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Sur l’Algérie, l’Afrique et le franc CFA

Par Ilyes Zouari - 11/09/2017

Par Ilyes Zouari

 

Question 1 : Selon le rapport de la Banque mondiale, publié en janvier dernier et intitulé «Perspectives économiques mondiales», l'Algérie a réalisé une croissance de 3,6%, ce qui la place comme la meilleure performance du Maghreb et de l'ensemble des pays exportateurs de pétrole d'Afrique du Nord. Comment expliquez-vous cette croissance dans un contexte économique difficile causé, notamment, par la chute des prix de pétrole ?

L’Algérie vient, en effet, d’enregistrer la meilleure performance du Maghreb, mais également de l’ensemble des pays arabes exportateurs d’hydrocarbures, hors cas particuliers des pays en guerre dont la croissance est par définition très fluctuante (Iraq, Yémen et Libye). Ceci confirme donc la tendance positive déjà observée en 2015, année où seuls les Émirats arabes unis avaient fait mieux. Tout cela est le résultat des efforts réalisés depuis plusieurs années en matière de diversification, et qui ont notamment consisté à développer différents secteurs vitaux, de l’agriculture et des industries agroalimentaires aux industries pharmaceutiques, par exemple. Ainsi, et à défaut de pouvoir encore exporter différents biens vers les marchés extérieurs, en dehors des hydrocarbures, le pays s’est fixé pour objectif de pouvoir au moins couvrir une partie grandissante de ses besoins. Ceci constitue une première étape nécessaire, en espérant que cela ne s’arrête pas là.

A cela, s’ajoutent d’autres efforts non négligeables visant également à mieux amortir les variations à la baisse des cours des hydrocarbures et à soutenir la consommation, comme la création du « Fond de régulation des recettes » (FRR) en l’an 2000. Ce dernier s’ajoute aux très importantes réserves de change que le pays a su mettre de côté, bien davantage que les deux autres principaux producteurs africains d’hydrocarbures que sont le Nigéria et l’Angola (qui ont enregistré, respectivement, une croissance de -1,5% et de 0,0% en 2016), ou encore le Venezuela qui se trouve dans une situation économique dramatique que l’Algérie n’a jamais connu dans toute son histoire recette. Ce pays a d’ailleurs vu ses réserves de change atteindre une minimum historique de seulement 11 milliards de dollars fin 2016, contre 114 milliards pour l’Algérie qui est pourtant un tiers plus peuplée. Enfin, rappelons que la dette publique algérienne est une des plus faibles au monde, située à seulement 9% du PIB (soit dix fois moins que la France ou que le Royaume-Uni), ce qui lui donne aussi une marge de manouvre supplémentaire.

L’Algérie réalise donc désormais une croissance annuelle hors hydrocarbures comprise entre 5 et 6%, ce qui a contribué à réduire la part des hydrocarbures dans le PIB à environ 30% aujourd’hui. Certes, ce taux est encore assez élevé, mais il dépassait largement les 50% il y a une quinzaine d’années, à une époque où le pays connaissait facilement une croissance négative lorsque les prix des matières premières étaient à la baisse. L’Algérie d’aujourd’hui n’est donc plus celle de la fin du siècle dernier. Même si il est évident qu’il reste encore beaucoup à faire, comme en témoigne la part encore extrêmement élevée des hydrocarbures dans les exportations, ou encore le grave déficit budgétaire que connait actuellement le pays, il est cependant très important de savoir aussi mentionner les choses positives : il en va de l’image et de la réputation du pays et de son peuple, condition sine qua non pour que les étrangers s’intéressent à l’Algérie et aux Algériens, et contribuent ainsi à mettre en place un cercle vertueux de nature à accélérer le développement du pays. C’est aussi cela, être patriote.


Question 2 : Le même rapport souligne également les bons résultats obtenus par les économies de la zone CEDEAO. Quel est, d’après vous, le grand secret de la croissance que connaissent depuis plus de trois années les pays francophones de l’Afrique subsaharienne ?

