplois. Tant que ce sera ainsi, il m’est difficile de choisir (sourire).

Si vous n’aviez pas fait de la finance qu’est ce que vous auriez aimé faire?
J’ai fait des études de sciences économiques et en gestion des entreprises. A priori, rien ne me prédestinait à l’industrie financière, surtout pour les métiers et responsabilités que j’y ai exercés (contrôle, recherche macroéconomique, marketing et commercial). Ce qui m’a toujours guidé dans mes choix, sur le plan professionnel, c’est l’ambition et les possibilités d’apprendre du projet ou de l’entreprise. Le secteur d’activité n’est alors plus qu’un contexte, selon qu’il soit plein de potentialités ou à maturité. J’aime les challenges portés par la culture du résultat. D’autres secteurs d’activité ont toujours présenté un vif intérêt pour moi. Ce sont l’agroalimentaire, les télécoms, la grande distribution ou encore le BTP …

 


© journaldebangui.com
Elvis Sakpo, chef d'entreprise et consultant
Vous êtes consultant en stratégie de développement commercial, concrètement, cela renvoie à quoi dans le contexte africain?
Le domaine que couvre le terme «développement commercial» est très large: il concerne les problématiques de création d’affaires, d’organisation des forces de vente, de stratégie marketing et de conquête de marchés. C’est un champ qui est le nerf de la guerre, c’est l’essence même d’une entreprise: créer de la richesse en gagnant de l’argent. Le consultant que je suis intervient auprès des entreprises, de divers secteurs, pour les aider à définir une politique de prospection ou de développement commercial (e). Je vais vous donner quelques exemples de mes dernières missions pour mieux illustrer mes propos: La définition d’un plan de pénétration commerciale en Afrique centrale (à 3 ans) pour un fabricant français de cloisons amovibles; l’élaboration d’un plan d’affaire pour un porteur de projet centrafricain, résidant en France, qui souhaite créer une entreprise de transport routier; avec FinAfrique, la formation des cadres commerciaux et du marketing d’une banque camerounaise sur le développement de nouveaux produits. Sur ce point, une chose remarquable, qu’il faut mettre au crédit des participants, est que nous avons réussi à poser les bases pour la création de 4 produits dont certains à destination de la diaspora.

Pour en revenir à votre société, Lyse Group, quelle est sa principale activité?
La société LYSE Group a pour vocation de proposer des prestations dans les domaines de l’hygiène et de la propreté. Cela va du nettoyage des locaux à la blanchisserie industrielle, sans oublier l’entretien des espaces verts. Notre ambition est de créer une marque et un modèle économique transposables dans toute la sous-région CEMAC (des partenariats sont en cours d’étude), voire au-delà. LYSE Group aura une structure organisationnelle plus renforcée pour sa cinquième année d’existence, et compte poursuivre son développement par de nouveaux métiers et produits dans ce secteur d’activité encore sous-exploité et pourtant important pour la santé publique. Aujourd’hui, grâce au professionnalisme de mes collaborateurs, je me réjouis du fait que LYSE Group soit devenue le prestataire de référence pour l’hygiène et la propreté en Centrafrique. Mais il n’est pas question de baisser la garde, notamment sur la qualité de nos services. C’est pour cela que nous avons signé de nouvelles conventions avec des fournisseurs et partenaires pour nous renforcer encore plus et pour poursuivre notre engagement dans la formation du personnel. Dans le domaine, par exemple, des produits que nous utilisons, nous donnons une priorité aux produits qui respectent les normes environnementales et de santé publique.

Qu’est ce qui vous a motivé à vous mettre à votre propre compte?
J’ai toujours grandi avec l’idée de me mettre à mon compte et de contribuer à la création de valeurs. C’est l’essence même de ma motivation. Quant au choix d’investir dans le domaine de l’hygiène et de la propreté, il a été guidé par ce que j’ai vu dans nos hôpitaux, hôtels ou encore dans l’administration et les bureaux en général. J’estime que tout lieu qui reçoit du public ne doit présenter aucun risque pour ses occupants. Ce n’est une considération de riches ou de pays nantis. C’est un principe de santé publique.

Quelle a été votre réaction au contact du ou des milieux d’affaires africains?
Grâce à ma double casquette de chef d’entreprise et de consultant, j’ai effectivement la chance de côtoyer régulièrement les milieux d’affaires africains. Les milieux d’affaires ou encore le secteur privé peuvent jouer un rôle primordial dans le développement économique et social sur le continent. Seulement, il faut faire la distinction entre les hommes (et femmes bien entendu) d’affaires et les affairistes. La première catégorie est là par passion, porteur d’un projet mûri, souvent depuis plusieurs années tandis que la seconde profite d’une opportunité (un appui politique ou familial) pour prendre des parts de marché, en dépit de toutes les dispositions légales et règlementaires en place. Force est de constater que l’on retrouve les mêmes réalités en Centrafrique, avec les spécificités suivantes: faible renouvellement de la classe des hommes d’affaires, une absence de créativité dans le milieu des jeunes entrepreneurs, une insuffisance de main d’œuvre bien formée, une frilosité plus marquée des banquiers à soutenir les initiatives privées.

