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Martial Beti-Marace: «Presqu’un million de Centrafricains sont dans une situation d’errance»

Par L'oeil du Sahel - 12/10/2017

L’ambassadeur de la République centrafricaine au Cameroun, revient sur la situation des réfugiés centrafricains dans ce pays voisin

 

Depuis mai 2017, des affrontements ont repris en République centrafricaine. Des villages sont pillés, des maisons brulées, des gens tués. Ce qui favorise le départ des milliers de personnes vers des pays voisins, dont le Cameroun, c’est-à-dire vers les régions de l’Est et de l’Adamaoua. Avez-vous effectué une descente dans les différents camps de réfugiés centrafricains au Cameroun ?
Nous vous remercions pour l’intérêt que vous portez au peuple centrafricain. Comme tout responsable de mon rang, je suis effectivement descendu sur le terrain. J’ai visité les camps différents de réfugiés centrafricains. Aussi bien à l’Est du Cameroun, que dans l’Adamaoua. Lors de la dernière visite au camp de réfugiés de Ngam, la population était de 16.000. Avec les derniers événements, le chiffre a été revu à la hausse. Malgré cela, c’est le camp de Gado-Badzere qui est le plus peuplé. Il est grand. Il est vaste. Dans ces camps, nous avons eu le plaisir d’échanger avec eux. Ils ont posé des doléances. Et comme vous pouvez l’imaginer, le souhait le plus grand pour un réfugié, c’est de rentrer chez lui, dans son pays.

Chaque fois que je suis arrivé dans l’un des camps de réfugiés, tous me posent la question, monsieur l’ambassadeur à quand le retour ? Pour les réfugiés qui sont régis par la convention de Genève de 1951, qui peuvent rentrer au pays, il y a des préalables. Il faut un accord tripartite entre le pays d’accueil, le pays d’origine des réfugiés et le Haut-commissariat chargé des réfugiés (HCR).

Cet accord tripartite, c’est le cadre juridique qui réglemente, qui encadre les mécanismes des départs volontaires, le retour des réfugiés. Parfois, on parle avec confusion de retours forcés. Aucun réfugié, sous mandat du HCR ne peut être contraint à rentrer dans son pays d’origine.

Aucun réfugié. C’est un sacré saint principe. Les trois parties que sont la RCA, le Cameroun et le HCR, ont un projet dans ce sens. Malheureusement, la détérioration de la situation en RCA ne peut faciliter l’évolution de ce projet. Il y a eu des retours spontanés pendant la période d’accalmie. Et les derniers événements ont contraint certains réfugiés a rebroussé chemin. Il y a de nouveaux réfugiés aussi.

C’est une situation très inquiétante. Nous avons tenu une réunion en République Centrafricaine entre le Cameroun, la RCA et le HCR pour étudier les conditions préalables d’un retour des réfugiés.
Et l’une des conditions retenues était le retour dans la sécurité et la dignité des réfugiés. Sur près de 4 millions de Centrafricains, presque un million sont dans une situation d’errance. Ce qui compromet le développement du pays. Or, le pays a besoin des cerveaux, de ses fils et de ses filles pour son développement. Tous ces foras, sont l’occasion pour échanger et voir dans quelle mesure envisager des retours, une fois la situation rétablie. J’en profite pour remercier, au nom du président centrafricain, le peuple camerounais et son président pour tout le soutien qu’ils nous apportent dans cette épreuve. Ils font preuve d’une hospitalité et d’une générosité légendaire. Je leur dis ma gratitude. Au moment où dans d’autres horizons, sous d’autres cieux, on ferme la porte aux réfugiés, au Cameroun, on les ouvre. C’est à féliciter.

L’année 2014 a été triste. Nos compatriotes, nos frères sont arrivés au Cameroun dans une situation déshumanisante et triste. Et ils ont été très bien accueillis. Pendant la visite du secrétaire général de l’ONU, qui est prévue en RCA vers le 24 de ce mois, nous ne manquerons de lui en parler.

La RCA passe d’amnistie en amnistie. C’est ainsi à chaque trouble. Lors des «guerres civiles» de 2003-2004, 2007, 2013-2014 par exemple, cela a encore été le cas. La constitution de la commission justice et réconciliation a été proposée pour résoudre le problème de la RCA. Est-ce que c’est la meilleure solution pour mettre un terme à la guerre ?
Nous avons eu plusieurs lois d’amnistie en République centrafricaine. Moi-même, en 1995 à l’époque, j’étais garde des sceaux, ministre de la Justice et de la réforme de droit, j’ai négocié avec le rebelles, la loi d’amnistie. Cette loi a été adoptée.