En fait, c’est la zone UEMOA qui est concernée par cette forte croissance, c’est-à-dire la partie francophone de l’espace CEDEAO (hors guinée). Par ailleurs, ce dynamisme concerne l’ensemble de l’Afrique subsaharienne francophone qui a affiché les meilleures performances économiques du continent pour la troisième année consécutive et pour la quatrième fois en cinq ans. En 2016, la croissance globale de cet ensemble de 22 pays, regroupant 290 millions d’habitants, a été de 2,6% (Guinée équatoriale incluse) tandis qu’elle a été de 0,8% pour le reste de l’Afrique subsaharienne.

Pour revenir à la vaste zone UEMOA, celle-ci constitue la partie la plus dynamique du continent avec une croissance de 6,1% en 2016, et une moyenne de près de 6,3% sur les cinq dernières années. Ceci est le résultat de la combinaison de différents facteurs, externes et internes. Pour les premiers, on peut citer en particulier la baisse des prix des matières premières (pour cette partie de l’Afrique qui en importe plus qu’elle n’en exporte), ainsi que le niveau favorable de l’euro par rapport au dollar, contrairement aux quelques années précédentes où il était anormalement trop fort et portait parfois préjudice à la compétitivité des pays de la région (le franc CFA étant arrimé à l’euro). A ces éléments externes (auxquels on peut ajouter la stabilité monétaire et la faible inflation apportées par le franc CFA), s’ajoutent également la croissance générée par les grands projets d’infrastructures ainsi que les effets des différents mesures prises par la majorité de pays de la région en matière de diversification (industries agroalimentaires, chimiques et métallurgiques, voire textiles dans certains pays…) et d’amélioration du climat des affaires. Sur ce dernier point, certains pays ont fait un bond spectaculaire entre les versions 2012 et 2017 du rapport Doping business de la Banque mondiale, comme la Côte d’Ivoire, passée de la 167e à la 142e place, et le Bénin, passé de la 175e à la 155e. Bien sûr, cela peut paraître encore insuffisant, mais il convient alors de rappeler que le Nigéria, première économie africaine, se classe encore à la 169e place, et que l’Angola, troisième économie subsaharienne, occupe la 182e place.

Ainsi, il ne faut jamais sous-estimer l’impact que peut avoir l’action gouvernementale sur le développement d’un pays. Citons l’exemple du Sénégal, qui, suite au changement de gouvernement de 2012 et à la mise en place du « Plan Sénégal émergent » (PSE), est rapidement passé d’une croissance annuelle molle d’environ 3% à une croissance de 6% par an. D’ailleurs, les efforts en matière de diversification expliquent la bien meilleure résistance de la majorité des pays francophones subsahariens exportateurs de pétrole à la chute des cours, et notamment le Gabon et le Cameroun qui ont réalisé, respectivement, une croissance de 2,3% et de 4,4% en 2016 grâce à aux ambitieux programmes « Plan Stratégique Gabon émergent » et « Cameroun émergence 2035 ». Autre exemple intéressant que l’on peut citer, le récent projet ivoirien « Un citoyen, un ordinateur » a pour particularité que les ordinateurs seront en bonne partie fabriqués localement grâce à une usine d’assemblage qui produira 2000 unités par jour (entre ordinateurs, tablettes et smartphones) et qui s’inscrit dans le cadre d’un projet école-usine-incubateur. Ce genre d’initiative courageuse contribue au dynamisme de ce pays, qui affiche désormais une croissance de 8% par an.


Question 3 : Dans votre analyse du rapport en question, les pays subsahariens, qui ont enregistré une nette croissance, risquent d’augmenter la pression migratoire en provenance du reste du continent africain. En quoi cette pression migratoire menacerait-elle la croissance ?