 


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Est-ce que de votre point de vue, la confiance règne en ce temps de crise?
La crise en Afrique? Comme diraient certains, c’est un état permanent, surtout lorsque l’on voit ce qui se passe dans la corne du continent … Mais elle n’a pas véritablement eu un impact sur la confiance, de mon point de vue d’entrepreneur puisqu’elle a offert de nouvelles opportunités d’investissement. Prenez le secteur agricole, par exemple. Grâce à la crise et les augmentations des prix des denrées alimentaires, nous avons pris conscience que les populations africaines représentent un gros pouvoir de consommation et donc un marché à exploiter. Au lieu donc de subir les variations des cours du coton, du café et autres produits que nous ne transformons que très peu sur place, pourquoi ne pas nous concentrer un peu plus sur le manioc, l’huile de palme, le mil, le riz, etc.? Je vais plutôt aborder la question de la confiance dans le secteur privé en mettant le doigt sur un mal qui gangrène l’émergence des entreprises africaines, notamment des PME. En effet, les établissements bancaires ne sont pas enclins à soutenir ou à accompagner les jeunes entrepreneurs ou porteurs de projets alors qu’ils croulent sous des excédents de liquidités. Ainsi, le faible accès des PME aux différents produits bancaires et financiers est non seulement révélateur d’une inefficacité commerciale des banques mais témoigne surtout du peu de confiance que ces institutions accordent à leurs clients. Les banques doivent donc arrêter de se cacher derrière de faux prétextes et participer à l’essor économique de nos pays en insufflant un climat de confiance entre tous les acteurs.

Comment pensez-vous, de manière pratique, parvenir à réduire la dépendance du secteur bancaire vis-à-vis de l’expertise internationale?
Aujourd’hui, nous avons un secteur bancaire, ou plus largement un secteur financier, dans lequel la présence étrangère est prépondérante. Cela s’explique par l’attrait du continent et le besoin des puissances occidentales notamment d’accompagner leurs investissements en Afrique. L’une des caractéristiques de ce système bancaire est qu’il est encore trop dépendant de centres de décision loin de ses bases. Pour reprendre votre idée, il dépend de l’expertise internationale. En m’appuyant sur l’exemple marocain, il serait impératif de repenser la mission des banques en prenant en compte le contexte africain et les besoins des Africains car la banque doit accompagner son client partout où il se trouve et anticiper ses besoins. Pour y parvenir, l’expertise internationale est nécessaire. Mais elle doit se situer dans un horizon à court et moyen termes; le temps de la formation et du renforcement des capacités nationales. L’Afrique dispose, à cet effet, d’un atout formidable: un vivier de compétences formées et expérimentées à travers le monde, sur les plus grands marchés et couvrant tous les aspects du métier. Il ne lui reste plus qu’à ne plus rougir de lui faire appel. Un avantage indéniable avec cette expertise que l’on pourrait aussi qualifié d’internationale est qu’elle est concernée par les résultats objectés.

Lorsque vous revenez donner des formations en Centrafrique, quel est le sentiment qui se dégage?
Former pour moi revient à partager des expériences avec d’autres, surtout en milieu professionnel. Avec FinAfrique, je partage cette ambition d’apporter, sur le continent africain, une expertise acquise sur les grands marchés internationaux et donc d’initier les cadres des services financiers, les banquiers et les assureurs à de nouvelles méthodes et techniques leur permettant un travail plus optimal et donc plus rentable et plus efficace. En Centrafrique, j’ai été particulièrement séduit par le discours des dirigeants de l’ACFPE (Agence Centrafricaine pour la Formation Professionnelle et l’Emploi) et la disponibilité des équipes pédagogiques. Il m’est agréable, à chaque fois, d’animer des formations afin de contribuer au renforcement des compétences locales. J’ai noté une très grande volonté de la part des participants d’acquérir de nouvelles méthodes de travail afin d’inscrire leurs sociétés dans la modernité de notre temps. Le public est de plus en plus large puisque nous recevons également beaucoup de personnes travaillant dans des ONG et autres secteurs non financiers.

Que peut-on faire d’autre pour que l’économie centrafricaine décolle concrètement et s’arrime à celle des pays de la sous-région et voir au-delà?
Sur cette question, beaucoup de gens peuvent disserter et proposer des solutions miracles. En ce qui me concerne, j’ai l’intime conviction que tout doit partir d’une vision à long terme, fondée sur des valeurs fortes, pérennes et largement partagées. Le challenge résiderait dans notre capacité à trouver les moyens nous permettent de réaliser cette vision.

Votre mot aux jeunes africains qui adorent le monde de la finance?
J’encourage beaucoup les jeunes africains à regarder le monde de la finance comme un formidable levier de croissance et de développement économique. Les jeunes désireux d’y trouver une place doivent faire montre de compétence, de professionnalisme et d’une bonne capacité d’innovation. Il ne faut surtout pas avoir peur d’être ambitieux …

 

 
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