Avant 1995, il y avait d’autres lois d’amnistie. 22 ans plus tard, où en sommes-nous ? La situation n’a pas beaucoup évolué. Le peuple centrafricain, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, personne ne veut entendre parler d’amnistie. On n’en veut plus en RCA. Plus d’amnistie générale.

Les dossiers seront étudiés au cas par cas. Quand la cour pénale internationale fera son travail, elle va étudier des dossiers. On verra. Si certains cas, nécessitent la grâce présidentielle, celle-ci n’intervient qu’après jugement. On verra ce qui va se passer. Le plus important, c’est l’intérêt et la paix de la RCA. C’est le vœu du peuple centrafricain. Il n’est pas question d’amnistie générale comme principe. Vous savez, la paix est un processus.

Comme la sécurité, la réconciliation. J’ai dit que nous tous, le Cameroun, la communauté internationale, nous avons organisé les élections dans la transparence, tout s’est bien passé; mais les ennemis de l’Etat se sont levés et ont compromis cette paix qui avait repris. Les fondamentaux de la république sont en train d’être mis en place.

Toutes les institutions prévues par la constitution sont mise en place. Le président a été élu, l’Assemblée nationale aussi, le gouvernement a été formé, les préfets nommés, le code électoral...

Tous les piliers ou les béquilles d’un état sont en train d’être mis en place. Aujourd’hui, nous travaillons pour concilier béquilles humanitaires et développement. Car si nous mettons l’accent sur l’humanitaire et qu’il n’y a pas de développement, il y aura toujours des recrudescences et c’est ce que nous cherchons à éviter. Nous avons besoin de la paix en Centrafrique, nous avons besoin de développement.

 


© Droits reservés
Martial Beti-Marace, L’ambassadeur de la République centrafricaine au Cameroun
En l’état actuel des choses, on craint un nettoyage ethnique, et des paroles dures ont été attendues par Madame Najat Rochdi, représentante spéciale adjointe pour la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) et coordonnatrice résidente des Nations Unies. La situation peut-elle se détériorer à ce point ?
Je l’ignore. Le fait est que la situation va de mal en pis. Evidemment, nous ne souhaitons pas qu’elle atteigne ce degré. C’est la raison pour laquelle nous nous battons, nous travaillons dure. Il faut à tout prix éviter que nous arrivions à cette extrémité. Nous faisons tout pour éviter le spectre de 2014. Cette année-là a été très difficile pour nous. Vraiment difficile. Nous ne voulons plus revivre cela. Avec l’arrivée du secrétaire général des Nations unies en RCA, nous allons beaucoup échanger. La visite est prévue depuis longtemps. Les dates ont été arrêtées depuis des mois.

Le séjour sera court, comme la plupart des visites diplomatiques ; mais sa venue est une aubaine, c’est une bonne chose. Les africains ne sont pas rancuniers. Nous n’éprouvons pas ce type de ressentiment.

Quand la situation va revenir à la normale, et que les retours volontaires vont reprendre, quel sort sera réservé aux réfugiés ? Comment est-ce que ça va se passer une fois en RCA ?
Quand les réfugiés vont rentrer, ils vont constituer des dossiers, des plaintes seront déposées et ils seront indemnisés.

C’est la procédure normale. Tous les dossiers qui seront déposés seront minutieusement étudiés, avec le plus grand soin. C’est l’un des pans que nous étudions dans les conditions de retour. Ce volet de prise en charge, d’indemnisation des victimes est très important pour les retours. Les centrafricains ont besoin de sécurité. Nous voulons que justice soit faite. C’est légitime. Vous savez, j’ai été réfugié deux fois. Et je sais par expérience, que la vie d’un réfugié n’est pas facile. Mais alors pas du tout. Mon fils a été tué, mon frère ainé aussi.

Jusqu’aujourd’hui, j’ignore où ils ont été inhumés. Je l’ignore. C’est très difficile quand on perd un parent. Ma maison a été incendiée. Actuellement, je n’ai pas de maison dans mon pays. Je n’ai rien. Et ils sont nombreux qui sont dans ma situation et pire que la mienne. Les indemnisations qui seront versées vont permettre de résoudre un ou deux problèmes, la reconstruction des maisons, le lancement de nouveaux projets, mais elles ne vont pas ramener les parents qui ont payé de leurs vies dans ces violences. Nous voulons guérir. Nous voulons la paix. Et pour l’avoir, on doit avancer par pallier. Cette avancée permettra aux gens, aux centrafricains à avoir confiance en eux, aux institutions, à la justice, et avoir de l’espoir pour de lendemains meilleurs.
 
MOTS CLES :  Martial Beti-marace   Centrafrique 

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