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Centrafrique, l’irrémédiable marche arrière

Par Prince Magloire Maleboyako Lamine - 31/08/2016

Par Prince Magloire Maleboyako Lamine

 

Souvenirs lointains de Noël 1963 à Radio Centrafrique, j’avais 5 ans, avec un Père Noël que j’avais reconnu malgré son déguisement, un ami de mon père Placide, journaliste comme lui dans cette institution nationale de l’époque. Souvenir de mon oncle Patassé à Sica 1 qui me portait sur ses genoux, souvenir encore de ma tante Mme Domitien qui était hors d’elle en 1976 contre la connerie de Bokassa avec sa lubie de vouloir devenir Empereur, contre toutes les règles des chefferies de la Lobaye.

Souvenir de notre titre national de champion, quand j’étais avant centre du STADE CENTRAFRICAIN, souvenir encore de mon départ mouvementé de Bangui en 1977, car il me fallait le feu vert de mon oncle Bokassa à Bérengo. Il me reçut, me félicitât pour mon Bac, et surtout pour avoir été premier à l’examen de Sciences économiques, avec ces mots : “Toi au moins, tu n’es pas comme tes imbéciles de frères”. (Un mois plus tôt, il avait fait tabasser Jean Charles par des militaires au camp Kassaï) Il parlait de ses enfants St Cyr et Jean Charles. Et là dessus, il signait le précieux papier, sésame pour mon retour en France, et me remit une belle somme d’argent. J’étais content, un an plus tôt, mon pote Serge Koba lui était déjà en France, on pouvait se retrouver de nouveau.

LA RCA SOUS BOKASSA
J’essaie encore d’être le plus objectif sur l’ère Bokassa que j’ai bien connue, même si la chose en soi est nécessairement subjective. Privilégié du système pourtant, j’en vis les dérives néanmoins. Que dire des autres qui n’avaient pas ma chance ?

Vivre sous Bokassa, c’était la tyrannie absolue, au sens ABSENCE de liberté de la parole et du mouvement du terme, personne ne pouvait quitter la RCA sans l’accord de Bokassa, aussi, j’ai là, du mal à comprendre cette espèce de soudaine nostalgie de Bokassa, d’un tas d’imbéciles qui n’ont pas comme moi, connus cette période. C’est aberrant !

La Centrafrique sous Bokassa, c’était le parti unique, le MESAN de mon grand oncle Boganda qu’il avait détourné à ses propres fins, une presse muselée, contrainte de chanter ses louanges du matin au soir, feu Henri Koba en subissait régulièrement les caprices, des citoyens terrorisés par la peur de finir dans les geôles de la terrible prison de Ngaragba, dont peu en sortait vivant.

Homme de contraste, Bokassa, c’était un assassin, un fou, mais aussi le bâtisseur, et le seul de notre pays. Il semblerait que de nombreux tyrans de par le monde sont ainsi.

On lui doit la seule université du pays, le quartier Benz-Vï sorti de terre en 1969, des routes carrossées et goudronnées dans tout le pays, l’eau courante, l’électricité, une éducation à niveau, 90% des centrafricains sous Bokassa étaient éduqués et correctement instruits, etc…Bref, un certain aspect de modernité et de sociabilité. Il ne fallait juste pas le chatouiller question politique.

C’est tout cela, qui au regard de l’histoire, la nôtre, pas celle que les blancs nous imposent sur nous-mêmes qui avec le recul rend le personnage fort clivant.

Néanmoins, s’il faille l’honorer, ce ne doit certainement pas être sur ses dérives mégalomaniaques d’Empereur, mais sur le BOKASSA BATISSEUR DE LA RCA et uniquement.

LA DECONSTRUCTION
De mon point de vue, la chute de la RCA au moyen âge remonte à l’opération Barracuda des français de 1979, consistant à tout simplement faire un coup d’état colonial pour déposer un chef d’état d’un pays dit autonome. Car depuis, c’est la plongée dans les abysses.

Dès lors, n’importe quel crétin en uniforme s’improvise Président, pour autant que quelques débiles le suivent et qu’en final, la France, comme toujours avalise à terme. On nous dit que dans ce pays, seul Ange Patassé a été élu démocratiquement. C’est du n’importe quoi ! Patassé a été posé au pouvoir par la France, suite, comme pour Faustin Touadera, à des élections truquées. Mon cousin Fidèle Gouandjika peut en témoigner.

Bokassa, prédateur des richesses du pays, il le fut, mais son orgueil et son patriotisme étaient tels qu’il ne supportait pas un Centrafrique sale. Ce ne sera pas le cas de tous ses successeurs, qui ne retiendront de lui que le côté prédateur ! laissant le pays partir à la dérive, dans tous les sens.

En Afrique, la pauvreté accrue est la mère, non seulement de tous les vices, mais également de toutes les agitations et décadences.

Aussi, il est assez agaçant de voir les nôtres toujours rendre les autres responsables de nos propres maux.

Pays sans mémoire, pourquoi faire revenir encore les français chez nous ? Eux qui ont fait vivre à nos ancêtres les pires douleurs de toute la colonisation française. Pour nous sauver ? Vous rigolez ou quoi ? Plus d’une centaine de nos enfants violés en toute impunité par ces français de la SANGARIS, et en toute impunité, ça ne réveille rien dans vos cerveau endormis par le manioc ou pas ?

Enfin, quelque part, il vaut mieux la franchise brutale de Bokassa en son temps, que les fausses apparences actuelles de démocratie.

Quelle dignité avons-nous centrafricains, avec par exemple des élections truquées dans tous les sens récemment, aboutissant à un Président sorti du chapeau, non pas des urnes mais de fraudes massives, d’un Président du Parlement hautement corrompu et corrupteur ?

Quelle dignité avons-nous centrafricains, de ne survivre que de la mendicité internationale ? Avec un pays livré aux caprices des fonctionnaires de l’ONU ?

Comme il serait triste de conclure sur de tels constats navrant, alors, je me voue à l’espérance, pour une Nouvelle Centrafrique. Terme que j’avais inventé et qui a donné LNC, La Nouvelle Centrafrique.

 

 
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