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Pourquoi les abus sexuels commis par les Casques bleus continuent

Par Journaldebangui.com, source Letemps.ch - 19/05/2016

De nouveaux cas d’abus sexuels commis par des soldats onusiens émergent. L’ONU veut prendre des mesures énergiques mais rares sont les condamnations

 

Cela commence à ressembler à une routine. Mardi à New York, Stéphane Dujarric, le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, est venu devant la presse égrener de nouveaux cas d’abus sexuels commis par des Casques bleus. Depuis le début de l’année, 44 accusations ont été recensées par l’ONU. La plupart visent la mission de maintien de la paix onusienne en Centrafrique (Minusca). Elles viennent s’ajouter à l’exploitation sexuelle de dizaines de femmes et filles par des soldats français, gabonais et burundais, des faits rendus publics en mars et qui se seraient également produit en Centrafrique.

C’est dans ce pays qu’avait éclaté le scandale l’an dernier suite aux témoignages longtemps gardés secrets de plusieurs enfants contre des soldats français. Les militaires sont accusés d’avoir obligé des gamins affamés à pratiquer des fellations contre quelques biscuits. Plusieurs enquêtes ont été ouvertes par la justice française. Mais, à ce jour, aucune condamnation n’a encore été prononcée. Comme la France, les autres pays contributeurs à l’effort de paix des Nations unies rechignent à poursuivre leurs soldats.

Une représentante spéciale à poigne

Pour toute l’année 2015, l’ONU faisait état de 69 cas d’abus sexuels commis par les troupes opérant sous la bannière bleue. Est-ce dire que le phénomène est en augmentation? Il semble plutôt que la parole se soit libérée.

La machine onusienne est plus prompte à faire remonter les accusations. Ban Ki-moon affiche sa détermination à lutter contre le fléau, qui anéantit la crédibilité des missions de maintien de la paix. Il a nommé en février une femme à poigne comme représentante spéciale pour coordonner cette bataille. Militaire de carrière, l’Américaine Jane Holl Lute était directrice adjointe de la sécurité intérieure aux Etats-Unis. L’ONU n’hésite plus à désigner les pays impliqués, même si elle peine à enrôler des Casques bleus.

 


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Mis à part deux militaires bangladeshis, les soldats et les policiers soupçonnés sont cette fois tous issus de contingents fournis par des pays africains: la République démocratique du Congo, le Congo Brazzaville, le Maroc, le Niger, l’Afrique du Sud… Les pays du Sud fournissent la majorité des Casques bleus. Ils en tirent même quelques revenus.

Davantage de cas sont à craindre
Le plus effarant est que ces crimes se poursuivent, surtout en Centrafrique, où la pression médiatique n’est pas retombée. "Il y a eu une grave défaillance de la chaîne de commandement au sein des unités impliquées", a expliqué Jane Holl Lute à l’AFP, après ces nouvelles allégations. Si nécessaire, l’Américaine prône le cantonnement des Casques bleus pour éviter au maximum les contacts avec la population. La représentante spéciale s’est récemment rendue en Centrafrique, ainsi qu’en République démocratique du Congo auprès de la Monusco, l’autre mission de maintien de la paix gangrenée par les abus sexuels. Elle s’attend "à découvrir encore davantage de cas". Mais, dit-elle, "ils attireront davantage l’attention au plus haut niveau".

Paula Donovan, codirectrice d’Aids-Free World, l’ONG qui avait révélé l’an dernier les abus sexuels commis par les troupes françaises, est plus pessimiste: «Si les violeurs continuent leurs crimes, c’est qu’ils n’ont pas grand-chose à craindre. La plupart des enquêtes menées par les Nations unies concluent que les accusations n’étaient pas fondées». Concernant les nouveaux cas rapportés par l’ONU mardi, seules trois enquêtes sont terminées. Se basant sur les éléments transmis par l’ONU, le Bangladesh et l’Egypte ont condamné leur soldat, respectivement à un an et cinq ans de prison. Un troisième accusé, un employé civil des Nations unies, a été suspendu de ses fonctions en attendant d’autres sanctions.

«L’ONU à la fois juge et partie»

"L’ONU est à la fois juge et partie, continue Paula Donovan. Elle ne devrait pas enquêter elle-même sur des crimes commis par ses employés ou des soldats opérant sous son mandat". L’activiste appelle les Etats membres de l’ONU à mettre en place un panel d’experts indépendants pour mettre à plat toutes les procédures de suivi des abus sexuels. Selon elle, chaque mission de maintien de la paix devrait comprendre un tribunal à même de juger les auteurs sur place.

"Autrement, les contingents incriminés sont affectés ailleurs et les coupables ne sont jamais identifiés", dénonce Paula Donovan. Pour l’instant, seule l’Afrique du Sud a annoncé qu’elle allait mettre en place une cour martiale en RDC pour juger ses soldats. L’ONU a aussi créé en mars un fonds pour aider les victimes. La Norvège a promis 125 000 dollars. Pas encore de quoi assister toutes celles et ceux qui ont été abusés par de prétendus soldats de la paix.
 
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