CINéMA & THéâTRE  |     LIVRES  |     MUSIQUE   |     ARTS  |    

La cadence aka dansée

Par Natalie Levisalles/Source Libération - 20/08/2010

Simha Arom nous présente La Fanfare de Bangui

 

Simha Arom était corniste solo à l’orchestre symphonique de la radio israélienne. Il est devenu ethnomusicologue, spécialiste des Pygmées Aka et chercheur au CNRS. Aujourd’hui, à 78 ans, il publie la Fanfare de Bangui, où il raconte comment, alors qu’il s’ennuyait ferme en Israël, il a été envoyé en République centrafricaine pour y former une fanfare, on était en 1963. La fanfare ne voit jamais le jour, mais Simha Arom crée un chœur et un musée ethnologique. Et, surtout, il découvre les chants pygmées qui le bouleversent.Je sentais que leur musique venait du fond des âges, mais aussi, d’une certaine manière, du plus profond de moi-même. Il n’a éprouvé ça qu’une autre fois : en découvrant Bartók. Pour l’auditeur occidental confronté pour la première fois à la musique aka, explique-t-il, c’est un foisonnement inextricable, pourtant sous-tendu par une rigoureuse organisation rythmique et mélodique, une organisation qu’il mettra trente ans à décrypter. Il y a une chose presque miraculeuse dans ce livre : Arom arrive à nous faire comprendre des histoires de rythmique et d’échelle pentatonique, il arrive même à nous y intéresser.

Pour qui l’a vu, durant son séminaire, obliger ses étudiants à aller au bout d’une réflexion et les faire danser pour trouver le rythme (binaire ou ternaire ?) d’un air de candomblé, ce n’est pas si surprenant. Dans le livre, on le voit pénétrer la structure de la musique aka à l’aide d’une méthode qui associe enquête policière, bricolage de bouts de ficelles et immense ouverture à l’esprit de l’autre. Arom raconte ses recherches avec passion, humour et précision, il explique comment il fait frapper dans les mains pour trouver un rythme, comment il fait jouer les musiciens séparément pour trouver une ligne mélodique, comment il tâtonne et expérimente, équipé seulement d’un magnétophone et d’un casque audio. Il demande aussi aux anciens de contrôler l’interprétation des plus jeunes. Lorsque l’un deux «hochait la tête d’un air dubitatif, j’arrêtais l’enregistrement». C’est un plaisir de voir interagir l’intelligence d’Arom et celle des Pygmées, un plaisir de voir des hommes élevés dans des cadres culturels si étrangers se stimuler aussi naturellement que des scientifiques venus de deux universités différentes.Les musiciens acceptaient avec bonne humeur les demandes saugrenues du chercheur blanc, mais il était clair qu’ils comprenaient ce que je voulais, et que cela les faisait réfléchir.

 


© forward.com
Arom en activités avec les Pygmées
En passant, Arom parle des relations entre les Pygmées et les Grands Noirs auxquels ils appartiennent. Ou encore des Peuls, vassaux des Bariba, et de l’expédition qui l’a conduit chez eux. Le prince bariba qui règne sur la région tient à l’accompagner. Les voilà partis en voiture, le chambellan à l’arrière, sonnant d’une trompe nommée kakaki, le prince à l’avant, saluant majestueusement ses sujets, conduit par son chauffeur blanc. A l’arrivée chez les Peuls, Arom fait semblant d’enregistrer, réalisant qu’ils ne joueront pas vraiment leur musique devant le seigneur bariba, puis il demande discrètement à revenir pour les entendre jouer pour de vrai, une demande accueillie par une approbation unanime:Je sentis dans leurs regards l’étonnement de voir que j’avais compris la situation… Quelqu’un s’intéressait vraiment à leur musique et ils en furent touchés.

Le chercheur nous raconte aussi la visite de ses amis Aka en France et en Suisse. Sortant pour la première fois de leur forêt, passé quelques heures de confusion, ils comprennent vite l’emploi des clés magnétiques, des chasses d’eau et de la zappette. Quand ils déménagent de leur chic hôtel parisien à un plus modeste hôtel de Lucerne et qu’ils passent de la télé dans chaque chambre à une unique télé dans le salon,il ne fallut que quelques minutes pour que certains viennent se plaindre: "Comment ? Il n’y a pas de télévision dans ma chambre ?"
 
MOTS CLES :  Simha   Arom   Aka   Pygmées 

0 COMMENTAIRES

Afficher tous les commentaires | Poster un commentaire

POSTER UN COMMENTAIRE

Identifiez- vous : pseudo* e-mail
Titre du commentaire
votre commentaire
Etre prévenu par email quand une réponse est faite
Ne cochez oui que si vous voulez recevoir des mails en cas de réponse sur ce sujet et que vous avez saisi votre mail
Je reconnais avoir pris connaissance des conditions d'utlilisation

POLITIQUE

SPORTS

ECONOMIE & BUSINESS

DOSSIERS

Culture & Loisirs

Société

Débats & Opinions

Personnalités

Agenda - événements

Lancement du Africa CEO Forum 2015
Tous les événements

TOUT L'UNIVERS JOURNALDEBANGUI.COM

DOSSIERS

Dossiers

L'INTERVIEW

Interview

COMMUNIQUES OFFICIELS

Communiqués