La pression migratoire ne constitue pas une menace immédiate sur la croissance, mais elle peut à terme, et si elle est massive, mettre en danger la stabilité d’un pays et donc son développement. Par ailleurs, l’intégration réussie des immigrants, du moins pendant les deux ou trois premières décennies de leur installation, est toujours conditionnée par la réalisation de bonnes performances économiques. Sans elles, peuvent apparaître de graves tensions, comme on l’a vu récemment en Afrique du Sud vis-à-vis des immigrés en provenance d’autres pays d’Afrique australe.

Pour revenir à l’Afrique francophone, celle-ci connait déjà depuis longtemps une importance pression migratoire en provenance du reste du contient, et qui peut aller en augmentant à la suite de ses bon résultats économiques. Notamment au sein de l’espace CEDEAO, qui consacre la liberté de circulation et de résidence pour les ressortissants des pays membres et où les écarts de croissance sont considérables, y compris avec un pays comme le Ghana dont la croissance a été plus de deux fois inférieure à celle de la Côte d’ivoire voisine sur ces trois dernières années. D’autant plus que les prévisions pour l’année en cours demeurent assez pessimistes pour la Gambie (0,8%), mais aussi pour le Nigeria (1,0%), pays le plus peuplé du continent et qui compterait déjà plus de cinq cent mille ressortissants en Côte d’Ivoire. Ces derniers s’ajoutent à une communauté nigériane d’au moins deux millions de personnes se trouvant au Cameroun, pays non membre de la CEDEAO mais limitrophe et dans lequel ils représentent déjà, au minimum, 10% de la population du pays.

Rappelons, au passage, que près de 90% des flux migratoires originaires de pays d’Afrique subsaharienne ont pour destination d’autres pays subsahariens, contrairement à ce que l’on pourrait croire en consultant les médias non africains.


Question 4 : La croissance qu’enregistrent les pays africains francophones a-t-elle vraiment un sens quand on sait que la plupart d’entre eux sont considérés comme les pays les plus pauvres de la planète et croulent sous d’énormes dettes ?

Le fait que les pays francophones subsahariens soient pauvres explique naturellement, en bonne partie, leurs forts taux de croissance. Pour autant, ceci ne retire rien à leur mérite puisque les pays non francophones du continent, également très pauvres, réalisent globalement de moins bonnes performances. A l’exception de quelques pays situés en Afrique de l’Est, et en particulier l’Ethiopie qui demeure toutefois l’un des pays les plus pauvres du continent, malgré plus d’une décennie de très forte croissance (620 dollars par habitant début 2016). Ce qui démontre que ce pays ne fait que rattraper le retard considérable qui était le sien. Par ailleurs, le cas éthiopien démontre aussi qu’il est nécessaire d’être patient pour constater une amélioration réelle du niveau de vie global de la population. Il s’agit là d’un processus long qui peut prendre de nombreuses années, lorsque l’on part de très bas.

Enfin, pour ce qui est de la dette des pays africains, ceci est une caricature très répandue mais dépassée, et que l’on pourrait presque considérer comme raciste car consistant à présenter l’homme noir comme un éternel mauvais gestionnaire criblé de dettes. La réalité est que l’endettement de pays africains est globalement assez maitrisé, et en particulier chez les pays francophones où il se situe en général entre 30 et 60% du PIB, soit deux fois moins que chez les pays européens, par exemple. D’ailleurs, il convient de noter que seuls deux des dix pays africains le plus endettés sont francophones, le premier étant le Congo qui occupe la 8e place (67% du PIB, selon le rapport du FMI d’octobre dernier). Au passage, si la dette du Congo a augmenté de moitié ces deux dernières années avec la chute des cours du pétrole, il convient de rappeler que celles de l’Angola et du Mozambique ont presque doublé sur la même période, pour se situer, respectivement, à 78% et à 113% du PIB, selon le même rapport.


Question 5 : La croissance en question profite-t-elle vraiment aux pays subsahariens, sachant que les mines et les grandes entreprises appartiennent à de multinationales dont le seul souci est de faire du profit et de rapatrier leurs bénéficies ?

