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Centrafrique: «J.P.A Productions» au chevet de la musique

Par Luidor NONO - 18/03/2011

Le centrafricain Jean-Pierre Adoum parle de ses activités, de sa maison de production et de ses projets pour la culture dans son pays

 

Racontez-nous votre parcours pour être producteur?
Je suis arrivé sur le terrain par un coup force. Parce que j’ai constaté que dans la communauté centrafricaine, il n’y pas d’activités et que pour se réunir il fallait juste se rencontrer dans des soirées ou des regroupements festifs du genre baptême ou anniversaire et même de deuil. Pourtant l’on pourrait se retrouver dans d’autres cadres que ceux là. J’ai eu cette idée de créer ces cadres de retrouvailles pour se mettre en joie. Car c’est une autre remarque que je fais, nous Centrafricains allons toujours nous éclater chez les autres (Congolais, Camerounais) sans vraiment tenir compte de notre identité. C’est là bas que nous «banquons» et nous éclatons. J’ai commencé à réfléchir sur le lieu pouvant réunir ma famille centrafricaine et puis faire des concerts. Je me suis jet’ à l’eau, en trouvant un local, un DJ, faire de la publicité à la radio et des affiches… et cela a été un fiasco. Cela est passé inaperçu parce que c’était la première fois, j’attendais recevoir 1000 personnes et personne était au rendez-vous. C’est le lendemain que j’ai eu des retours sur l’orchestre «Cannons Star» que j’aurais dû solliciter pour mon événement parce qu’ils cherchent à faire des concerts, mais n’ont pas de salles. Les discussions ont été assez longues pour me convaincre sur la capacité à me remettre de cette perte financière. Malgré cela, par leur parcours de Bangui à Paris, ils ont réussi à me convaincre de leur relouer la salle pour qu’ils puissent prester. Moi de mon côté j’avais une bonne garantie pour que le propriétaire de la salle me fasse confiance. J’ai remis encore le paquet avec le DJ, la publicité radio, les affiches ... Cette fois là, j’ai fait salle comble. Voilà comment j’ai démarré comme producteur. D’autres artistes sont venus me voir pour les aider et cela marchait plus tôt bien. Je me suis mis à voir aussi ailleurs pour apprendre d’avantage dans la production. J’ai établi des contacts, fait des rencontres, eu des discussions qui m’ont véritablement mis le pied à l’étrier. Pour moi, j’ai appris sur le tas et même sur le tard. J’ai lu, j’ai participé à des séminaires, cela m’a donné des assises et des bases.

Vous avez combien d’artistes centrafricains produits à votre actif?
J’en ai produit huit: l’orchestre Canon Star, l’orchestre J.M.C. (Jeunes Musiciens Centrafricains) l’artiste Kaïda Mounganga, l’orchestre Dyn-Staff, la chorale religieuse de l’église Zoé en France, l’artiste Léya Léyanzi qui est actuellement au studio.

 


© journaldebangui.com
Le producteur de musique Jean-Pierre Adoum
Un avis sur l’univers musical centrafricain avec votre engouement?
Il est morose. Personne n’y réfléchi et l’on ne semble pas vouloir changer grand-chose. Pourtant il y a des réformes à faire. Je pense déjà à la remise sur pieds du BUCADA afin de payer les droits d’auteurs aux artistes. Rien à été fait, bien des bonnes promesses ont été tenues par le département.

On revient à la question pourquoi morose?
J’ai beaucoup de demandes, mais je n’ai pas de capacités financières pour les combler. Tout ce que j’ai investi dans la production centrafricaine n’a pas eu de retour financier, donc pas encourageant. J’ai à ce jour neuf artistes en attente d’enregistrement qui ne souhaitent que travailler avec moi, mais je les ai mis en instance. Nous attendons tous cette reforme du BUCADA, qui est le Bureau Centrafricain des Droits d’Auteurs.

Comment expliquer ces demandes. Elles sont de quel ordre?
J’ai adressé une lettre au gouvernement. Je fais mention des dissonances qui règnent dans le milieu musical aujourd’hui. Notamment le fait que les aînés ne soient pratiquement plus productifs et que les jeunes adoptent d’autres rythmes pour s’en sortir. J’ai produit des artistes en espérant arriver à les positionner sur les scènes internationales avec d’autres artistes étrangers. Bref mettre tout en œuvre pour avoir de très bons produits sonores. Mais hélas, mes efforts ont été vains. Tous mes produits sont de bonne qualité, appréciés par nos compatriotes, pourtant ils n’achètent pas, préférant les pirater. Cela me cause des déficits pour faire les promotions. Voilà pourquoi, je ne peux toujours honorer toutes ces demandes tant qu’il n y aurait pas une reforme dans le secteur et une refonte du système.

