DéBATS & OPINIONS  |     KIOSQUE  |    

"De l'ineptie d'un dialogue postélectoral aux relents néocolonialistes"

Par centrafriquenligne.com - 15/05/2011

Après un dialogue politique inclusif, un dialogue préélectoral, faudra-t-il en passer en République Centrafricaine par un dialogue postélectoral?

 

Tel est bien le scénario qui se profile à l'horizon. En effet, ces derniers jours, l'ambassadeur de l'Union Européenne en RCA, le français Guy Samzun a rencontré le Président François Bozizé pour lui demander d'organiser un dialogue postélectoral regroupant toutes les forces vives de la nation. Cette requête, initiée par la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires Etrangères, la britannique Catherine Ashton, découle d'un rapport de l'UE remettant en cause la validité des dernières élections. Pourtant, à Bangui, l'imposition d'une énième concertation par une puissance occidentale cause beaucoup de remous et d'aucuns vouent déjà aux gémonies cette ingérence d'un nouveau genre. Et pour cause...

En effet, beaucoup de questions restent en suspens quant à la légitimité de l'Union Européenne pour exiger un tel dialogue. La principale concerne la validité du rapport publié par les instances de Bruxelles, très critique à l'encontre du régime en place. Il convient ici d'interroger nos lecteurs, qui auront sans aucun doute beaucoup plus de sens pratique que nous: comment l'Union Européenne peut-elle évaluer les fraudes commises lors des derniers scrutins, alors qu'elle n'a même pas envoyé un observateur sur le terrain? Plus encore, de quel droit ce groupement de 27 pays exprime-t-il son opinion sur ce sujet, alors qu'il n'a même pas honoré ses engagements financiers vis-à-vis de ces mêmes élections (à hauteur de près de 10 millions d'euros)? Pour raisonner par l'absurde, que dirait-on, si, en 2012, François Bozizé exigeait de Nicolas Sarkozy qu'il organise un dialogue postélectoral pour pallier aux fraudes qu'il aurait commise pendant la présidentielle contre Dominique Strauss-Kahn?

 


© centrafriquenligne.com
Les allégations émises par l'Union Européenne ne relèvent d'aucune légitimité juridique, d'aucune enquête sérieuse, encore moins d'un quelconque fondement moral, si ce n'est d'un néocolonialisme des plus primaires. L'institution supranationale ferait mieux de se préoccuper de ses affaires intérieures, qui se révèlent déjà assez déplorables pour ne pas s'immiscer dans celles des autres. Prévarication en Italie, hégémonie de la mafia en Bulgarie, endettement incommensurable au Portugal et en Grèce, immigration massive aux portes de l'Europe, montée de l'extrême-droite en France... Quoi qu'il ne soit, les écuries d'Augias européennes semblent déjà assez vastes pour remplir largement les agendas de Madame Ashton et de Monsieur Von Rompuy.

Pour revenir au cas de la République Centrafricaine, la nécessité d'un nouveau dialogue reste des plus discutables. En effet, inutile de rappeler ici que la démocratie, pour reprendre l'expression consacrée du Président américain Abraham Lincoln, est «le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple». Si un dialogue postélectoral doit s'organiser, il doit résulter de la volonté du peuple, et non d'une instance dont le siège est situé à 6000 kilomètres de Bangui. Or, en l'occurrence, rien, absolument rien. Dans les rues de la capitale, aucune manifestation de mécontentement, aucun signe de protestation. Le peuple dans son ensemble semble même soulagé que le nouveau gouvernement ait été nommé et puisse enfin de se mettre au travail, fidèle à la devise du «Kwa na Kwa» (le travail, rien que le travail en langue sango) pour laquelle le Président Bozizé a été réélu avec 64 % des voix dès le premier tour. Car, à force de dialogues intempestifs et vides de sens, c'est autant d'argent et sueur qui ont été gaspillés au détriment des vrais problèmes des centrafricains: logement, éducation, sécurité, santé... Enfin, pour conclure notre argumentaire, n'oublions pas de préciser que le Président Bozizé s'est toujours révélé homme de dialogue et qu'il n'a jamais fermé la porte à ceux qui exprimaient leur intention de rentrer dans la grande bergerie, à l'image des récents ralliements des Ministres Mandaba et Koyaméné.

 

Alors, en définitive, quelle signification exacte donner à l'exigence de l'Union Européenne, si ce n'est une des plus politiques? Première constatation: l'ambassadeur de l'UE en RCA, Guy Samzun, appartient au corps diplomatique français, dont l'Afrique Centrale reste la chasse gardée depuis les indépendances. Comme son prédécesseur, Jean-Claude Esmieu, il ne s'est jamais montré avare de critiques envers le gouvernement légitime de Bangui, et ce malgré son prétendu devoir de réserve. Tandis qu'Idriss Déby truque allégrement les élections au Tchad avec la bénédiction du Quai d'Orsay, une pression constante est exercée sur la République Centrafricaine, où la France conserve encore de nombreux intérêts (uranium notamment). Si l'on suit ce raisonnement, l'exigence de dialogue de Guy Samzun ne serait qu'un élément de plus destiné à maintenir sous la coupe des occidentaux le pays de Barthélémy Boganda. Pourtant, nous n'émettons ici qu'une supposition, méritant sans doute d'être approfondie. Quoi qu'il en soit, ni la France ni l'Europe ne semblent en mesure de se poser en donneurs de leçons vis-à-vis de la jeune démocratie centrafricaine. Il est donc permis aux centrafricains ainsi qu'au gouvernement de François Bozizé de s'ériger en contempteurs de l'exigence européenne et d'offrir à la République Centrafricaine la liberté dont elle aurait dû toujours disposer.
 
MOTS CLES :

0 COMMENTAIRES

Afficher tous les commentaires | Poster un commentaire

POSTER UN COMMENTAIRE

Identifiez- vous : pseudo* e-mail
Titre du commentaire
votre commentaire
Etre prévenu par email quand une réponse est faite
Ne cochez oui que si vous voulez recevoir des mails en cas de réponse sur ce sujet et que vous avez saisi votre mail
Je reconnais avoir pris connaissance des conditions d'utlilisation

POLITIQUE

SPORTS

ECONOMIE & BUSINESS

DOSSIERS

Culture & Loisirs

Société

Débats & Opinions

Personnalités

A savoir

  • Les opinions et analyses présentées dans cette rubrique n'engagent que leurs auteurs et nullement la rédaction de Journaldebangui.com
  • Journaldebangui.com n'est pas responsable des affirmations qui y sont présentées et se réserve le droit de modifier ou de retirer un article qui diffamerait, insulterait ou contreviendrait au respect des libertés publiques

Agenda - événements

Lancement du Africa CEO Forum 2015
Tous les événements

TOUT L'UNIVERS JOURNALDEBANGUI.COM

DOSSIERS

Dossiers

L'INTERVIEW

Interview

COMMUNIQUES OFFICIELS

Communiqués