Tout d’abord, la part des richesses naturelles dans le PIB des pays africains baisse d’année en année, ce qui constitue un élément à ne perdre de vue si l’on veut analyser leur contribution à la croissance des pays concernés. En ce qui concerne les multinationales, qu’elles soient pétrolières, minières (et d’ailleurs très majoritairement anglo-saxonnes, et non françaises) ou spécialisées dans d’autres secteurs, il est tout à fait normal que leur priorité soit de récolter des bénéfices. Il en va exactement de même pour les entreprises nord-africaines qui s’implantent de plus en plus au sud du Sahara. Et en particulier les entreprises marocaines qui y sont déjà assez nombreuses, notamment dans le secteur bancaire puisque les banques marocaines ont désormais un réseau d’agences bancaires plus de deux fois plus étoffé en Afrique de l’Ouest que celui de l’ensemble des banques françaises présentes. Le Maroc a même été le premier investisseur étranger en Côte d’Ivoire en 2015, devant la France. Ces deux derniers points prouvent, au passage, le désintérêt encore assez important des acteurs économiques et politiques français pour cette région, en dépit des discours des uns ou des autres.

La balle est donc plutôt dans le camp des gouvernements africains, qui doivent mieux encadrer les investissements étrangers afin qu’ils contribuent réellement au développement de leurs pays. Cela fait d’ailleurs longtemps que je dis que les pays francophones subsahariens devraient s’inspirer de l’exemple des pays du Maghreb. Ces derniers, dès les premières années de leur indépendance et bien qu’étant eux-mêmes d’anciennes colonies françaises, ont toujours été soucieux de préserver leur souveraineté et de garantir le transfert de savoir-faire, notamment en imposant le plus souvent aux investisseurs étrangers un actionnaire local à parts égales ou presque, voire majoritaires (comme le font de nombreux pays d’Asie et du Moyen-Orient). Ce qui, en plus, permet de fixer davantage de bénéfices sur le sol national.

Je ne peux d’ailleurs que me réjouir de voir de plus en plus d’étudiants africains dans les universités et grandes écoles des pays du Maghreb, où ils pourront alors voir qu’l est tout à fait possible - et nécessaire - de rejeter cette mondialisation sauvage que certains souhaitent imposer. Rien n’empêche les pays africains de le faire, contrairement à ce que certains prétendent. Enfin, je salue également la tenue du tout premier forum économique algéro-africain, en décembre dernier à Alger. Ceci est une bonne initiative, de la part d’un pays qui n’est autre que le plus grand pays du continent, et qui est, rappelons-le encore une fois, bien plus grand que ce que l’on peut penser en observant la majorité des cartes géographiques en circulation, le plus souvent basées sur la protection de Mercator. Très déformatrice, celle-ci nous montre une Afrique deux fois plus petite que sa taille réelle, et une Algérie trois ou quatre plus petite que le Groenland, alors qu’elle est 10% plus étendue.


Question 6 : Actuellement, les sociétés civiles de nombreux pays africains francophones militent pour la suppression du Franc CFA, arguant que cette monnaie plombe leur développement. Qu’en pensez-vous ?

Tout d’abord, je tiens à rappeler qu’étant moi-même pour la sortie de France de la zone euro, je ne peux qu’avoir le plus grand respect pour ceux parmi nos frères africains qui souhaitent également sortir de la zone Franc, afin de retrouver une pleine souveraineté (qui peut, par exemple, et comme pour la France, être nécessaire dans le cas où l’euro serait durablement trop fort par rapport au dollar). Que cela soit bien clair.

