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Centrafrique : des soldats français racontent le chaos de Sangaris

Par Centrafrique presse info - 30/09/2016

Cinq militaires comparaissent ce jeudi devant une cour militaire pour des violences commises en Centrafrique et témoignent des abus commis par les forces françaises

 

Cinq militaires comparaissent ce jeudi devant une cour militaire pour des violences commises en Centrafrique et témoignent des abus commis par les forces françaises et des carences de leur hiérarchie.

Pour l’Armée française, le cauchemar de Sangaris tarde à se dissiper. Cinq soldats et officiers comparaissent aujourd’hui devant un conseil militaire à Poitiers, pour des violences commises au cours de cette opération de sécurisation en Centrafrique, qui s’est achevée en juin dernier.

Au-delà des faits qui leur sont reprochés, leurs témoignages dévoilent la triste réalité de l’intervention française: pénurie de moyens, absence de hiérarchie, complicité passive face aux exactions commises par les troupes tchadiennes. Un an après la dénonciation par l’ONU des viols perpétrés par des casques bleus français sur des mineurs centrafricains, la "grande muette" est de nouveau éclaboussée par ces révélations embarrassantes.

Ces témoignages sont consignés dans un rapport d’enquête, menée au printemps dernier pour appuyer les poursuites disciplinaires à l’encontre des soldats. Le Parisien a révélé ce jeudi matin quelques extraits de ce document confidentiel.

Pénurie de matériel
Les faits remontent à début 2014: depuis le 5 décembre, les troupes françaises sont engagées en République centrafricaine pour mettre fin aux violences interreligieuses. Des affrontements sanglants opposent milices chrétiennes anti-balaka et rebelles musulmans de la Séléka. Les exactions se multiplient, la guerre civile confine au génocide. Les militaires du 2e Rima débarquent au milieu du chaos. Postés à l’entrée nord de la capitale, Bangui, ils se retrouvent aux premières loges des massacres.

"On est arrivés dans un pays en guerre civile et on est arrivés au moment le plus fort, raconte un soldat aux enquêteurs. Nous n’avions pas de couchage, pas de lits picots, pas de moustiquaires. On prenait les cartons des rations pour dormir dessus. Parallèlement à ça, on était menacés par la hiérarchie d’être punis en cas de paludisme."

Un seul véhicule blindé pour plusieurs dizaines d’hommes, alors que les combats de rue font rage. Les militaires improvisent et plaquent des gilets pare-balles sur leurs camions pour assurer un semblant de protection. Matériel vieillissant et inadapté, manque d’eau potable et de munitions, conditions d’hygiène déplorables, l’intendance peine à suivre ces petites unités dispersée à travers la ville. Des conditions matérielles dénoncées à plusieurs reprises par les soldats de retour chez eux.

Obligés de subir le feu de leurs alliés
"Au quotidien, c’était des embuscades, des mouvements de foule, maintien de l’ordre, des découvertes de cadavres (...). Chaque fois que l’on trouvait des cadavres ex-Séléka, on était obligés de monter la garde pour éviter que les anti-balakas, voire la population, les découpent et les mangent", raconte l’un des soldats.

Pour les militaires, la confrontation avec l’horreur est quotidienne. L’arrivée des soldats tchadiens ne fait qu’aggraver les choses. Le président Idriss Deby, premier allié de l’Élysée dans la région, a envoyé des troupes en renfort pour sécuriser la capitale. Mais, indisciplinées et en majorité musulmanes, elles ne tardent pas à se joindre aux exactions contre les civils.

L’un des officiers mis en cause évoque un "massacre de la population" et "au moins trente corps". Dans la confusion, les militaires français sont eux aussi pris à parti. Impossible de répliquer à ces ingérables frères d’armes: le commandement ne transmet aucun ordre. "J’étais obligé de poster les mecs en leur donnant l’ordre de ne jamais ouvrir le feu sur les Tchadiens. Nous n’avons jamais reçu de conduite à tenir du PC (NDLR : poste de commandement)."

Livrés à eux-mêmes, témoins d’atrocités quotidiennes, les "marsouins" flanchent peu à peu. "Face aux horreurs que l’on a vues là-bas, on a commencé à devenir agressifs", confesse ce même officier. Ils basculent à leur tour, en mars 2014: alors que l’opération s’achève, les cinq prévenus décident de ramener des baïonnettes gravées, en souvenir, et les commandent à un marchand local... qui s’enfuit avec l’argent avancé. Il est localisé et rattrapé par les militaires quelques jours plus tard.

Il est roué de coups, puis attaché à un arbre, les mains dans le dos, un sac en plastique sur la tête. Il ne sera libéré qu’au bout de plusieurs heures, par un officier qui le menace du bout de son fusil: "Si tu parles, ou si on te revoit dans les parages, c’est finex (sic) pour toi", rapporte Le Parisien.

Cette agression, dénoncée en avril dernier, a conduit à la suspension des militaires impliqués. Ils pourraient être définitivement révoqués si les faits sont avérés. Quelles que soient les sanctions disciplinaires, ils n’en auront pas terminé avec la justice: la section militaire du parquet de Paris a également ouvert une enquête. Elle pourrait révéler d’autres manquements dans la conduite des opérations.

 

 
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