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Centrafrique: une reforme en manque de consensus

Par Centrafrique Presse Info - 08/05/2017

Bien que tous les discours officiels parlent de réforme de l’armée, il n’y a pas d’accord sur le paradigme de la reformation des FACA.

 

Bien que tous les discours officiels parlent de réforme de l’armée, il n’y a pas d’accord sur le paradigme de la reformation des FACA.

Refaire l’armée avec qui ?

Le premier désaccord porte sur la composition de l’armée. Dès la transition, un préalable a été posé et accepté en apparence. Le 11 novembre 2014, le Groupe international de contact (GIC) réuni à Bangui a « demandé aux autorités centrafricaines d’engager au plus tôt, le processus de refonte des FACA en vue de mettre en place une armée professionnelle, équilibrée et représentative, y compris l’adoption des mesures d’absorption des éléments des groupes armés répondant à des critères de sélection rigoureux ainsi que d’autres mesures concernant la reconversion d’une partie des FACA » 16. La vision des membres du GIC pour la future armée était celle d’une armée de compromis entre les groupes politico-militaires et le gouvernement, c’est-à-dire d’une armée qui reflète la situation du rapport de force où les groupes armés ne peuvent renverser le gouvernement/forces internationales et où ces derniers ne peuvent les neutraliser.

Par ailleurs, la reformation de l’armée centrafricaine était conçue comme un double mouvement d’intégration (pour certains miliciens) et de démobilisation (pour certains FACA).

Ainsi, dès 2014, le paradigme de la reconstitution de l’armée centrafricaine était lié au programme de Désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) pour les groupes armés. L’accord signé le 8 mai 2015 au Forum de Bangui par les groupes armés posait les grands principes de cette intégration : progressive, sur une base individuelle, après un vetting17 et dans le respect de « critères de professionnalisme et d’équité, visant à la reconstitution d’institutions sécuritaires républicaines18 ». En 2016, la stratégie nationale de DDR a confirmé cette option tout en restant vague sur les capacités et les critères d’intégration19.

En effet, les groupes armés de l’ex-Seleka ont fait de leur intégration dans les forces de sécurité, et plus particulièrement dans l’armée, une revendication non-négociable en développant un argumentaire sur l’injustice à l’égard des musulmans centrafricains et leur faible représentation dans les services de sécurité20. Ne voulant pas entériner une certaine victoire de l’ex-Seleka, les autorités de la transition ont été très réservées, si ce n’est hostiles, à l’idée d’intégrer les ennemis d’hier dans ce qui est perçu comme le centre névralgique du pouvoir par tous les Centrafricains.

Cette hostilité est encore partagée par une grande partie du gouvernement, les FACA et surtout la population non-musulmane mais cette opposition n’a pas été assumée politiquement. Publiquement, les autorités de la transition et les autorités actuelles ont toujours souscrit au principe d’une passerelle entre le DDR et les services de sécurité mais, en privé, elles minorent le nombre de miliciens qui pourraient être intégrés et, jusqu’à présent, elles laissent perdurer le flou sur ce nombre. Un malentendu fondamental entoure donc le DDR : pour la population et le gouvernement, le DDR signifie le désarmement des miliciens et leur réintégration dans la vie civile ; pour les miliciens, il signifie leur recrutement massif dans l’armée21.

La capacité d’absorption de nouveaux effectifs est aussi un sérieux problème. D’une part, l’armée centrafricaine n’est plus une institution publique en tant que telle, c’est-à-dire une organisation capable de gérer du personnel22. D’autre part, l’entrée de miliciens musulmans dans l’armée est censée être possible grâce à la sortie des FACA trop âgées.

L’analyse des effectifs par l’Union européenne (UE) et les Nations unies a révélé qu’environ 800 militaires devraient être mis à la retraite. Cela permettrait de rajeunir les effectifs alors que la moyenne d’âge est élevée, ce qui pose un problème de « réformabilité » du personnel militaire et de portage de la réforme de l’armée. Le vieillissement du corps des officiers supérieurs réduit, en effet, les chances d’adhésion à la réforme. Bien que nécessaire, le changement de la structure générationnelle par la mise à la retraite est incompatible avec les réalités de l’administration centrafricaine.

Elle va à l’encontre de la surreprésentation des Gbaya dans l’armée – alors que les loyautés bozizistes jouent encore dans les rangs — et remet surtout en cause le revenu de ceux qui seraient pensionnés.

Outre la réticence à l’égard d’un programme de retraite qui s’explique aisément par l’âge des officiers supérieurs, le vetting mis en avant par le Conseil de sécurité des Nations unies risque d’être un autre obstacle à la recomposition des effectifs de l’armée. Justifié par les abus commis dans les deux camps, le vetting doit concerner à la fois les membres des groupes armés et des services de sécurité23. Une commission de vérification vient de se mettre à l’oeuvre pour la police et la gendarmerie mais les critères pour les militaires et ceux qui aspirent à l’être restent flous. Au-delà des critères, la mise en oeuvre d’un vetting risque d’être délicate car certains auteurs d’exactions occupent des postes de responsabilité dans le nouveau régime ou font partie de la clientèle de politiciens24. De ce fait, la mise en retraite et le vetting, qui sont nécessaires pour les internationaux, constituent des risques politiques pour le gouvernement si on en juge par les récentes rumeurs de projets de mutinerie dénoncés par les autorités.

Combinées à l’absence de pression militaire ou judiciaire sur les groupes armés, les divergences de vues sur le DDR expliquent qu’il fasse du sur place depuis la signature de l’accord en 2015 malgré de nombreuses et répétitives réunions.

 

 
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