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Simha Arom: «La polyphonie vocale des Pygmées est unique»

Par Yvan B./Source Libération - 25/08/2010

Entretien avec le musicologue à la sortie de son livre "La fanfare de Bangui"

 

Simha Arom est musicien, au cours d'un périple en Centrafrique, il découvre des musiques extraordinaires, notamment celle des Pygmées. Entretien de questions réponses avec des lecteurs, suite à la sortie du livre La fanfare de Bangui.

Les peuples Pygmées ont beaucoup souffert des guerres au Congo Kinshasa et dans les autres pays d'Afrique centrale, comment voyez-vous leur situation aujourd'hui?
Sur le Congo, c'est difficile de vous répondre, j'ai surtout travaillé en Centrafrique. Effectivement, au Congo, au sud de Lubangi, il y a un groupe de Pygmées Aka, ce sont les mêmes Pygmées Aka, qu'en Centrafrique. En Centrafrique, par rapport à d'autres groupes Pygmées, ils ne sont pas trop mal lotis. On les laisse relativement en paix. Quand on les embête vraiment, ils ont toujours le recours de retourner dans la forêt profonde, et là, personne ne va les suivre. Aucun de ce qu'on appelle les Grands noirs n'osent s'aventurer dans la forêt sans son Pygmée.

Vous avez aussi, je crois, travaillé sur les musiques de Grèce. Le rebetiko, cette musique si envoûtante, a connu une renaissance il y a une vingtaine d'années. Pourquoi a-t-il quasiment disparu aujourd'hui, en tant que musique vivante?
J'ai travaillé sur les musiques grecques dans les années 80/90. Depuis, je n'y suis pas retourné, je ne sais pas ce qu'il en est aujourd'hui.

Vos études ont eu une influence importante dans l'évolution d'un compositeur comme Ligeti. Pensez-vous qu'une collaboration entre ethnomusicologues et créateurs offre une issue possible à l'impasse de la musique savante européenne?
Il y a deux aspects dans votre question. Vous considérez qu'il y a une impasse dans la musique contemporaine, ce n'est pas un avis unamine. Cela étant, il est certain que l'apport des ethnomusicologues pour la création musicale contemporaine est considérable. Elle permet aux compositeurs d'aujourd'hui de prendre connaissance des principes structurels de la musique, ce que la musique occidentale ignore encore.

Tout d'abord merci pour votre travail passionnant! La musique des Pygmées Aka est-elle menacée par la «mondialisation»?
En d'autres termes, ne peut-on pas craindre que cette culture perde son originalité par le contact avec le monde extérieur? Oui, malheureusement, sur une quarantaine d'années cette déperdition est tout à fait sensible.

 


© mespercussions.net
Images d'archive de Simha Arom (de dos)
Quand, en 1963, on vous a demandé de partir «sur le champs», pendant un an, pour monter une fanfare à Bangui, vous avez pris ça comment?
J'ai soigneusement évité de créer cette fanfare! Au lieu de cela, j'ai créé un choeur qui chantait les chants traditionnels des différentes ethnies centrafricaines. Par la suite, j'ai créé le Musée national Boganda, dans le cadre duquel j'ai commencé une collecte systématique des musiques traditionnelles de ce pays.

Etes-vous intéressé par d'autres musiques traditionnelles que celles de l'Afrique, lesquelles?
Je suis intéressé par beaucoup de musiques, en particulier celles des Balkans, à cause des formules rythmiques particulières que l'on nomme Aksak. Et bien d'autres...

Aujourd'hui, il existe beaucoup d'enregistrements de musiques traditionnelles africaines, que me conseilleriez-vous?
Justement, il en existe tant. Le seul conseil que je pourrais donner c'est de vérifier, avant d'acquérir des CD, s'il s'agit bien de musiques vraiment traditionnelles.

Face à «l'impasse» de la musique savante, pensez-vous qu'une nouvelle voie puisse s'ouvrir pour les compositeurs occidentaux grâce aux musiques, telles que celles vous avez découvertes en Centrafrique?
Certainement, des compositeurs comme Ligeti, Luciano Berio, mais aussi Steve Reich s'en sont largement inspirés.

Avez-vous fait écouter aux Pygmées Aka de la musique occidentale? Qu'en ont-ils pensé?
Oui, je leur j'ai souvent fait entendre la musique occidentale, ceux- ci m'ont répondu:C'est bien, toi, tu as ta musique. Nous, nous avons la nôtre. Ce qui veut tout dire, ils respectent la musique des autres, mais ça ne les intéresse pas.

A quel genre de musique occidentale ressemble la musique des Pygmées Aka?
A aucune. La polyphonie vocale des Pygmées est unique, tant par sa complexité, que par sa beauté.

Avez-vous fait une rencontre mystique avec l'Afrique?
Il y a tant d'aspects mystiques en Afrique que c'est difficile de répondre. Ça mériterait des développements extraordinaires.

 
MOTS CLES :  Livre   Pygmées   Arom 

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  • Simha Arom a été l’un d’eux pendant plus de quarante années de recherche – un parcours singulier qu’il raconte avec talent dans son dernier livre La fanfare de Bangui. Itinéraire enchanté d’un ethnomusicologue (La Découverte, 2009). En 1963, alors corniste au sein de l’orchestre symphonique de la radio nationale israélienne, celui-ci se voit proposer par le ministère des Affaires étrangères de partir en Centrafrique. En effet, le président du nouvel État, indépendant depuis peu, veut se doter d’une fanfare nationale et il cherche un expert pour former les jeunes Centrafricains. Il n’y aura jamais de fanfare… mais cet événement a joué un rôle de déclencheur pour S. Arom, qui lors de ce périple africain se découvre une nouvelle vocation: l’ethnomusicologie. La plupart des musiques d’Afrique subsaharienne sont faites de variations à partir de motifs mélodiques qui se répètent de manière régulière. Ce sont des chants à une ou plusieurs voix, complétés par un accompagnement polyrythmique d’instruments de percussion (tambours, hochets, grelots). En Centrafrique où S. Arom a travaillé, les notes utilisées sont le plus souvent issues d’une gamme à cinq notes, dite pentatonique (pour aller vite, cette gamme correspond aux touches noires du piano) et anhémitonique (elle ne possède pas l’intervalle de demi-ton). Parmi la diversité des patrimoines musicaux africains, S. Arom a choisi de consacrer une grande partie de ses recherches aux chants polyphoniques des Pygmées, dont la beauté et la sophistication l’avaient grandement captivé.

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