Le franc CFA est un sujet très vaste qu’il est impossible de traiter en quelques lignes, d’autant plus qu’il y a beaucoup de désinformation sur le sujet. Cela ne fera donc qu’allonger davantage cet entretien…Tout d’abord, il faut savoir que la zone franc (Comores incluses) concerne 15 pays dont seulement 14 des 22 pays francophones d’Afrique subsaharienne. Parmi ces 15 pays, deux n’ont jamais été des colonies françaises, à savoir la Guinée-Bissau et la Guinée équatoriale qui ont librement choisi d’adhérer à cette monnaie unique bien après leur indépendance. De plus, les pays membres sont parfaitement libres de rester dans cet espace ou d’en sortir, comme l’ont déjà fait certains pays peu après leur indépendance, ou encore le Mali qui en était librement sorti en 1962 avant d’y adhérer de nouveau en 1984.

En plus de ces éléments qui ne sont presque jamais cités, d’autres faits partiellement ou totalement inexacts sont souvent mis en avant. Par exemple, on reproche au franc CFA d’être imprimé en France (ce qui est vrai), mais sans dire que le fait d’imprimer sa monnaie à l’étranger concerne 42 des 49 pays d’Afrique subsaharienne, comme la Guinée, ancienne colonie française qui la fait imprimer en Angleterre, et la Zambie, ancienne colonie britannique et qui la fait imprimer en France et en Allemagne. On lit souvent aussi que le franc CFA oblige les pays membres à emprunter auprès de marches financiers à des taux élevés, mais sans dire que c’est la même chose pour les autres pays africains, qui doivent même souvent payer des intérêts encore plus élevés vu qu’ils ne bénéficient pas, entre autres, de la réputation de stabilité que confère le franc CFA. Autre exemple, on présente régulièrement l’arrimage du franc CFA à une monnaie étrangère comme étant une anomalie à notre époque, mais sans dire que c’est également le cas d’environ 55 autres pays à travers le monde, dont certains sont développés.

Mais on reproche surtout à cette monnaie unique le fait qu’elle implique que les pays membres doivent déposer 50% de leurs réserves en devises auprès du Trésor français, en prétendant que cela les prive de la moitié de leur devises et que cela les empêche alors de se développer. S’il est vrai que les pays de la zone franc doivent déposer au moins 50% de leurs réserves en France, en tant que garantie afin que soit assurée la convertibilité illimitée du franc CFA, tout le reste de l’analyse est absolument incorrect. Tout d’abord, il faut savoir que la partie des devises déposée en France a toujours déjà été préalablement réinjectée en équivalemment franc CFA auprès des banques qui avaient reçu ces devises de la part des entreprises exportatrices. En plus de cela, il faut également et surtout savoir que tous les pays du monde disposant de leur propre monnaie mettent toujours de côté une partie importante de leurs réserves en devises, d’une part par sécurité en cas de coup dur, et d’autre part pour pouvoir agir sur le taux de change de leur monnaie. Ceci est donc valable pour tous les autres pays africains, et même pour les grands pays. A titre d’exemple, plus de 35% des réserves de change de la Chine étaient placées au Etats-Unis fin 2016, soit environ 1100 milliards de dollars placés sous forme de Bons du trésor américains (auxquels s’ajoutent d’autres milliards ailleurs dans le monde). Autre exemple, dans un registre légèrement différent, l’Allemagne vient d’annoncer que 52,1% de son stock d’or était placé à l’étranger fin 2016, dont les deux tiers auprès de la Banque centrale américaine. Celui qui prétendrait que les Etats-Unis ont donc « pillé » le tiers des réserves en devise ou en or de la Chine et de l’Allemagne pour les empêcher de se développer serait immédiatement traité d’ignorant.

 


