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Centrafrique: Drôle de paix

Par GBANDI Anatole - 18/01/2018

Par GBANDI Anatole

 

Après avoir pris le contrôle de la Basse-Kotto, le mercenaire nigérien Darassa et l'UPC(Union du Peuple Centrafricain), son groupe armé, ont décidé d'y faire la paix. Si cette décision était sincère, personne en Centrafrique ne la chicanerait : le peuple est épuisé et le pays saigné à blanc. Il se poserait alors la question du destin d'un mercenaire, venu de loin, s'emparer de la Ouaka, puis de la Basse-Kotto, s'emparer des zones aurifères et diamantifères de ces deux régions, massacrer des paysans, piller leur pitance, brûler leurs maisons... Un comportement et des actes qui permettront, le moment venu, de dresser contre cet individu, un réquisitoire impitoyable.

De quelle paix parle Darassa ? D'une paix qui consacrerait son hégémonie mortifère, d'une paix qui enterrerait ses massacres et ses tueries. Qui l'a poussé à parler de paix, lui, le chef de guerre implacable ? Les groupes d'Auto-défense, mais aussi et surtout la stratégie de la terre brûlée pratiquée par ses rebelles. Comme un boomerang, elle s'est rapidement retournée contre eux. Leur soudaine volonté de paix cache en réalité un profond désarroi. Dans les villes et les villages qu'ils ont vidés de leurs populations, la vie est suspendue ou réduite à des expédients, les maisons sont délabrées, les champs en friches et les marchés fort clairsemés. Partout du chiendent, partout des ordures et la prolifération d'insectes nuisibles en corollaire.

La fuite du personnel soignant a fait de la région un désert médical. Plusieurs Peuls sont morts de maladies bénignes faute de soins. Les femmes accouchent dans des conditions déplorables : plusieurs sont décédées en couches et les bébés de celles qui ont survécu ne sont plus vaccinés. Une campagne de vaccination était en cours quand la guerre a commencé. Elle a été arrêtée net.





 


© Droits reservés
Dans certains villages riverains abandonnés par leurs habitants, des malades peuls en désespoir de cause, ont avalé des médicaments dont ils ignoraient la posologie : inutile d'ajouter que cette automédication leur a été fatale. Mon frère qui les soignait a dû se retourner dans sa tombe. Les Mbororos que nous avons connus étaient des citoyens paisibles que des aventuriers sont venus instrumentaliser, pour le malheur de leurs compatriotes et pour leur propre malheur.

Dans un des villages dont je tairai le nom, les morts étaient si nombreux que le responsable Séléka a dû traverser la rivière pour proposer, à l'un des infirmiers réfugiés en République Démocratique du Congo, de se porter garant de sa sécurité s'il retournait prendre son service. L'infirmier a refusé.

Contraints de décréter la paix, les Séléka de l'UPC ont laissé sortir du maquis le groupe d'Auto-défense qui les harcelait. Ce qui donne dans une ville comme Mobaye, le spectacle insolite de deux armées qui se regardent en chiens de faïence, deux armées qui s'épient et font semblant de patrouiller ensemble.

Que signifie le mot paix dans la bouche d'un fauteur de guerre ? Posons la question autrement : qui désire ardemment la paix en Centrafrique ? Les Centrafricains meurtris et massacrés depuis le commencement de cette guerre. La Centrafrique saturée de morts. Qui ne la désire pas et donc souhaite que la guerre continue ? Les mercenaires et leurs acolytes, ceux qui ont instauré le régime de l'anarchie et qui s'y complaisent. Car la paix sonnera le glas de leur règne.

Meilleurs vœux à toi, mon pays !
 
MOTS CLES :  Centrafrique 

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