DOSSIERS  |     DOSSIERS+  |     FORUM BRAZZAVILLE  |    

Fascinante musique pygmée

Par Régis Meyran - 25/08/2010

Trois questions à... Simha Arom

 

Il a fallu plusieurs années à l’ethnomusicologue Simha Arom pour décrypter la sophistication et les usages raffinés de la musique des Pygmées, qu’il a découverts lors d’un périple en Centrafrique. Décrypter la musique africaine n’est pas une mince affaire ! Pour l’auditeur européen, il est difficile de s’y retrouver dans ces rythmes et mélodies complexes qui ne ressemblent en rien à nos airs traditionnels. C’est pourquoi ces musiques fascinantes sont devenues un terrain de prédilection pour les ethnomusicologues, qui n’ont pas hésité à délaisser le confort moderne des villes pour se rendre dans les villages africains les plus reculés.

Quel cheminement vous a amené à découvrir la musique des Pygmées
de Centrafrique ?

Jeune musicien classique, arrivant en Centrafrique en 1963, j’ai eu l’occasion de découvrir la musique d’un groupe pygmée qu’on avait fait venir à Bangui, la capitale, à l’occasion de la fête de l’indépendance. Cette musique m’avait profondément ému et avait suscité ma curiosité scientifique, étant donné son aspect particulièrement complexe. J’obtins du président de l’époque un blanc-seing pour créer un musée des arts et traditions populaires à Bangui, où je pourrais réunir des instruments, des parures de danse et des enregistrements sonores des musiques traditionnelles des différentes ethnies du pays. Je décidai alors de partir sur le terrain et allai séjourner chez les Pygmées Mbenzélé, à 600 km de Bangui. Là, j’ai commencé à enregistrer sur magnétophone ce qu’ils voulaient bien me chanter : je découvris ainsi la richesse de leur polyphonie et de leur polyrythmie. Plus tard, en 1971, j’ai choisi un groupe pygmée plus proche de Bangui, les Akas, qui n’avaient jamais été étudiés. J’ai trouvé là un grand campement, au sein duquel tout le monde était musicien : depuis, j’y suis revenu régulièrement pratiquement chaque année, jusqu’en 2000.

 


© sangonet.com
Simha Arom
Comment caractérisez-vous la musique pygmée ?
Le patrimoine musical pygmée est divisé en catégories distinctes, dont chacune est exclusivement liée à une circonstance précise de la vie en société, par exemple, les chants avant le départ à la chasse ou le chant pour bercer un enfant. J’ai alors entrepris de répertorier toutes ces catégories, leurs noms, leur nombre et leur contexte d’utilisation. Il s’agissait aussi de répondre à des questions relevant de la sémiologie musicale : peut-on établir une grammaire de ces musiques ? L’autre aspect de ma recherche était plus anthropologique : comment articuler chaque chant avec le contexte culturel et social ? Cette musique, orale et collective, réalisée sans chef et sans partition, qui se transmet de génération en génération, est très sophistiquée. J’ai découvert qu’il existait en général quatre parties chantées distinctes qui s’entremêlaient en un contrepoint extrêmement dense. Chaque chanteur choisit sa partie, mais est libre en cours de route de l’abandonner pour en reprendre une des trois autres : songez qu’il m’a fallu plusieurs années pour comprendre cela, c’est dire combien cette musique nous est difficile d’accès ! Par ailleurs, un même chant n’est jamais réalisé deux fois de façon identique, tant l’art de la variation, à partir d’une épure relativement simple, est développé.

Il y a un aspect « cognitif » dans vos recherches…
Toute la difficulté pour moi a été de rechercher ce qui constituait la référence mentale du chant, c’est-à-dire une épure, un modèle simplifié que tous les musiciens devaient avoir en tête, qu’aucun ne chantait jamais tel quel, mais qui leur servait de référence commune, et à partir duquel chacun pouvait à l’envi construire des versions plus enrichies. En travaillant patiemment avec eux, j’ai réussi à mettre en évidence ces entités de base : quand les musiciens vous disent qu’ils ne peuvent plus rien enlever au morceau, c’est un moment de grande joie, car vous venez d’accéder à la quintessence du chant ! J’ai alors compris que c’était ainsi qu’on enseignait la musique aux enfants, en leur faisant mémoriser ces épures, qu’ils allaient par la suite apprendre à rendre plus complexes.
 
MOTS CLES :  Arom   Pygmées   Musique 

0 COMMENTAIRES

Afficher tous les commentaires | Poster un commentaire

POSTER UN COMMENTAIRE

Identifiez- vous : pseudo* e-mail
Titre du commentaire
votre commentaire
Etre prévenu par email quand une réponse est faite
Ne cochez oui que si vous voulez recevoir des mails en cas de réponse sur ce sujet et que vous avez saisi votre mail
Je reconnais avoir pris connaissance des conditions d'utlilisation

POLITIQUE

SPORTS

ECONOMIE & BUSINESS

DOSSIERS

Culture & Loisirs

Société

Débats & Opinions

Personnalités

Agenda - événements

Lancement du Africa CEO Forum 2015
Tous les événements

TOUT L'UNIVERS JOURNALDEBANGUI.COM

DOSSIERS

Dossiers

L'INTERVIEW

Interview

COMMUNIQUES OFFICIELS

Communiqués