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Par conséquent, il est clair que si les pays ayant le franc CFA devaient choisir de le remplacer par leur propre monnaie, ou par une autre monnaie panafricaine, cela ne changerait absolument rien à ce niveau. Par ailleurs, ceux qui considèrent que la France s’enrichit grâce au franc CFA, ne disent jamais que le PIB total des pays de la zone franc (c’est-à-dire l’ensemble des richesses produites en un an, dont une partie seulement est exportée contre devises) ne représente encore que 5% du PIB de la France. Celle-ci rémunère d’ailleurs, et sous forme d’intérêts, les dépôts effectués auprès d’elle par les pays africains. Le seul point qui peut alors être soulevé est de savoir si cette rémunération est intéressante ou non par rapport à ce que rapporteraient d’autres placements. Mais tout en sachant alors que cela que cela ne porte, au final, que sur des sommes insignifiantes et qui, en plus, doivent être comparées aux avantages de cette monnaie unique. Parmi ces avantages, on peut notamment citer la plus grande solidité financière qui caractérise les pays concernés, ce qui leur a évité de dévaluer massivement leur monnaie et, à cette date, de recourir à l’aide financière d’organisations internationales. Et ce, à l’inverse de bien d’autres pays du continent dont la monnaie s’est effondrée ces deux dernières années, et qui ont de nouveau eu besoin d’emprunter massivement auprès du FMI ou de la Banque mondiale.

Enfin, et avant d’adopter une position définitive sur le franc CFA, frein ou non au développement des pays concernés, il convient de voir et de comparer les performances économiques. Or, ce sont justement le pays de la zone CFA qui réalisent globalement les meilleurs taux de croissance du continent, et même depuis les premières années de leur indépendance (hormis quelques périodes, notamment à la fin de la dernière décennie lorsque l’euro était excessivement fort par rapport au dollar). Ceci a justement permis à ces pays de rattraper le retard initial qui était le leur, car il ne faut pas oublier que le Royaume-Uni avait conquis les territoires les plus riches en ressources naturelles ainsi que les terres les plus fertiles d’Afrique subsaharienne.

Au passage, rappelons que la majorité des pays africains subsahariens n’ayant pas le franc CFA souffrent d’une dollarisation très poussée de leur économie, puisqu’une grande partie des transactions réalisées entre nationaux se font en dollars, par refus de la monnaie nationale. Ce qui rend illusoire leur souveraineté monétaire, et surprend bien des voyageurs européens ou maghrébins. Mais si le franc CFA a donc été objectivement une bonne chose sur les dernières décennies, il n’est en revanche pas certain qu’il en soit toujours ainsi, au fur et mesure du développement des pays concernés. Développement qui lui-même sera probablement assez hétérogène, et qui pourra alors conduire aux mêmes problèmes que connaissent actuellement de nombreux pays européens avec l’euro.

Pour terminer, c’est aux pays et aux peuples concernés par le franc CFA de décider souverainement de son avenir. Nous n’avons pas à faire de l’ingérence en la matière. Mais encore faut-il que les partisans et les opposants s’appuyant sur des données exactes, ce qui est souvent très loin d’être le cas. De plus, cela devrait se faire dans un climat serein, sans que soient systématiquement accusés les partisans de cette monnaie (plus nombreux qu’on ne le pense) d’être à la solde de la France. Car l’on pourrait également faire la même chose dans l’autre sens, en demandant à l’autre camp les raisons de son hostilité au franc CFA : est-ce par honnête intellectuelle et par souci de souveraineté, ou à cause d’éventuels liens directs ou indirects avec d’autres puissances cherchant à affaiblir la France dans la région ? Enfin, il est d’autant plus important de s’appuyer sur des éléments exacts que les données incorrectes circulant régulièrement sont souvent de nature à semer la haine contre la France, et plus globalement contre les pays du Nord, avec des conséquences parfois tragiques. A terme, ce genre de campagne de désinformation pourrait également concerner les pays du Maghreb au fur et à mesure de leur montée en puissance en Afrique subsaharienne.

Une chose demeure en tout cas certaine : avec l’émergence d’une jeune élite africaine au niveau d’instruction très élève, les pays africains de la zone CFA sont plus que jamais capables d’avoir et de gérer habilement leur propre monnaie nationale. A eux de peser le pour et le contre, sans aucune ingérence étrangère, d’où qu’elle vienne. Si certains devaient opter pour une monnaie nationale, ils pourront alors certainement s’appuyer, entre autres, sur l’expérience et l’expertise des pays du Maghreb.
 
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