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Culture des Pygmées de Centrafrique

Par Yvan B./Source lamediatheque.be - 26/08/2010

Entre stylisme et déperdition

 

chantefable, récit à caractère symbolique où alternent parties chantées et parties parlées. Ces contes sont théâtralisés et si leur fonction principale semble être un certain divertissement, ils n’en contiennent pas moins une sorte de morale par l’exemple. Ils sont éducatifs, transmission orale du savoir collectif, fleurons de la littérature orale. La nature et les animaux y sont personnalisés en un symbolisme qui nous paraît hermétique mais qui est évident pour les Pygmées. Certaines fables sont des apologies de la volupté, avec texte à double sens et symbolisme profond, auxquels les Pygmées eux-mêmes n’ont accès que progressivement, avec l’âge. Parfois, ces fables sont non seulement chantées et racontées mais également mimées. Le disque Rounder consacré aux Pygmées Ba-Benzélé en présente plusieurs exemples ainsi que d’excellentes photos du conteur. Ces récits offrent une place importante aux animaux et à leurs comportements amusants. Le conteur se promène allègrement dans le récit, ne suivant pas nécessairement le déroulement chronologique des événements, déjà connu de tous. Il y découpe, à son gré, les moments les plus significatifs, laissant l’imagination des spectateurs combler les intervalles. Le travail du narrateur est constamment soutenu et encouragé par l’auditoire formant le chœur, à la fois spectateur et participant, exactement comme dans le théâtre grec.

 


© fluctuat.net
Pochette d'un cd de musique traditionnelle pygmée
Enfin, les chants associés aux rituels de divination trouvent une place privilégiée dans la musique des Pygmées. Au cours de ces cérémonies, le personnage central est le guérisseur, le devin. Il verra, par exemple dans le feu, la maladie de son patient, ainsi que les remèdes nécessaires. Il peut également être investi de la tâche de découvrir le coupable d’une mort suspecte. C’est éventuellement dans l’eau qu’il verra les signes à interpréter. Au cours du rituel, il est fréquent qu’un changement de personnalité s’opère dans le chef du sorcier danseur. Il devient dieu, animal sacré, ancêtre… La musique est donc présente dans la vie pygmée, à travers toutes ses manifestations. Elle rythme la vie, de la naissance à la mort. Des berceuses aux chants pour enfants, des chants de chasse et de travail aux chants rituels, c’est toute la vie qui s’organise en polyphonies et jamais on ne chante à l’unisson, comme si, dans le labeur quotidien, chacun devait avoir une tâche distincte, contribuant ainsi personnellement et spécifiquement à l’édifice social et économique commun. Et, quand surgit la mort, c’est un autre rituel émouvant qui se met en place. Tous les membres de la communauté se rassemblent autour du cadavre et entonnent le poignant Boyiwa (chez les Aka), chant purement vocal sans le moindre accompagnement d’instrument ou de battements de mains. Et lorsque le cadavre aura été mis en terre, le campement dansera sur les musiques de funérailles destinées à redonner le goût de la vie aux proches du défunt.

 


© wordpress.com
Image d'illustration
Les peuples pygmées occupent une partie de la forêt équatoriale couvrant le Gabon, le Cameroun, la République centrafricaine, le Zaïre et le Congo. Les principaux groupes sont les Aka (Centrafrique), les Ba-Benzélé (Centrafrique et Cameroun), les Ba-Binga (Zaïre et Cameroun), les Ba-Twa et Mbuti de la forêt Ituri (Zaïre), les Bibayak (Gabon, Cameroun). Ces divisions sont extrêmement simplifiées dans la mesure où, d’une part, certains de ces groupes ne sont pas aussi distincts des autres et que, d’autre part, les répartitions géographiques ne sont évidemment pas limitées par les frontières. Ils vivaient de chasse et de cueillette, se déplaçant sans cesse à la recherche de gibier. Depuis plus ou moins vingt-cinq ans, leur vie a fortement changé: certains ne restent plus dans la forêt que pendant la saison des pluies. La saison sèche les voit s’installer en lisière, à proximité des villages africains avec lesquels ils opèrent des échanges: trocs de viande contre des armes, des métaux, etc. Ils sont souvent liés à des populations de grands Noirs dans un système de dépendance qui peut également être considéré comme une répartition ou division officielle du travail. Les Pygmées chassent dans la forêt qu’ils connaissent et demeurent ainsi semi-nomades. Ils échangent cette viande contre des objets métalliques qu’ils ne peuvent fabriquer, ne disposant pas de forges. Leur économie et leur culture sont cependant bouleversées puisqu’ils doivent produire pour une demande extérieure, plus insatiable que la leur. Leurs techniques de chasse et le gibier traqué ont donc dus être adaptés et chacune des modifications a entraîné des changements dans leurs rituels et autres pratiques culturelles. Faut-il en déduire qu’ils sont en danger, que leur civilisation risque de s’effondrer ? Les dangers sont certainement différents selon les endroits. Il faudra protéger la forêt pour protéger les Pygmées et protéger ceux-ci pour protéger la forêt!!
 
MOTS CLES :  Pygmées   Aka   Musique   Disparition 

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