Vous croyez vraiment au talent des artistes centrafricains?
Affirmatif, nos artistes ont du talent. Sauf que leurs palmarès ne sont éloquents qu’à l’intérieur du Centrafrique. Nos anciens musiciens ont du talent. L’historique, c’est qu’après les années 90, il y a eu une rupture qui a laissé un vide qui s’avère difficile à combler aujourd’hui, suite à la situation politico sociale et économique qui a perturbé l’évolution de notre pays. Les changements politiques à la tête de l’Etat, n’ont pas du tout arrangé les choses. Cela a toujours été étouffé. Aujourd’hui, l’on peut parler de régénération parce les jeunes qui commencent à s’émanciper ont foi en l’avenir. Mais ce que l’on déplore, c’est qu’il n’y ait pas de cadres pour les contenir. Il n’y a pas un centre de formation artistique. Nous devons les encourager dans cette voie et leur apporter des soutiens. Sans repères, ils préfèrent copier au lieu de créer, quitte à nous de les conseiller.

 


© journaldebangui.com
Et cette jeune génération représentée par Malepopo, Laëtitia, Dabless … elle fait des efforts?
Ils font de la musique «World» et c’est bon pour la diversité. C’est cela qui fait la force du pays. J’apprécie ce que fait Laëtitia en tant qu’artiste. Aujourd’hui je n’ai produit que des Dombolo et autre rumba, j’aimerai bien varier. Donc avis aux uns et aux autres.

Quels sont vos autres projets?
Trois projets sont en cours de réalisation. L’ouverture du site web www.jpaprod.com destiné au monde artistique centrafricain et international d’où pourra s’échanger des informations, dialoguer. Une plate forme commerciale pour les concerts. La création d’une émission audiovisuelle pour le grand public genre radio crochet pour découvrir les nouveaux talents de la musique, car nous savons bien que notre jeunesse manque de divertissement en Centrafrique. Dans le cadre de l’association A.P.2C (Association des Productions pour la promotion Culturelle en Centrafrique) que je préside, nous préparons la première Journée Culturelle Centrafricaine (la J.C.C) à Paris. L’occasion nous sera donnée de montrer nos richesses et notre civilisation .Cette journée se terminera par un gala où nos grands artistes Saladin Ferreira, Faustino Ngoita, Laskin Ngomateke, Leye Leyanzi, Vadjo Somosita, Delmas, ou Gaucher donneront un air musical. Voilà les projets qui me tiennent à cœur et j’espère les réaliser pour le bienfait de ma communauté centrafricaine.

Vous vous présentez comme producteur, de quoi s’agit-il exactement?
Certes, je suis producteur de musique, je finance et sponsorise des artistes. Je mets les moyens à leur disposition pour réaliser des albums et autres supports publicitaires. Cela peut prendre six mois à un an entre les séances d’enregistrement dans les studios, séances de photos et de dédicace voir même les tournées. Durant ce moment le producteur signera un contrat avec l’artiste moyennant une somme qui peut être négociée selon le type de contrat. Au final le producteur gagnera son pain avec le produit qu’il mettra sur le marché. Le producteur doit être un visionnaire, il mise sur un produit qu’il ne peut pas entièrement maîtriser, mais il ne faudrait pas qu’il rate sa mise. C’est avec son flair que le producteur travaillera avec tel ou tel artiste. Cela s’apprend par la pratique, par le parcours d’un musicien qu’il veut faire évoluer.

Pour conclure cet entretien?
Je m’adresse ici au gouvernement, de ne pas oublier cette fois-ci la culture dans son projet de société. Nombre de compatriotes s’efforcent pour dynamiser le secteur, BUCADA doit être remis sur pieds pour encourager la production. La culture est le reflet d’une population et cette population a besoin de sa culture pour conserver son IDENTITE. Nous artistes, comptons sur une relance pour sauvegarder notre PATRIMOINE NATIONAL.
 
MOTS CLES :  Adoum   Jpa Production   Musique   Activité 

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